‹ Le CaireChapitre 6 sur 10 · I.H CAIRE · texte numérisé non relu

I.H CAIRE

entrelacs de laquelle on dccoiivrc vingt motifs d'incrustations, plus intéressants les uns que les autres.

L'édicule exquis repose sur un socle composé de marbres divers.

Les parois latérales de cette salle incomparable sont occupées jusqu'à hauteur d'homme par des mosaïques de marbres aux riches dessins et aux chaudes colorations.

Au-dessus de cette cimiise magistrale, régnent de larges bandes, qui furent blanches et rouges, mais que le temps, ce grand magicien des harmonies, a éteintes délicieusement.

Les solives du plafond, apparentes, sont sculptées, peintes et dorées. Leur harmonie est celle des vieux châles de l'Inde. Egalement dorée, peinte et sculptée sur toutes les coutures, la tribune qui régne au-dessus de l'entrée.

Le jour traverse des vitraux arabes, sur lesquels se silhouettent d'adorables floraisons persanes, et enveloppe cet ensemble séduisant d'une lumière douce et discrète qui pousse à la rêverie, invite au farniente et suggère la contemplation.

C'est à se faire musulman....

Qu'en pense Courtellemont r

Combien les musulmans didérent de nous, du haut en bas de l'échelle sociale ! Sans doute les mendiants ne manquent pas dans les rues du Caire : mais qu'ils sont autres, ces aveugles-là, que ceux que nous vovons sur les ponts de Paris.

Hcoutez-les. Vous n'aurez point le sentiment d'une misère déprimée, dégradante. Le 'mendiant du Caire est le créancier du riche qui passe... que dis-je ? Il est le créancier de Dieu lui-même, à qui il c demande le prix d'un pain. «

Les paroles qu'il adresse au passant sont presque toujours des sentences pieuses.

Il demande au nom de Dieu, le « salaire de l'indigence )>. 1! se dit « l'hote de Dieu et du Prophète».

11 est sans honte, et réclame avec la conscience de l'exercice d'un droit, l'aumône au riche, dont le devoir est de partager le superllu avec les nécessiteux.

Il rappelle à ce riche qu'il y aurait honte et impiété à refuser au Tout Puissant, de faire, en son nom, l'aumône dont il sera crédité au Paradis.

Le musulman doit à tous les fidéle.s de l'Islam: amour, charité, libéralité, pardon et patience; et le Prophète place l'aumône au second rang des cinq actions obligatoires, après la prière.

Aussi les fondations pieuses sont-elles nombreuses chez les musulmans. Au Caire, elles sont gérées par une administration spéciale. Le plus souvent ces fondations ont une destination particulière, soit l'entretien d'une mosquée, soit la créatiiMi et la subvention d'une école ou encore l'établissement de fontaines publiques.

Assouvu lalierè... la grande |irèi)CCupation des pavs de la soit ! (.)n connaît la soif qui afflige les caravanes dans la traversée des déserts qui environnent le Ciire.

MlRIlAII ET MlMIlAR DE LA MoSaUÉE UoRDÉINt

LR CAIRH

On apprécie l'eau douce et pure dans une ville sur laquelle il ne tombe que peu de pluies et dont le sol ne renferme que de l'eau dinfiltration, presque toujours saumàtre. Les premiers habitants du pavs, les nomades, ont transmis aux citadins l'amour de l'eau, et pour les croyants, des ruisseaux d'une eau cristalline et iraîche coulent dans le Paradis de Mahomet.

Tout par l'eau... tout pour l'eau ! s'écrient les Arabes.

L'eau du Xil est excellente pendant la plus grande partie de l'année. « Mahomet, disent les Arabes, aurait souhaité vivre éternellement s'il en avait goûté » ; et Champollion la trouvait si bonne qu'il l'appelait le '( Champagne des eaux ». Mais elle devient trouble et malsaine au début de l'inondation. C'est alors le triomphe des porteurs d'eau et de tous ceux dont les citernes contiennent une réserve d'eau pure. C'est le moment où les fontaines publiques sont envahies par les clients.

Elles sont installées dans des corps de bâtiments construits pour cette destination, dont les grandes haies sont fermées par des grillages. Un surveillant est le plus souvent assis derrière la grille et passe au buveur le bol en cuivre qu'il a rempli au bassin.

D'autres fontaines, fondations plus modestes, consistent dans l'établissement et l'entretien d'un bassin rempli d'eau pure ; elles se traduisent à l'extérieur par un tuyau en cuivre, véritable suçoir, que le passant altéré embouche

Fontaine et école au Caire

ro I.F CAIRE

cil se collant contre le mur, pour aspirer l'eau rafraîchissante. Que de poésie et d'humanité dans cette civilisation musulmane à laquelle les Occidentaux comprennent si peu.

I,es fondations de fontaines s'appellent Schil-,.4lhih, le sentier de Dieu. Désaltérer celui qui a soit est, aux yeux de ceux que le désert environne, le sentier le plus sûr pour gagner le Paradis.

Aussi le porteur d'eau, plié sous le poids de l'outre, tronc aux jambes coupées, ne cesse-t-il de s'écrier, en fiiisant cliqueter ses gobelets l'un contre l'autre :

« Le chemin de Dieu... ô altérés ! »

Lorsque les riches veulent rehausser l'éclat des réjouissances publiques, ils louent des porteurs d'eau pour qu'ils fassent au peuple des distributions gratuites. I:t ceux-ci de crier parmi la foule : « Dieu te pardonne tes péchés, généreux distributeur de la boisson » ; puis " Dieu ait pitié de tes parents. »

Celui qui vient de se désaltérer rend la tasse au porteur d'eau en disant : <• Amin » formule de pieux remerciement. Et lorque l'outre flasque a donné sa dernière goutte d'eau, le porteur loué par le riche appelle sur celui-ci les bénédictions célestes.

Presque toujours l'étage construit au-dessus des fontaines publiques est alTecié à une école réservée aux orphelins. Si bien que le fondateur de la sébil est en même temps le bienfaiteur des petits déshérités.

il faut, lorsqu'on v regarde de prés, en rabattre beaucoup de nos prétentions de civilisés occidentaux. Les orphelinats, les hôpitaux, les maisons d'aliénés, les bains publics, les grandes Universités et jusqu'à l'administration des biens de main-morte, sont des institutions de bienfaisance et de secours qui ont précédé de plusieurs siècles, en Kgypte et en Syrie, les établissements de même genre dont s'enorgueillissait naguère la vieille lùirope.

Il V eut de tout temps des nilométres le long du grand fleuve, àme de l'iîgypie. Il V en a jusqu'en \ubie, qui ont été érigés par les rois de l'ancien empire. Le grand nilomètre de Memphis a été remplacé par celui de l'île de Roda, peu après la fondation de 1 ostàt. Plusieurs fois restauré, le nouveau î\Cditi> — c'est le nom que lui donnent les indigènes — consiste en une chambre couverte dont le plafond est soutenu par descolonnettes en bois. La colonne de mensuration, qui porte l'ancienne échelle des mesures arabes, est plongée dans un bassin quadrangulaire en maçonnerie, communiquant avec le N'il au moyen d'un canal.

Hérodote l'a déjà dit : pour que l'inondation soit bonne, le fleuve devait monter de 1 6 coudées. Au-dessous de ce niveau, les champs haut placés dans la vallée manquaient d'eau et restaient stériles. La famine pouvait s'en suivre. Au-dessus,

Rue du Cvim. - Q.CAK7ii.k Aham

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il pouvait y avoir rupture des digues et grand dommage pour les villages et les bourgs.

Chaque pays a ses aléas. Ici le paysan craint le manque de pluies, là il redinUe les gelées ; en Egypte le nilométre régie sa destinée.

Jadis le nilométre était le puits aux oracles. Jamais le fellah n'osait s'en approcher. Seuls les prêtres lisaient sur ses colonnes les destinées de l'année agricole et annonçaient l'abondance ou la stérilité des hautes terres. Le nilométre guidait les otîiciers du Pharaon dans la répartition de l'impôt.

Aujourd'hui la police du Caire surveille le mesurage de l'inondation, confié à un scheikh assermenté qui observe la crue sur un nilométre spécial, dont le zéro est marqué un peu plus bas que celui de l'ancien.

duand l'inondation dépasse au nilonijtre 13 vieilles coudées'" arabes et 16 kiràts, elle dépasse de 8 coudées le niveau des basses eaux et peut atteindre les plus hautes parties de la vallée. Le Xil atteint alors son kéfà, au dire des Arabes. Le scheikh annonce l'heureuse nouvelle et l'on peut alors percer les digues.

Il se trouve dans l'ile de Roda, non loin du nilométre, un amandier extraordinaire. L'arbre séculaire et vénérable guérit de la fièvre mieux que les plus habiles praticiens, aussi les Cairotes l'ont-ils nomtné hikiiii hclnr (le grand médecin). Couvert d'ex-voto, le vieil amandier-marabout est vénéré à l'égal d'un ouéli.

Quand juin amène les chaudes journées et que midi n'est pas loin, une lassitude accablante envahit la grande cité, où les paupières s'alourdissent irrésistiblement.... l'heure de la sieste a sonné.

La circulation se fige peu à peu; et c'en sera tait bientôt de l'inénarrable grouillement populaire, ruissellement fiuitastique qui permet de comparer l'écoulement de cette foule au déversement d'une palette colossale dont les couleurs immélées seraient entraînées en un courant arlequin, chatoyant dans les ombres, éclatant sous la pleine lumière.

Alors la chaussée en plein soleil, vide et aveuglante comme le lit asséché d'un torrent, oscille sous les vibrations des couches d'air surchauffées. Dans les rues ombreuses, sous les arcades des maisons ou sous les frondaisons protectrices des acacias-lebbek, le spectacle est tout autre. Couchés comme au hasard de leur chute, les fellahs sont épars, sous les porches, dans les encoignures des portes, sur les marches des maisons et sur les trottoirs, immobiles, la tête défendue par quelque loque contre les mouches indiscrètes et les moustiques lancinants. On dirait un champ de bataille après quelque lutte de guerre civile,

(•) La coudée, de 54 centimètres, renferme 24 kiràts.

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