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LE SPHINX

Les Arabes ne voient en lui qu'une image placée sur le bord de ce désert redouté, d'où vient le Khamsin soufflant la soif et la mort, ensevelissant des caravanes entières sous les tourbillons de ses sables brûlants.... Et ils l'ont appelée VA ';/'-/'-/>. '7 le père de l'épouvante.

Le surnom de « Veilleur du Désert » convient mieux au grand 5/'Wh.v de Cjizéh. qui montre sa grosse tête balafrée au-dessus des amoncellements de>; sable>s qui l'environnent, non loin de la pyramide de Cliephren.

Svmbole de la toute puissance physique par son corps de lion, symbole de la plus haute force intellectuelle par sa tête humaine ornée de la coiffure royale, le grand Sphinx regardait fixement le soleil levant.

C'est bien « regardait » qu'il faut dire : car ses pauvres yeux, crevés par des artilleurs mamelouks auxquels sa tête servait de cible, ne regardent plus !

De cet acte de vandalisme qui remonte à un siècle, proviennent les déchirures que l'on voit sur cette colossale face de pierre, haute de neuf mètres, que les boulets de ces imbéciles n'ont pu décoller.

Ceux qui ont vu jadis la tête magnifique de ce dieu bienveillant, se sont accordé à écrire que sa bouche exprimait l'inefl^ible bonté et que son regard était d'une grande douceur.

Les Pharaons passaient pour être, sur terre, l'incarnation du dieu solaire ; et ils avaient choisi les sphinx, emblèmes de la force dirigée par l'intelligence, pour représenter allègoriquement la nature divine de leur être.

Image d'un dieu puissant, le grand sphinx était appelé Harmakhis par les Grecs — ce qui était une corruption du nom égyptien 1 lor-em-khou, qui signifie a 1 lorus

LE CAIRH 4'y

dans le soleil, ou sur riioii/oii >i, le Sphinx taisant face, en elTet, au Soleil Jcvtiiil, lumière qui triomphe de l'obscurité, àme qui triomphe de la mort, lertilité qui triomphe de la stérilité.

Harmakhis, au milieu des tombes, est la résurrection pour les morts!

Harmakhis, sur la lisière des terres fertiles et des sables inféconds, arrête la stérilité et protège les champs cultivés contre les envahissements du désert.

je l'aime ainsi, le Colosse assis dans les sables mouvants, souriant aux plaines superbes que le Nil féconde et qui s'étalent à ses pieds. Je l'aime, ce colosse haut de vingt mètres, long de près de soixante, taillé tout d'une pièce dans le roc vil, tranquille, indestructible, tournant le dos au désert dont les tourmentes couvrent

sans cesse d'un linceul de sable l'immense ville des morts pour la conserver,

saisissante antithèse!

Du temps de Chéops, un rocher s'élevait sur la terrasse de la nécropole de Gizéh. Le pharaon décida que la grande pierre « deviendrait dieu ». Chephrcn, le constructeur de la seconde pyramide, acheva l'œuvre de son prédécesseur et la statue cyclopéenne s'orienta vers le Xil.

Dès l'an 1)00 avant J.-C, il fallut dégager le Sphinx des sables qui le recouvraient. Plus tard, Thoutmès iv, qui chassait souvent la gazelle dans ces parages, ne manquait jamais de rendre htnnmage à Harmakhis, lorsque le train de ses lévriers l'amenait près des pyramides. Un jour, il s'endormit à l'ombre du grand Sphinx et, dans un rêve, il entendit le divin colosse qui lui parlait de sa propre bouche, '( comme si un père eût parlé à son enlant «. 11 lui ordonna de déblayer les sables qui recouvraient son image, déjà presqu'ensevelie. Thoutmès obéit; et, pour fixer le souvenir de ce rêve, ainsi que celui du déblaiement qui s'en suivit, le pharaon fit graver une grande stèle cominémorative en granit, qui

existe encore aujourd'hui et que chacun peut consulter s'il comprend quelque

chose aux hiéroglyphes.

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