I.e musée des antiquités égyptiennes
est actuellement installé dans l'ancien palais
d'IsmaiI-Pacha. demeure somptueuse en apparence.
.... le cynociîphale qui présidait aux :ouchemcnts et assistait à la pesée des âmes .
Cliépliren
entourée de jardins magnifiques. Malheureusement l'examen des murailles de ce palais à fait reconnaître que c'était, suivant une expression usuelle, une construction de carton, qui flamberait comme une allumette.
Les sages précautions prises par M. de Morgan, le directeur actuel, qui a tait placer dans toutes les salles, dans tous les escaliers, dans tous les couloirs, et jusque dans les cours, des engins d'extinction montrent bien l'imminence du danger qui menace les collections. Il serait temps que l'on donnât aux tré- • • • sors artistiques accumulés dans ce fragile palais un logement plus sûr. Il est vraiment cruel de penser que des merveilles conservées à travers tant de siècles pourraient flamber comme paille. Ce serait un vrai crime de lèse-majesté, si ces royales dépouilles s'en allaient en fumée, pour ne pas s'en être allées plus tôt de ce logis par trop combustible.
La classification adoptée par M. de Morgan rend la visite du musée de Gizéh très attrayante et fort instructive.
Placés au rez-de-chaussée, les monuments lourds et volumineux ont été classés par ordre chronologique. Les objets légers n'auraient pu être classés de la sorte, leur époque précise étant souvent inconnue; aussi les a-t-on rangés au premier étage suivant leur nature et suivant l'usage auquel ils avaient été destinés dans l'antiquité.
Le visiteur se trouve, de plain-pied, tout de suite au milieu de statues et de monuments qui remontent, au minimum à 3064 ans avant J.-C, et dont les plus récents ont précédé le patriarche Abraham.
Ce sont les objets de cette période que l'on appelle \\4ncicii Empire et qui s'arrête à
trente siècles avant notre ère. Et, il faut le dire, on reste confondu devant des manifestations artistiques remontant à des époques aussi reculées, accusant une civilisation déjà fort avancée en des temps où l'Europe était encore plongée dans la plus noire barbarie.
Sans doute les poses hiératiques et les mensurations orthodoxes de certaines statues égyptiennes ne provoqueront pas l'enthousiasme chez plus d'un de nos modernes ; mais qu'ils y regardent de plus prés, et ils verront chez tel dieu ou chez tel roi un sourire exquis et une tête précieusement modelée.
Dés l'entrée, sous le n" 2, on voit trois panneaux en bois d'une extrême délicatesse et d'un style remarquable, qui dénotent chez leur auteur un sens artistique très développé.
Et ce scribe en pierre polychromée ? quelle justesse d'expression, quelle finesse d'observation ! Il vient seulement d'être découvert, et son origine se perd dans la nuit des temps.
Tous les artistes qui pénétreront dans le rez-de-chaussée du musée de Gizéh reconnaîtront que leurs prédécesseurs de l'ancien empire ont, malgré les entraves hiératiques qui leur éiaienl imposées, produit des œuvres qui étonnent et séduisent.
N'oyez donc aussi cette curieuse statue en bois, cet homme en marche, si naturel et si vivant, que les ouvriers arabes qui ont assisté à sa découverte ont trouvé en lui les traits et l'allure do l'un des cheiks du Saqqarah, et qu'ils se sont écrié en chœur :
— Tiens ! le cheik-d-hckd (le maire de notre village.)
Le nom est resté à la statue et c'est sous ce titre que, lors de l'Exposition de 1867, elle s'en vint à Paris, où elle fit sensation dans le monde savant.
I.es matières les plus dures, les plus ingrates, les plus rebelles au ciseau du sculpteur, tels que les granits rose, noir et gris, la diorite, le basalte vert, le grès silicieux, la svènite ou le porphyre ont été traités par les artistes égyptiens avec une incroyable habileté et, parfois, avec une délicatesse de touche extraordinaire.
Comment ne pas admirer la belle statue du roi Chéphren, le constructeur de la seconde pvramide, trouvée par Mariette dans le puits du temple d'isis, superbe monument de granit, situé prés du grand sphinx de Gizéh. Chéphren est a.ssis, les mains allongées sur les genoux ; un épervier, image du Dieu protecteur, enveloppe et couvre de ses ailes la tète du Pharaon. On se demande comment l'artiste, maniant une matière aussi dure et aussi rebelle au ciseau que la diorite, a pu rendre le modelé des genoux et de la poitrine avec tant de souplesse ; avec une aussi merveilleuse fidélité. L'ensemble de la statue dvinne le sentiment du calme et de la force.
Le mov*"/! nM/)/rr qui s'espace entre les années }o6.} et 1703 avant J.-i.. voit les sarcophag»-'*' ^-^t'^ '^v^'*^ «^''-■^ \'\ocs remplacer peu à peu les sarcophages mono-
LE CAIRT. 29
lithes. L'un d'eux, le tombeau de Horholpoii, fils de la dame Sonilsche (n° it.|), est un spécimen unique des tombeaux de la xi*-" à la xii'-' dynastie.
Les parois de cette tombe ofTrent un intérêt artistique de premier ordre. Les architectes y trouvent la reproduction exacte de l'aspect des portes décorées des maisons particulières égyptiennes de 2,500 à 3,000 ans avant J.-C. Les artistes et les amateurs de bibelots y voient ce qu'était à cette époque un magasin d'étoflFes, de bijoux et d'armes, où étaient entassés des colliers, des miroirs, des bracelets, des sandales, des arcs, des flèches, des casse-têtes, des boucliers : bref, toute une boutique de bric-à-brac, telle qu'elle se voyait à Memphis bien avant le temps où Moïse quitta TEgvpte à la tête d'Israël.
Comme on crovait que le mort avait dans l'autre monde un appétit analogue à celui dont il avait joui dans celui-ci, on représentait sur sa tombe un menu capable de le satisfaire dans l'autre vie. A ce titre, et s'il faut en croire la liste des denrées enregistrées sur l'une des parois de sa tombe, le fils de Sonitsche devait avoir un fier estomac. Voici ce que l'on souhaitait pour la table infernale de ce réjouissant défunt. Mânes de Rabelais, esbahissez-vous!
Vins, bières, liqueurs, viandes de boucherie, gibier, volailles, légumes, laitages, gâteaux de toutes sortes — rien n'y manque. Sur une autre paroi, l'artiste a peint des vases en jaspe, en granit, en poterie fine, contenant les sept essences et les deux fards dont le défunt devait se servir dans sa demeure dernière pour se
parfumer et pour conserver à ses membres l'éternelle jeunesse Décidément, on
ne s'ennuyait pas, en ce temps là, pendant le grand voyage.
On ne peut parler du moyen empire sans citer les finneux sphinx en granit noir (n°* 134 et 133). II parait qu'ils font exception dans la grande famille des sphinx égyptiens, par la rondeur de leur faciès, la petitesse de leurs veux, l'écrasement de leur nez, la saillie de leurs pommettes et la proéminence de leurs lèvres inférieures. Ces sphinx exceptionnels ont des oreilles de taureaux et des crinières de lions.
Les salles 22 et 34 renferment des objets du Xoiivcl Empire, période qui débute à l'an 1703 pour s'arrêter à l'an 332 avant J.-C, au temps d'Alexandre le Grand.
Le Nouvel Empire ! ces excellents archéologues ont vraiment des qualificatifs adorables... Nouveau ? l'empire en tête duquel on trouve ces xvni'^ et xix«^ dynasties, sous lesquelles les Hébreux passèrent la Mer Rouge, ; nouvelle, la xx*-" dynastie contemporaine de la guerre de Troie ; nouvelles encore cette xxi<= dynastie dont les rois firent alliance avec Salomon et la xn*^, sous laquelle un roi juif, Roboam, fut fait prisonnier dans Jérusalem par les Egyptiens.
Mais c'est convenu ainsi. Va donc pour « nouvel empire. »
Un scarabée monstrueux en granit rose appartient à cette période (n" 148). Dans la nature, le scarabée est un charmant coléoptére au corselet de rubis, aux
Une Stèle
élitres d'émcraude sous lesquels il replie les grandes ailes transparentes et nervurées qui lui assurent un vol rapide et régulier.
(".omme symbole, le scarabée signifiait siih.uslcr et Inuisjonitir, parce que les Hgvptiens admettaient la continuité de la vie dans et par les transformations.
Ils emplovaicnt plus particulièrement les « scarabées du cœur » qu'ils plaçaient à l'endroit occupé par ce viscère, dans le corps delà momie. Les scarabées du coeur portaient des formules magiques. En voici un spécimen :
« O mon cœur, qui me vient de ma mère ; ca-ur que j'avais sur la terre ! ne » te lève pas contre moi par devant les maîtres divins ; ne m'abandonne pas » devant le grand Dieu de l'Occident. Salut à toi, ô cœ^ur d'Osiris ! Salut à vous, » divins Viscères ! Dites du bien du mort et accorde/-lui qu'il prospère dans )) l'autre monde. »
Pour expliquer cette formule suppliante, il convient de se rappeler que, sous les bandelettes qui emmaillotaient les momies, les .imes pieuses glissaient des feuilles de papyrus sur lesquelles on avait écrit quelque chapitre du Livre iks Morts, .nxc illustrations à l'appui. Ces illustrations montrent le défunt s'avan^ant humblement vers la balance du suprême jugement, dont l'un des plateaux portait son cteur et l'autre une statuette de la \'èrité. Osiris présidait le céleste tribunal, assisté de quarante-deux juges.
I.e cœur pouvait accuser le défunt en cet instant inferno-psychologique. L'idée de transformer le ca-ur en accusateur est profondément philosophique, svmbolique, et quelque peu originale. La formule gravée sur le scarabée devait exalter les bonnes actions du défunt et passer les autres sous silence. .Xppuyécs
par quelques images de dieux favorables, ces objurgations devaient avoir une efficacité irrésistible.
Au moment de la pesée du cœur, le défunt devait s'adresser en ces termes à Osiris et à ses quarante-deux assesseurs :
" Je n'ai commis aucune fraude; je n'ai point tourmenté )> la veuve, point menti en justice, pas imposé au travailleur y au-delà de la tâche juste, pas desservi l'esclave, pas affamé, >) pas tué, pas ordonné de meurtre ou trahison, pas faussé » de balance, pas enlevé le lait au nourrisson.... Je suis pur ! » pur! pur! ô magistrats! en ce jour suprême. Les Dieux se » réjouissent de mes actes, et les hommes en parlent : j'ai » donné le pain à l'affamé, l'eau à celui qui avait soit, à « celui qui était nu des vêtements.... J'ai sacrifié aux Dieux. » Ma bouche et ma main sont pures! >;
Si le défunt avait l'oreille du divin tribunal, le bon Horus à tête d'épervier donnait le coup de pouce favorable à la balance, Thot à la tête d'ibis inscrivait la sentence et l'entrée du paradis était donnée au défunt (papyrus n" 392). Dans ce luxe de précautions prises pour assurer la bonne vie future, les « yeux mystiques », les oii:;ii tenaient une grande place. C'étaient les yeux de Rà; l'œil droit symbolisant le soleil et le gauche la lune. Les larmes de l'œil divin avaient donné naissance au vin et à l'huile, substances utiles. L'œil du dieu faisait sortir victorieux des épreuves suscitées par le mauvais génie. On opposait le bon œ'il au mauvais œ-il pour, finalement, gagner le paradis.... à l'œil.
Les yeux symboliques trouvés sur les momies sont en agalhe, en lapis, en verre, en cornaline ou en autres matières précieuses. Ils sont attachés, avec d'autres amulettes, au poignet, au cou, sur la poitrine et même dans le ventre des momies.
Mais le rôle capital, dans ces intercessions suprêmes, appartenait sans conteste, aux sbbili, ces fiuiieuses statuettes qui devaient répondre à l'appel du nom du défunt, lorsqu'Osiris le commandait pour une des corvées désagréables qu'il pouvait exiger de lui dans le monde inférieur.
Les heureux de la terre, rois, princes, prêtres, seigneurs et bourgeois, étaient hantés par la crainte d'avoir à exécuter
Cuillers J pjrfums
dans l'autre monde les rudes travaux réserves ici bas aux déshérites de la fortune. Riches et oisifs, habitués au confort de la vie, ils ne pouvaient se faire à l'idée de suer sang et eau en récurant des canaux d'irrigation, en piochant la terre, en portant de lourds fardeaux lors de leur renaissance dans un monde... moins bon.
Les prêtres d'Ammon et de Phlali aidant, on imagina les n-piuulaiils. Après une consécration particulière, on plaçait dans le cercueil ou dans la chambre mortuaire des statuettes portant des formules du genre de celle-ci :
« O répondant d'Ahmos ! Si Ahmos est appelé pour travailler dans l'enfer, crie : « Me voici ! "
On gravait parfois sur les statuettes répondantes quelqu'oraison empruntées au Livre des Morts :
« Oh, ces répondants ! si l'on appelle le monarque Phtahmos pour qu'il fasse M tous les travaux que l'on peut lui demander de faire dans l'autre monde — lui » qui a combattu l'ennemi — comme un homme qui doit la corvée pour » ensemencer les champs, pour remplir les canaux, pour transporter le grain de » l'Est à l'Ouest, exclamez-vous : « C'est moi... me voici ! » et répondez à toute » heure et à chaque jour. »
Pour parer à la multiplicité des ordres d'Osiris, on multipliait à linhni les statuettes répondantes dont on entourait les momies, ou que l'on entassait autour du sarcophage. De là leur nombre considérable.
Dans les plus anciens temps ces statuettes étaient en bois peinturluré et doré, en granit, en albâtre ou en calcaire. .\vec la xvui*^^ dynastie l'on voit apparaître (vers le 17*= siècle avant j.-C.) les innombrables figurines en terre cuite recouverte d'un émail vert ou bleu.
Les anciens hgyptiens étaient tie.^ ecnvassiers : mais comme le papvrus coûtait fort cher, ils se bornaient le plus souvent à étaler leur prose sur des planchettes ou sur des lames de calcaire, que l'on appelle oslracii.
On en voit une très grande page écrite sur calcaire dans la salle )6. Li pierre avait été brisée au moment de l'ensevelissement et les morceaux placés .1 coté du sarcophage, auprès duquel ils ont été retrouvés.
Comme les l:gyptiens s'attendaient à avoir dans l'autre monde des disuacuons analogues à celles qui leur avaient fait passer le temps plus ou moins agréablement sur terre, si, de son vivant, le défunt s'était complu dans la lecture d'un roman favori, on cherchait à lui procurer cette lecture de l'autre côté de la vie.
Mais la page du calcaire sur laquelle le roman préféré était écrit étant vivante, elle ne pouvait suivre le mort dans l'au-del.'i. Qu'a-t-on imaginé pour l'y faire suivre ? On l'a tuée. .. en la brisant. Après quoi, morte comme le défunt, aux enfers en sa compagnie, elle s'offrait à lui, s'il lui prenait envie de .s'en délecter en SCS heures de loisir d'outre-tombe!....
On est ainsi en possession d'un roman qui faisait fureur en Egypte trente siècles avant notre ère. Ce sont les aventures d'un certain Siiioiihil. Sinouhit, menacé de mort pour avoir surpris un secret d'Etat, s'échappa et se réfugia en Syrie, au au milieu des Bédouins dont il devint un des chefs. Gracié après de longues années d'exil, il revint en Egypte, où il écrivit sa « fuite en Syrie », dans laquelle il raconta ses aventures et dans laquelle il décrivit les mœurs de ses sauvages protecteurs.
Ce roman eut un succès fou sous les Pharaons de la x^ dvnastie.
Les beaux papvrus du musée de Gizèh, ainsi que ceux que l'on voit dans les grands musées des capitales d'Europe et d'Amérique, offrent un intérêt artistique indéniable, étant, presque tous, ornés d'illustrations charmantes, les premières, sans doute, qui parurent au monde.
L'idée de compléter, d'appuyer, d'éclairer le texte par des dessins et par des aquarelles est donc fort ancienne, n'en déplaise aux Didot, Quantin, Baschet, aux Marc, aux Courtellemont et aux Guillaume.... Il n'y a décidément rien de nouveau sous le soleil !
Ees arts graphiques étaient poussés tort loin sous les Pharaons ; et les esquisses que l'on voit dans la salle 34 dénotent, chez certains artistes de ces temps si reculés, une habileté de main et une liberté de dessin que ne désavoueraient pas nos modernes. Ce qu'il v a de particulièrement curieux, c'est que ces croquis, ces primes recherches de la conception et de la formule artistiques, sont pour la plupart jetés, au gré du pinceau, sur des lames de pierre calcaire.
Il ne faut pas fitire de grands efTorts d'observation pour apprécier à première vue, d'après ces esquisses lithographiques (on peut le dire au sens rigoureux du mot), la valeur de l'arti.ste : car on voit, dans ces intéressantes vitrines, tel dessin ébauché d'une main hardie et sure à côté de tel autre qui trahit l'inexpérience de son auteur. Ces dessins étaient exécutés au pinceau avec de la couleur noire et, parfois, rehaussés à la sanguine.
Xon moins instructive, et non moins intéressante, la salle 55 qui renferme des études de sculpture. On y voit des œuvres achevées, des modèles sans doute, à coté d'autres modèles à tous les états d'inachèvement, offrant des séries entières d'exercices gradués, destinés aux sculpteurs en herbe. On y voit, par exemple, une tète à peine indiquée dans ses masses, sur laquelle se trouve tracée une sorte de mise au point donnant la position du ne/, des yeux, du menton et de la bouche ; puis, la même tête un peu plus dégrossie ; puis fouillée, puis modelée, puis terminée. Ce sont là des séries précieuses, qui nous font connaître par le menu les procédés d'enseignement de l'art de la sculpture, tel qu'il était pratiqué à Memphis.
Aux temps pharaoniques les procédés graphiques étaient soumis à des exigences
Le Ciirc à vol J'oisciu.
sacerdotales et à des lois de proportions auxquelles il n'était pas permis à l'artiste de se soustraire. L'art du dessin était poussé, chez ks anciens Hgvpliens, aussi loin que le permettaient ces entraves hiératiques.
I.e papvrus de Hcnmh, lille d'un .ij;rand prêtre, supérieure des recluses d"Ammon-Rà, roi des Dieux, porte de délicieuses vii^nettcs dans lesquelles la détunte est prosternée devant Osiris, pendant que Thot, principe conservateur, et llorus, principe rénovateur, versent sur elle les germes de la vie future. I.e Cynocéphale, qui préside aux enfantements, s'approche avec la détunte de l'asile mvStérieux de la renaissance. Ce qui a permis de supposer que la pauvre lléroub était morte en couches, l'ius loin, la jolie ligure de la détunte est prosternée devant le crocodile sacré, seigneur de l'élément humide dont les arbres manifestent l'action fécondante.
Les dames égyptiennes se servaient de boites à partums. Celles que l'on voit au Musée de Gizéh dénotent déjà une très jolie esthétique dans l'art de la décoration. Un modèle assez courant — on en a trouvé plusieurs — représente une jeune lille nue, nageant, la tête hors de l'eau. 1:11e allonge les deux bras et soutient ainsi un canard dont le corps est évidé en boite et dont les ailes mobiles tonnent un gracieux couvercle. On voit aussi beaucoup de boites à partums représentées par wn poisson au corps creusé, dont l'un des côtés forme le tond et l'autre le couvercle.
Les éventails des dames égyptiennes se composaient d'un manche en ivoire, en métal ou en pierre dure, sur lequel était fixée une pièce centrale où venaient s'engager des plumes rares.
Les bijoux sont nombreux au Musée de Gizèh. On y voit en grand nombre des diadèmes, des chaînes, des bracelets, des boucles d'oreilles, des armilles, des miroirs, des colliers en or, en argent, en verroterie, en émail, en lapis, en cloisotinè, en pierres fines ; des anneaux de jambes, des ceintures et des bijoux représentant le serpent (tiri'ii$), l'ibis, le scarabée, l'épcrvier... toute la faune sacrée. I.'.irsenal de la coquetterie des dames pharaonicnnes, y compris les boites des sept
essences et des deux fards rajeunissants, est au complet dans ces superbes vitrines. Les Egyptiens vénéraient, adoraient même, certains animaux. Le plus vénéré de tous était le taureau ^4pis, « image vivante de Phtah sur la terre », que l'on gardait dans une des cours du temple et dont la statue en bron/e était promenée par les rues de Mempbis aux grandes fêtes. 11 n'y avait jamais qu'un seul Taureau Apis à la fois. Quand un taureau présentait un croissant sur le front, un scarabée sous la langue, un vautour sur le dos, et d'autres marques encore, il était candidat divin et on l'intronisait en grande pompe, aussitôt après la mort de l'Apis régnant. Une fois divinisé, il rendait des oracles. Les taureaux sacrés ont souvent vécu jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Morts, ils étaient embaumés et transportés au Sérapéum de Saqqarah.
Comme le Taureau Apis, un grand nombre d'autres animaux ont exercé le ciseau ou le pinceau des artistes du temps des Pharaons. Le singe consacré à Thot et le cynocéphale qui présidait aux accouchements et assistait à la pesée des âmes, leur ont fourni des motifs de statues et de décor à l'infini.
Les chats, si merveilleusement silhouettés dans l'écriture hiéroglyphique, étaient les bêtes chéries par la déesse Biist. Horus, ce bon Ilorus qui donnait si volontiers le coup de pouce à la balance en fitveur des âmes douteuses, Horus se montre souvent avec la tête de l'épervier, oiseau des divinités solaires ; Ammon, le grand dieu de Thébes, avait choisi le bélier, et le Soleil trouvait que la crinière du lion figurait assez bien l'épanouissement de ses propres rayons. Pourquoi avait-on placé le lièvre fuyard a la porte des enfers, comme attribut des génies qui gardaient l'entrée terrible ? Serait-ce parce que les âmes coupables étaient prises de
;6 r.R GAI Ri:
folle terreur à l'npprochc de ce lieu redouté et s'enfuyaient comme des lièvres ? Tout est à dire.... et peut se dire d'un endroit où tant de gens doivent aller, et i.\'oi\ personne n'est jamais revenu.
Le dieu Thot, qui aimait le singe, préférait se montrer aux âmes pieuses avec v\nc tête d'ibis. Le crocodile était l'animal de Sebek, dieu de Layoum ; et son minuscule et légendaire ennemi, l'ichneumon, était une divinité tout à fait exceptionnelle, pouvant s'engendrer elle-même, étant tout à la fois père et mère. Le dieu Tiphon partageait sur le cochon l'opinion de Monselet, lequel a déclaré que cet animal était un ange, dont « tout est bon ».
L'hippopotame et l'éléphant, dont le musée possède deux figures qui sont de purs chefs-d'cx'uvre d'animaliers inconnus, n'avaient pas d'attributions sacerdotales — ou du moins on les ignore encore, quant à présent.
Le danger est réel lorsqu'on s'embarque dans les merveilles de la vieille et éblouissante civilisation pharaonique. On se laisserait facilement glisser sur la pente d'une archéologie séduisante, dont le développement serait bien vite excessif dans un ouvrage comme celui-ci. Je m'arrête donc et m'empresse de luir le paradis de l'antique Egypte laissant leur Ammon aux prêtres de Thébes et l'htah .'i ceux de Mempliis. et les livrant tous, prêtres et dieux, aux archéologues...
LLS l'YR.VMlDLS
L'attrait exercé par l'I^gvpte s'explique par l'instruction première donnée au.\ enfants dans l'iiurope entière et qui, invariablement, débute par l'enseignement de l'histoire sainte... impressions qui s'imprinienl prolondément dans les imaginations naissantes.
Dés qu'il a commence a hre, 1 entant a appris qu'il y avait un Nil, avant même qu'il sut qu'il existait un Rhin, une Loire, un \'olga ou un Danube, .\vant d'avoir eu la notion des souverains qui ont régné sur son pays, il savait que l'Lgvpte avait eu des Pharaons, bons ou mauvais. La ravissante histoire du petit Moïse, sauvé des eaux, trouvé parmi les roseaux du \il par la fille d'un Pharaon, l'avait charmé. 11 avait admiré la sagesse de Joseph, et regretté qu'il eut laissé le manteau accusateur aux mains impures de cette coquine de Madame Putiphar. Il savait par ccvur le songe des vaches grasses et des vaches maigres sorties du Nil. Il s'était apitoyé sur les misères endurées par le peuple juif durant s;i ■ ité en ligvpte; et il s'était réjoui en le voyant s'enfuira travers la mer
Quel est l'enfant dont l'imagination n'a pas été mise en èbulliiion par la ption du Labyrinthe et des Pyramides, classés par les anciens au membre lervcilles du monde ?
Plus tard, sa libre patriotique a vibré, lorsqu'on lui a parlé des C.roisadLS et des immortelles batailles d'Héliopolis et des Pyramides.
Comment voulez-vous, après cela, que le voyageur qui s'avance en Hgypîe, d'Alexandrie au Caire, à travers le Delta merveilleux, et qui aperçoit de loin les silhouettes des colossales Pyramides, ne sente pas aOluer à sa mémoire les noms de Moïse, de Joseph, de Putiphar, des Pharaons, du grand Sésostris, de Cléopàtre, de César, de Marc-Antoine, des cénobites de la Thébaïde et de leur maître, Saint Antoine du Désert, des grands calites, de Kléber, de Bonaparte et de mille autres dont le souvenir envahit le cerveau et, parfois, le cœur ?
L'Egypte est le -< pays des Pyramides /> ; le Caire est la « ville des Pvramides ». Les Pyramides sont comme la signature historique et nationale de cette contrée merveilleuse, d'où la lumière, la civilisation, les lettres et les arts ont pris leur essor, pour rayonner sur le monde entier, en passant par la Grèce. A ce titre, les Pyramides commandent la vénération, encore plus que l'admiration.
Expression colossale de ce qui a pu sortir des mains des hommes, elles sont là depuis cinquante ou soixante siècles, inrenversables ; et elles diront bien encore à cinquante ou soixante autres siècles que l'Egypte fut le berceau des civilisations du vieux monde, et que les populations riveraines du Xil ont pu édifier en ces temps reculés des constructions gigantesques, « merveilles du monde. » Merveilles d'architecture surtout, si, sans s'attacher à la prodigieuse accumulation des matériaux, l'on considère, pour admirer sans réserves, la conception de l'intérieur de l'édifice, conception qui permet de ranger l'architecte de la pyramide de Chéops parmi les plus grands artistes de n'importe quel temps.
Les « savants d'à côté », comme il y en aura toujours, n'ont pas manqué d'attribuer aux Pyramides les destinations les plus variées : astronomique, météorologique ou climatèrique. 11 en est qui ont poussé la f^uitaisie jusqu'à voir dans ces édifices le suprême refuge de la race humaine pour le cas de quelque nouveau déluge universel.
Les constatations scientifiques indiscutables qui ont eu raison de ces chimères, d'accord en cela avec les auteurs anciens, permettent d'affirmer une fois pour toutes, que les Pyramides sont des constructions tumulaires royales, remontant aux premières dynasties pharaoniques. Tumulaires, puisque les sarcophages v ont été retrouvés; royales, parce que l'on connaît le nom des monarques qui y avaient été ensevelis et que, du reste, les tombes royales pouvaient, seules, être terminées en pointe. Hérodote, le pcrc ilc Ihisloirc, qui a visité les Pyramides quatre siècles et demi avant J.-C, alors qu'elles portaient encore des revêtements couverts d'inscriptions, nous a transmis les noms des rois qui les ont construites. Ces renseignements concordent avec ceux d'autres écrivains, comme Eratosthène et Diodore, et aussi avec les découvertes modernes, qui ont montré le nom de Chéops
LE CAIUH
Ocrit dans l'une dos chambres supérieures.
Il est donc avéré que les trois <;randes Pyramides de Cjizéh ont été construites par Chéops, Chephren et Mikérinus, dont les noms sont écrits Khoufou, Khajra et Maihcni, dans les inscriptions.
On connaît, entre le Delta et l'ayoum, sur un parcours d'environ -] kilomètres, plus de 80 Pyramides :
mais lorsqu'il est question des « Pyramides d'Egvpte », on entend surtout parler des trois Pyramides de Gizéh, qui
1^-^-jp^i.i. -
lintréf de la pyramide de Clicops
.sont les plus grandes, les mieux conservées et les plus commodes à visiter, étant à peine à 12 kilomètres du Caire, auquel elles sont reliées par une fort belle route. Vues de loin, de la citadelle du Caire ou des rivages du Xil, silhouettes dorées, empourprées, roses ou grises, selon l'heure du jour et l'éclat de la lumière, les Pvramides font aux pavsages verdoyants de l'immense vallée un hori/on dentelé, délicieusement original.
r,t, sur la grande route qui mène en ligne droite du Nil à (îi/èh, quand
elles apparaissent encadrées par les branches des arbres ou rellétées dans quelque vaste mare laissée par l'inondation retirée, elles s'arrangent en des motifs gracieux et pittoresques.
De plus près, en bas de la cote, on éprouve quelque déception. Le délaui d'échelle ne permet p.'.s une juste appréciation, et la masse rocheuse sur laquelle elles sont établies, leur fait, au point de \ue du vtilume, une
l'roptjiiioii» Jo jwiio d'une pyramide ^Qiéopj)
LE CAIRH 39
visible concurrence. Mais aussitôt que l'on parvient sur le plateau, on se sent empoigné et comme écrasé par leurs proportions colossales, par ces masses énormes, auprès desquelles les Bédouins groupés contre les assises inférieures apparaissent comme des lourmis au pied d'un gros chêne. On a alors le sentiment du volume prodigieux de ces édifices étonnants, de leur âge extraordinaire, et aussi de leur indcstructibilité. On a devant les veux des œuvres humaines qui dureront autant que les montagnes.
La pvramide de Chéops est actuellement haute de 157 métrés. 1-Jétée par des Arabes qui avaient entrepris de la démolir, mais qui furent bien vite rebutés, elle avait, avant cette mutilation, au moins dix métrés de plus.
Chacun des côtés mesurait 252 métrés à sa base lorsque le revêtement subsistait encore. C'est une promenade de prés d'un kilomètre pour en faire le tour,
Chephren, voisine de Chéops, est un peu moins haute et moins large. Elle est fort intéressante parce qu'elle possède encore un peu de son revêtement uni à son extrémité supérieure; ouverte en l'an 1200 par le lils de Saladin elle fut ouverte de nouveau en 181 6.
Le sarcophage en granit qu'on y trouva ne contenait plus que des débris et de la terre.
La troisième pyramide, Mycérinus. est la moins grande des trois n'avant que GG mètres de hauteur et 108 mètres à la base. Ouverte du temps des Califes, elle fut réouverte en 1857. O" >' ^ trouvé les débris du cercueil en bois de Menkéra (Mycérinus) qui sont conservés au Musée britannique. Le tombeau était sous le sol et non dans la pyramide.
Le groupe de Gizèh comprend encore quelques petites pyramides; l'une d'elles abritait les restes d'une iille de Chéops au dire d'Hérodote, et Mariette-Pacha a découvert une stèle qui confirme les dires du grand historien grec.
Toutes petites, minuscules auprès des trois colosses, les autres s'éparpillent, enfants de pyramides, construites, dit-on, pour des enfants de rois.
L'ascension, l'escalade de Chéops est la seule que tente ordinairement le touriste. Hissé, poussé, tiré d'une assise à l'autre par les Bédouins qui le guident (?) et qui se font un malin plaisir de l'amener sur la plate-forme, ahuri, inconscient, hors d'haleine, le pauvre touriste perd toute notion et toute possession de lui-même.
Mais CCS diables d'assises sont d'une hauteur telle que le plus ai;ile ne saurait les enjamber sans aide. Il faut donc se résigner ; la situation est encore plus compliquée pour les dames, mais passons
La plate-forme est spacieuse, large d'environ dix métrés. Lorsque le cieur a repris son équilibre après les folles palpitations auxquelles les bédouins impitoyables l'ont exposé, et que l'on retrouve l'usage de ses yeux, on reste ébloui devant la splendeur du spectacle : panorama inoubliable, unique au monde !
Vers l'Orient, une plaine superbe, verte en hiver et au printemps, toute d'or au temps des moissons. Çà et là, des villages sont épars, juchés à l'abri des inondations sur des monticules ou sur des buttes, semblables à des ruches.
Au-delà de la grande plaine, le Xil trace une large bande, tantôt d'argent, tantôt d'azur, piquée par les voiles blanches des dahabiéhs. Derrière le Mil, le Caire, avec sa citadelle dont les deux minarets si fins, si filiformes qu'ils défient la vraisemblance, s'enlèvent sur les teintes imprécises du mont Moqattam.
Si l'ascension se f;iit le matin, ce panorama superbe est noyé dans la brume argentée que nacrent les rayons du soleil levant. Si, au contraire, l'on gravit Chéops vers le déclin du jour, la plaine verte s'assombrit et se velouté ; miroir fluide, le Xil coule d'or et de pourpre, les minarets incandescents semblent sortir tout rouges de quelque forge. Derrière la citadelle et la mosquée, silhouettes rutilantes, le Moqattam paraît pétri de rubis, d'améthyste et de cornaline, sous un ciel qui s'assombrit du côté du levant. Et l'on voit l'ombre de la pyramide de Ché"ops couchée sur la grande plaine, interminable, jusque vers le Xil!
Quelle chose étrange et saisissante! Brusquement, sans transition visible, l'ivil va de la plaine luxuriante que le Xil féconde à la plaine intertile que le sable recouvre. Il va des vertes récoltes aux collines veules et nues que le Khamsin déforme au caprice de son souffle calcinant, de la vie à la mort.... de la végétation la plus riche au désert aride
Le désert, que jalonne la théorie des pyramides depuis le Delta jusqu'au l'ayoum, le désert aux vallonnements striés se lait, à midi, « peau de lion », comme disent les Arabes; il a toutes les nuances du fauve. Le soir, alors que le soleil s'aplatit à l'horizon en coulée de lave, il ressemble à une mer de feu, sur laquelle se détachent, enveloppées et comme noyées par la pourpre du couchant, des silhouettes de vautours acharnés sur le corps de quelque béte de somme morte en route de soif et d'épuisement.
Le désert, vivant reflet de la mort, le désert uniforme et pittoresque, le désert muet et rempli de bruits étranges, où le silence parle, le désert infini ! Le désert symbole de la désespérance, mais qu'on finit par aimer et que l'on trouve, lorsque le sphvnx a parlé, plus grand, plus beau, plus suggestif que les plus plantureux
jardins. Le désert dont les sables roses baignent les larges pieds des pvramides avec des houles de vagues soulevées, le désert couvre la moitié de tout l'espace visible du haut de Chéops, écusson colossal partagé de sinople et d'or.
Clicphrcn
J'ai vu le soleil se lever et se coucher du haut de la grande pyramide et je puis affirmer que la splendeur du spectacle ma lait oublier chaque lois les lameux « quarante siècles » avec lesquels Bonaparte paya d'une phrase creuse et sonore la vaillante, l'immortelle armée d'Egypte, qu'il abandonna si misérablement pour courir à la politique. Je n'ai pu assister au spectacle, étonnant, parait-il, d'un beau clair de lune en cet endroit extraordinaire. Et ce sera un long regret.
C'est qu'alors il n'y avait pas, au pied de la colline rocheuse, socle des pvramides, un hôtel considérable doté de tout le confort moderne. Et n'allé/ pas crier à l'hérésie et à la profanation, à la seule idée de voir un hôtel européen placé sur le seuil du désert au pied des pyramides. L'hôtel en question ne gêne pas le coup d'oeil et il permet aux touristes de faire, avec beaucoup moins de peine et d'embarras, les ascensions du lever et du coucher du soleil, et surtout celles des grands clairs de lune. Ils apprécient, soyez-en convaincu, de trouver la table et le coucher d'un hôtel convenable en descendant de Chéops aux heures insolites.
La visite de l'intérieur de la grande pyramide n'est pas précisément une partie de plaisir. L'entrée se trouve, comme sur les autres pyramides, du côté nord : et, sur celle-ci, elle est placée au-dessus de la treizième assise. On chemine d'abord péniblement, à la lueur des torches, jusqu'à un énorme bloc de granit au moyen duquel on avait bouché l'entrée après le dépôt du sarcophage. Les chercheurs de
iiLsui^j n'ayant pas réussi à le déplacer, onl creusé une galerie pour le contourner ; puis c'est un couloir ascendant bas et sourd précédant un chemin horizontal qui conduit à la chambre de la Reine. On admire sans réserve la perfection de cette construction intérieure dont les blocs s'ajustent si exactement que les joints sont presque invisibles.. .. Les panneaux de pierre sont d'une conservation étonnante. On les dirait taillés de la veille.
Encore un couloir horizontal et voici la chambre du roi, avec le royal sarcophage, vidé, violé. Dix énormes plaques de granit, appuyées sur les parois, forment le plafond. C'est ici que se révèlent le génie et la prudence de l'architecte. Sans doute, si tout le poids du sommet de la pyramide avait pesé sur ce plafond, c'en eût été fait de la chambre royale : la montagne de pierre eût écrasé la dépouille du pharaon. Aussi, le prévoyant architecte a-t-il ménagé au-dessus cinq autres chambres dont la vacuité soulage l'édifice intérieur et dont la combinaison est si habilement conçue que la pression, au lieu d'être verticale, se détourne dans le sens des versants de la pyramide, pour se perdre dans sa base.
Au temps de Chéops, tout comme aujourd'hui, les tailleurs de pierre marquaient les blocs suivant leur destination. Or, on a trouvé que, dans l'une de ces chambres, les blocs portaient encore, marqué au rouge par les tailleurs de pierre, le nom du roi Chéops, à la pyramide duquel ils étaient destinés, .\insi furent confirmés les récits d'Hérodote et des autres écrivains anciens qui ont parlé des .pyramides de Gizéh.
A rencontre de la plupart des monuments luiKiaires, la pyramide de Chéops ne recouvrait pas simplement le sarcophage royal, elle le portait en elle, dans son cœur, à plus de quarante métrés au-dessus du sol extérieur, et tout au plus à cent métrés au-dessous de la pointe, non loin de l'axe vertical de la construction.
Un très ancien proverbe arabe dit :
<( Le temps défie tout, mais les Pyramides défient le temps. »
De toutes les idées religieuses, cosmiques ou philosophiques, de toutes ks suppositions ingénieuses que l'on a émises sur le rôle et sur l'esthétique des pyramides, il n'y a à retenir que ce Hiit, que la pointe était réservée aux mausolées rovaux et que les tombes des particuliers ne pouvaient affecter que la (orme pyramidale tronquée.
On peut aussi dire que les rois d'Lgyptc avaient, en construisant ces édifices extraordinaires, le double but de conserver longuement leur dépouille et de perpétuer leur mémoire. Chéops a été plus heureux dans ce dernier objectil que dans le premier, puisque sa dépouille, violée, s'en est probablement allée A tous les vents et que son nom nous est connu et restera encore pendant bien des siècles dans la mémoire des hommes.
Un penseur a dit avec raison : « Lvidemment, l'objet réel des pyramides était
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de parler à In postérité la plus reculée, et, par là, d'établir l'unité de la conscience humaine. Ce n'est pas seulement dans les constructions des Hindous, des Egyptiens, des Grecs, des Romains, c'est dans celles des temps plus rapprochés de nous qu'on voit se manifester cet instinct qui pousse l'homme à parler à la postérité. Aussi, est-ce une honte de les détruire et de les déformer, pour les faire servir à des emplois inférieurs et les utiliser. »
Un dernier mot sur la construction des pyramides, qui commençait par le centre et se développait vers l'e.xtérieur. On ajoutait autour du noyau central des couches de pierres successives, de cinq à six métrés d'épaisseur, et chaque couche augmentait d'autant le volume du monument.
Dés son avènement, le roi faisait commencer sa pyramide tumulairc ; mais comme il ajoutait des couches nouvelles à mesure que son régne se prolongeait, il arrivait que les dimensions du mausolée se trouvaient proportionnées à la durée du régne. D'où la variété des pyramides égrenées tout le long du désert.
La nécropole immense s'étend sur des collines arides d'abord parce qu'il fitllait soustraire les morts à l'inondation et les mettre en lieu sec. En second lieu parce qu'une nécropole de cette étendue eût occupé une place précieuse si on l'avait prise sur des terres fertiles. On l'a donc établie « épargnant prudemment le sol des chainps producteurs de froment », ainsi que le révèle une inscription gravée sur le grand sphinx par Arrien.
Plusieurs légendes circulent sur la pyramide de .Menkera (Myccrinus). On raconte que, longtemps après Menkera, une certaine reine Xitokris, de la vi'-' dynastie, crut pouvoir taire l'économie d'une pyramide en choisissant celle-ci pour y placer sa momie. Si bien que, du temps d'Hérodote, cette reine passait pour y reposer en paix. Dans l'esprit du peuple, il s'est fait une confusion entre cette Nitokris et une célèbre femme grecque, Rhodopis.
Une autre légende a cours sur cette Rhodopis : Un jour que la belle se baignait, un aigle emporta dans ses serres une de ses sandales. Le ravisseur la laissa tomber tout juste à Memphis, devant le Roi qui, à ce moment, rendait la justice dans son palais.
Le Pharaon, charmé par la joliesse du pied auquel devait appartenir la mignonne sandale et frappé par la singularité de l'événement, envoya dans toutes les directions des cavaliers chargés de rechercher cette Cendrillon arabe. Rhodopis fut retrouvée et conduite devant le roi qui la trouva si belle qu'il en fit incontinent sa femme. Devenue reine, Rhodopis aurait eu, après sa mort, les honneurs de la troisième pyramide. Xitokris ou Rhodopis, une femme fantôme hante, au dire des Arabes, la pyramide de Menkera. Elle y apparaît la nuit.
Ils ont même étendu la légende à la grande pyramide qui aurait aussi sa (f Dame Blanche » aux dents éblouissantes, syrène irrésistible, mettant à mal le voyageur trop confiant qui se laisse prendre a son éclatant sourire.