I.F. CAIKI
\i)iis lui dcvmis d'avoir vu, en descendant de la citadelle, plusieurs prcK'essions de sectes et de corporations, bannières au vent, se préparant pour la tête relii^ieuse du Makhmal.
La grande princesse ayant accompli le pèlerinage de La Mecque dans une litière ÇMalchiiial) splendide, portée par des chameaux magnifiquement caparaçtHinès, chaque année, depuis lors, on envoie, avec la caravane qui s'en va aux lieux saints, une litière commémorative, en même temps que le Tapis.
Le départ du Tapis, du Makhmal et des pèlerins est l'occasion d'une tète brillante, qui met sur pied tout le Caire musulman.
Des milliers d'équipages, de cavaliers, et plus de cent mille personnes se réunissent sur les places Roumaïlah et Quarameidan ; les crêtes des murailles delà citadelle sont festonnées de turbans ; les branches des arbres plient sous le poids des gamins curieux et, tout le long des rues pavoisées que suivra le cortège, les boutiques sont pleines d'amis que le patron a invités, pour voir passer les cortèges. Ce sont des tableaux ravissants, avec des rangées d'entants joyeux au premier plan et, derrière eux, les grandes sœurs et les mamans. Car le boutiquier croirait manquer aux régies de la galanterie, s'il ne réservait pas son local tout entier au beau sexe et aux bébés.
Partout régne la joie et, du grand seigneur jusqu'au pauvre diable, chacun a revêtu ses plus beaux habits. Aussi quel ruissellement de ci>uleurs sous le beau ."•oleil du Caire !
Cinibalicrs Civalcric khédÏN-ialc Chameau de hit !
Le jour du Tapis, nous avons ctc, tout d'abord, nous poster auprès de la mosquée du Sultan-Hassan, afin d'assister à l'arrivée du public. Le boulevard Méhémet-Ali était littéralement bondé de monde. Ici, des ministres, des personnages officiels, des princes en landaus luxueux, que précédent des Sais et que suivent des escortes.
Puis des cavaliers superbes vêtus de brocard et cnturbanés d'or, grands personnages religieux ; et, à côté d'eux, des dcrvicbes aux accoutrements bi/arres. loqueteux sacrés. Des pelotons de la belle cavalerie kbédiviale défilent devant nous et Courtellemont les saisit au passage, puis des voitures de toutes sortes, des gens de tous costumes, de toute race et de toutes couleurs.
Mais il faut quitter, cbassés par la poussière, ce poste d'observation. Grâce à notre ami, M. Piot, qui nous met sous la protection d'un officier supérieur de sa connaissance, nous parvenons au premier rang. La voie est libre devant Courtellemont pour surprendre des groupes de curieux dans la foule.
Mais voici l'heure solennelle. Les troupes se mettent en marche lentement. Les beaux régiments du Khédive défilent, musique en tête, au son des mélopées chères aux oreilles des Arabes. Après eux viennent les sectes religieuses, précédées par des derviches aux costumes excentriques, parfois moitié nus, la chevelure au vent, gesticulant et brandissant des bâtons sacrés couverts de verroteries et d'oripeaux qui pétillent au soleil.
Voici maintenant les cimbaliers précédant le Tapis. On n'en voit de pareils que ce jour-là.
Juchés sur les plusgrands chameaux qu'on a pu trouver,ils sont assissurle sommet de la bosse, ayant devant eux deux cimbales en cuivre rouge étincelant, amarrés sur un châssis horizontal. De petits drapeaux, dont la hampe se termme par un bouquet de plumes d'autruche, sont piqués au hasard, pittoresquement, sur le châssis, autour des cimbales, sur lesquelles l'artiste haut perché frappe le rythme des chants religieux entonnés à l'unisson par la foule qui grouille au-dessous de lui.
Et le chameau ? Voyez plutôt la gravure qui accompagne ces lignes : et ajoutez à ce harnachement singulièrement original, opulent et compliqué, des couleurs éclatantes, des verroteries scintillantes, des glands et des houppes de laine rouge, bleue, jaune, violette et verte. Le rouge et le vert, couleurs sacrées, dominent cependant entre les lourdes broderies de perles et d'or, que le soleil enveloppe et exalte en son bain de lumière violente.
Derrière les cimbaliers, des chameaux non moins attifés, lents, fiers, sensibles aux oripeaux sous lesquels ils disparaissent, s'avancent gravement, leur épais muflle en