‹ Le Caire et ses environsChapitre 20 sur 69 · ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

ESCLAVAGE

La traite des esclaves n’existe plus en Egypte, et c’est au khédive Ismaïl que revient l’honneur d’avoir décrété l’abolition de l’esclavage dans ses Etats. Des expéditions militaires ont été dirigées contre les (jellabs qui exploitaient ce honteux trafic; de nombreux convois de marchandise humaine ont été confisqués et les marchés publics sont à jamais fermés. Malgré l’exécution de ces mesures philanthropiques, et la sévérité des lois sur la répression de la traite, il y a encore des marchés secrets, même au Caire. Dans la Haute-Égypte, principalement à Qeneh et à Esneh, rien n’est plus facile que d’acheter un esclave noir.

Le mot esclavage comporte avec lui une signification qui ne doit pas être appliquée à la servitude

MOEURS, COUTUMES

telle que la comprennent les musulmans; chez eux cette condition n’est ni cruelle ni flétrissante, elle ne considère pas l’esclave comme une chose, un objet matériel ainsi que le faisait la loi grecque ou romaine, et n’est pas souillée par les actes de barbarie que l’on a si souvent remarqués chez les colons d’Amérique, par exemple, qui n’estiment dans le nègre qu’une valeur purement matérielle. Le musulman au contraire voit toujours un homme dans son esclave, dont l’état est minutieusement réglé par la loi religieuse; il le traite avec bienveillance, de telle sorte qu’on pourrait dire qu’un esclave, en Egypte, est souvent moralement plus rapproché de son maître qu’un domestique en Europe. Aujourd’hui la liberté accordée aux esclaves leur permet de vivre à leur guise sans être inquiétés; cependant très peu profitent de ce privilège : ils préfèrent leur état de servitude exempte de toute oppression, à l’insécurité d’une situation qui souvent ne serait pour eux qu’une source de peines et d’embarras.

Loin d’être malheureuse, la condition des esclaves en Egypte les élève presque toujours au-dessus de celle d’où ils ont été tirés. Beaucoup d’entre eux, les blancs principalement, sont arrivés aux postes les plus éminents. Un enfant né d’une esclave est l’égal de l’enfant légitime, et s’il est l’ainé de la famille, il a droit à toutes les prérogatives attachées à son rang. Cette fameuse milice des mamelouks qui a si longtemps gouverné l’Egypte, ne se recrutait que parmi

les esclaves. Ali-Bey, Ibrahim-Bey, le farouclie Mourad-Bey défait à la bataille des Pyramides, avaient été achetés dans les bazars. Aujourd’hui encore il n’est pas rare de rencontrer un officier supérieur ou un fonctionnaire de haut rang qui a été esclave dans sa jeunesse; on en voit même, devenus fils adoptifs, ayant reçu une éducation soignée, épouser la fille de leur maître.

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