‹ Le Caire et ses environsChapitre 26 sur 69 · MOSQUÉE EL-HAKEM · texte numérisé non relu

MOSQUÉE EL-HAKEM

Derrière les anciens remparts qui bordent au nord une partie de la ville, et près de la porte appelée Babel-Foutouh, s’élève la mosquée que le khalife El- Hdkem-b i-amr-Illah fît bâtir en 1003 (393 de l’hégire), c’est-à-dire trente-quatre ans après la fondation du Caire. La disposition de ce monument imite dans son ensemble la mosquée Touloun. Les deux minarets sont a base carree dont la forme rappelle celle des anciens pylônes égyptiens. Primitivement ils étaient

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cylindriques; ce fut un ministre d’El-Mostanserb’illah, Bedr-el-Gemaly, qui les fit entourer de la sorte pour protéger les murailles de la r/ille. Le minaret septentrional est enclavé dans les fortifications entre le Bab-el-Nasr elle Bab-el-Foutouh. Fendant l’expédition française cette tour portait le nom de fort Vaille qui se lit encore sur la face orientale. L’inscription arabe qu’on voit au-dessus des meurtrières est moderne.

La mosquée El-Hâkem, en partie détruite par un tremblement de terre, fut réparée par le sultan Beybars-el-Djacbenkir en 1308. Lu siècle plus taid, Melek-el-AchraT-Barsebây y fit plusieurs embellissements.

Histoire. — El-Hàkem, troisième khalife fatimite, succéda a son père à l’âge de onze ans, en 996 (.>86

de l’hégire.); sa tutelle futconfiée au vizir Arghouàn. A quatorze ans le jeune souverain déclara vouloii s’occuper seul des affaires de l’État. A cette époque une secte nouvelle, fondée par un certain Daiai, venait de s’établir en Égypte. Les Darariens avaient proscrit tous les dogmes et plusieurs pratiques du culte musulman , entre autres la solennité du vendredi , les fêtes du Baïram, et avaient remplacé le pèlerinage de la Mekke par celui du temple de Thalabj dans l’Yémen. Ils admettaient des principes entièrement opposés à ceux du Qoran, et permettaient le mariage entre les frères et les sœurs.

Le jeune khalife venait de terminer sa mosquée

lorsque, séduit par les nouveaux religionnaires, il s’empressa d’adopter leurs croyances. Il fit plus, il arriva à se persuader qu’il était appelé à remplir une mission divine. Tous les malins avant le jour , il allait seul sur le mont Moqattam, où il prétendait avoir, comme autrefois Moïse, des entretiens avec Dieu. Il portait les habits les plus simples, faisait ses prières au milieu de la foule assemblée qu’il prêchait ensuite. Bientôt il se prétendit Je chef légitime, le pontife suprême de l’islamisme, et proclamal’anathèmecontre les premiers khalifes compagnons du Prophète. Un jour des crieurs annoncèrent dans toute la ville quele khalife invitait le peuple à se réunir dans sa mosquée pour y entendre le récit des communications qu’il avait reçues de Dieu. El-Hàkem déclara alors publiquement qu’il allait abolir la religion musulmane, et qu’il ferait connaître les lois qui lui seraient envoyées du ciel pour fonder une religion nouvelle.

Dès ce moment sa conduite ne fut plus marquée que par des actes de délire et d’inconséquence. II maltraita d’abord les juifs et les chrétiens, les obligeant de porter sur leurs habits une marque apparente pour les distinguer des musulmans, puis il les contraignit d’abjurer leur religion, confisqua les biens des synagogues et des églises; il permit ensuite à ceux qu’il avait persécutés de retournera leur ancien culte et augmenta les revenus du clergé, bravant ainsi la loi qui punissait de mort celui qui renonçait à la fois musulmane après en avoir fait ouver-

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tement profession. Par un édit il exigea qu’on maudît avec lui la mémoire des premiers khalifes; bientôt une autre ordonnance interdisait ces malédictions sous les peines les plus sévères. Il enjoignit aux femmes, sous peine de mort, de ne jamais sortir de leurs maisons pour quelque cause que ce fût, défendant aux ouvriers de fabriquer aucune chaussure à leur usage, et ordonnant aux vendeurs des marchés d’aller leur présenter les comestibles nécessaires dans une grande cuillère à long manche, et d’y recevoir le prix de leurs denrées. Tous les jours à midi il montait sur les minarets de sa mosquée, prononçait tète nue des discours dans un langage inintelligible, et exigeait qu’ils fussent répétés à la prière du vendredi.

Enfin sa folie' n’ayant plus de borne, El-Hàkem se déclara dieu lui-mème... Ce fut surtout, le persan Mohammed ebn-Ismail-el-Dourzi qui le persuada de son essence surnaturelle. Un registre fut ouvert pour inscrire les noms de ceux qui reconnaîtraient la divinité du khalife; la crainte fit signer seize mille habitants du Caire, et le nouveau dieu, voulant célébrer dignement son inauguration divine, fit mettre le feu à la ville... El-Hàkem, monté sur la terrasse de son palais, jouissait du coup-d’œil de l’incendie et donnait des ordres pour aller avec des torches, allumer tel ou tel quartier qui lui plaisait de livrer aux flammes. Une députation des cheikhs d’El-Azhar étant venue le supplier d’épargner leur mosquée, le fou ordonna qu’ils fussent brûlés vifs. Cependant per-

sonne n’eut le courage d’exécuter cet ordre barbare. L’épouvante augmentait tous les jonrs; les soldats pillaient la ville, et les vizirs se disposaient à fuir en Syrie au moindre geste de leur maître qui pût compromettre leur liberté.

L’Égypte gémissait ainsi avec la patience la plus inconcevable, sous le joug de ce dévastateur insensé. La terreur était telle, qu’aucune main n’osait se lever pour frapper l’ennemi public. L’intérêt particulier parla plus haut : le khalife, ayant soupçonné sa sœur d’intelligences secrètes avec le chef de ses troupes, avait ordonné la mort des coupables; mais les deux amants, avertis à temps par l’eunuque qui leur était dévoué, firentassassiner El-Hàkem sur le mont Moqattam où il continuait à se rendre sans escorte selon son habitude (1021 de J.-C. — 411 de l’hégire).

Les Druses, qui ont conservé dans leurs croyances les dogmes de la doctrine d’El-Hàkem et qui reconnaissent sa divinité, prétendent encore de nos jours que ce khalife n’est pas mort : il s’est retiré de ce monde à cause des péchés de l’humanité; il doit reparaître un jour sur la terre comme un nouveau Messie, et étendre sa religion sur tous les peuples.

— Aujourd’hui la mosquée El-Hàkem est en ruine; il ne reste plus que quelques fenêtrages éraillés et des piliers en briques recouverts de stuc, supportant des arcades ogivales en fer à cheval, surmontées d’une longue frise ornée de caractères koufiques. Les plafonds sont en troncs de dattiers non équarris. La

ni

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cour est encombrée de colonnes et de chapiteaux en marbre et en granit ; dans nul édifice de lacapitaîe on ne peut se faire une idée plus exacte de ce qu’a dû être la dévastation des monuments de l’ancienne Egypte au profit des constructions musulmanes, en voyant les énormes blocs qui jonchent le sol. En somme, la mosquée El-Hàkem est tellement dégradée qu’elle n’offre que peu d’intérêt à l’étranger; les minarets seuls sontdignes d’attention. On visite ordinairement celui du nord ; l’entrée est un peu difficile, mais l’on rencontre bientôt un escalier en pente douce, construit en,tre la partie cylindrique de la tour et son enveloppe carrée ajoutée postérieurement. Cet escalier débouche sur une plate-forme d’où l’on jouit d’une des plus belles vues du Caire.

11 est question en ce moment de réparer le sanctuaire de cette mosquée ; une partie de l’édifice serait rendue au culte, et l’autre transformée en école publique.

MOSQUÉE QALAOUÎV

Si de l’Esbékîeh on se dirige à l’est de la ville en suivant la rue du Mousky, on rencontre à gauche, près du Klian-Khalil, une rue presque entièrement composée de boutiques d’ustensiles en cuivre; c’est

le Darb-el-Naliassîn 1 où s’élève, au milieu des échoppes de chaudronnerie, la magnifique mosquée que le sultan mamelouk MeleJc-el-Mansour-Qalaoun fit construire en 1283 (683 de l’hégire) . L’aspect de ce monument est des plus grandioses. Les murs sont par assises réglées taillées en carrés alternativement peints en blanc et en rouge; des inscriptions en caractères arabes courent le long de la façade. Le minaret qui s’élance de l’angle nord a trois rangs de galeries, et présente par l’harmonie de ses lignes un des meilleurs modèles du genre. Cet édifice est construit sur un plan très irrégulier, mais tout l’ensemble offre une suite de motifs et de dispositions où le jugement, l’art et le goût ont la plus grande part. Il est divisé en trois parties parfaitement distinctes : à droite de l’entrée, la salle du tombeau; à gauche la mosquée, au fond l’hôpital ou Moristân. Ce nom, d’origine persane, a été donné au monument à l’imitation du grand hôpital de Damas appelé Biinüristaiif mot qui signifie « habitation des malades « .

Histoire. — Qalaoun monta sur le trône d’Égypte après avoir fait exiler le fils mineur du sultan Beybars son prédécesseur, en 1279 (678 del’hégire), et pritle titre de Melek-el-Mansour (le roi victorieux). Il porta

1 Darb, rue; hârali, quartier, autrefois fermés par des portes et qui aboutissent au charea, grande rue; aalfah, rue en ziggag, qoqdz, ruelle; khôkha, petit passage à travers une maison, qui fait communiquer l’aatfah >\ une ruelle; sikkah, route, chemin.

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ses armes en Syrie, réduisit le gouverneur Melek-el- Kâmel qui s’y était rendu indépendant, et chassa les Tartares de toutes les places qu’ils occupaient, depuis l’Arménie jusqu’aux frontières de l’Arabie. En 1283, tandis que l’Égypte n’avait à redouter aucun ennemi au dehors, le Caire fut tout à coup le théâtre de scène d’horreurs jusque-là sans exemple : Le sultan courroucé de voir que quelques-unes de ses ordonnances n’avaient pas été suivies, entra dans une telle fureur qu’il livra la ville au sabre de ses mamelouks. L’innocent comme le coupable furent enveloppés dans cette exécution sanglante; les rues furent inondées de sanget jonchées de cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants. Le carnage dura trois jours entiers... Enfin les oulémas vinrent à bout de calmer la fureur du prince. Qalaoun se repentit de s’être laissé aller à une vengeance si cruelle, et fit d’abondantes aumônes pour mériter son pardon de la miséricorde divine. Les historiens arabes disent que c’est en expiation de ses excès qu’il conçut le projet d’élever un hospice destiné au soulagement de l’humanité souffrante ; cet édifice, achevé par son fils Melekel-]\Tasser, devint le célèbre hôpital du Moristàn.

Libre de tout ennemi qui pût occuper son activité au dehors, Qalaoun se mit à faire la guerre à ses vizirs; il les déposa, les remplaça, les renomma et les destitua alternativement. Ayant perdu son fils aîné Ali, qu’il avait désigné comme son successeur, il crut se distraire de sa douleur en allant fondre sur

Tripoli de Syrie, alors au pouvoir des chrétiens depuis cent quatre-vingts ans. La place fut prise et rasée, les habitants égorgés, et une nouvelle ville, fondée par le sultan d'Égypte, s’éleva sur les débris tie l’ancienne. De retour au Caire, il reçut les ambassadeurs du roi Alphonse d’Aragon, et conclut avec eux un traité d’alliance le 13 du mois de Rabi-el- Aouel 689 (24 avril 1290). Peu de temps après ces négociations, Qalaoun consumé de chagrin, mourut après avoir régné onze ans.

Quand le second fils de Qalaoun, Melek-el-Masser, fut proclamé sultan, il consacra ses soins à l’achèvement de l’hospice fondé par son père. Les bâtiments furent agrandis et partagés en divers corps de logis où chaque espèce de maladie avait un local particulier et un médecin spécial choisi parmi ceux qui s’étaient illustrés dans la science. Une grande partie du monument fut réservée pour les aliénés des deux sexes. Lachapelle où repose Qalaoun fut agrandie et convertie en belle mosquée; puis une autre mosquée non moins splendide que celle du tombeau, fut construite en face de la première, c’est-à-dire à gauche de l’entrée principale.

L’hôpital servait d’asile à plus de cent malades. La grande salle, où étaient les hommes alités, est sur le côté gauche d’une grande cour bordée de galeries à colonnes, et au milieu de laquelle s’élève un petit oratoire. Les pièces du fond étaient destinées aux convalescents, aux cuisines et dépendances. Les lits

étaient rangés contre les murs, et au milieu des salles jaillissait une fontaine ou coulait un ruisseau d’eau rive pour entretenir la propreté et la salubrité. Les logements des infirmiers et des gardiens, les vastes magasins remplis de vivres et de médicaments faisaient face aux chambres des malades. Les salles des femmes se trouvaient derrière celles des hommes. D’autres cours avec des cellules et des couloirs étaient affectées aux aliénés.

Les médecins du Moristân apportaient plusd attention à l’air qu’aux aliments : ils plaçaient les malades dans de grands ou de petits appartements dirigés vers le midi ou vers le nord, chauffés par des fumigations aromatiques, ou refroidis de différentes manières suivant la nature de l’affection. Ils donnaient du mouvement à l’air au moyen d’immenses éventails suspendus aux plafonds- ailleurs ils couvraient le sol de plantes odoriférantes. Des musiciens venaient chaque jour distraire, par le chant ou le son des instruments, les malades de leurs souffrances.

— La décoration de la salle du tombeau est d’une grande magnificence. Lesvastes arcades de la coupole reposent sur quatre piliers carrés et quatre grosses colonnes ; les fenêtres sont à colonnettes et rappellent assez la construction intérieure de nos monuments gothiques. Les unes et les autres sont chargées d’ornements éxécutés avec beaucoup de goût et de précision, a On y remarque, dit M. Pascal Coste, des chapiteaux à feuilles refendues qui sont évidemment

une imitation des chapiteaux corinthiens des édifices romains, qui ont, dans les premiers temps, servi comme par hasard à la construction des édifices, et qui par la suite ont été imités par les artistes arabes. » Les murs sont revêtus de mosaïques en marbre et de panneaux au milieu desquels sont tracés des monogrammes en caractères boutiques; au-dessus de ces panneaux règne tout autour de la salle une inscription arabe restaurée ou plutôt détériorée par un artiste moderne. La qiblah est des plus belles; le fond est à quatre rangs de colonnettes en marbre, qui ressortent sur un champ de fines mosaïques décrivant des lignes brisées et des entrelacs d’un travail admirable. De chaque côté de la qiblah sont trois colonnes; les premières, en marbre blanc et octogones, ne servent que de simple ornement, tandis que les quatre autres, en porphyre, sont douées de vertus miraculeuses : il suffit de les lecber pour être guéri de la fièvie. Les taches noirâtres que le visiteur remarque sur leur surface proviennent du sang de la langue des fidèles animés d’un zèle trop ardent. On a même vu des femmes stériles être guéries de leur infirmité à la suite de quelques visites pieuses à la qiblah de Qalaoun.

On conserve dans le vestibule de la salle du tombeau deux fauteuils en bois avec panneaux à jour, ayant appartenu à Qalaoun, un qouftan' en soie et une ceinture que ce sultan portait. On attribue à ces vêtements des vertus miraculeuses. Les malades, hommes

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ou femmes, viennent souvent en grande vénération demander à ces précieuses reliques la guérison de leurs souffrances; ils se couvrent de la robe usée par les siècles, et se passent la ceinture autour des reins ; ainsi accoutrés il font respectueusement trois fois le tour du tombeau en prononçant quelques prières, puis s’en retournent pleins de confiance dans l’efficacité du procédé.

A l’exception du tombeau de Qalaoun, qui est entretenu avec un soin vraiment religieux, 1 intérieui du Moristàn est méconnaissable, et en présence de ses débris, il est difficile de se faire une idée du splendide édifice consacré au soulagement des malheureux. 11 ne reste guère de sa décoration primitive que des fragments, et deux portes en bois dont les ornements en bronze sont à moitié dégradés; elles ont été mutilées dans leur partie supérieure pour les adapter à la hauteur de la baie qu’elles ferment aujourd’hui. Le Moristàn a subi maints changements à différentes époques; mais surtout depuis que les aliénés en ont été retirés pour être transférés à la mosquée Touloun et de là à Boulaq. Les logements ont subi de grossières réparations afin de pouvoir les louer aux marchands du voisinage, qui en font des entrepôts. On est malgré soi saisi d’un sentiment d’indignation a la vue de ce monument rempli de souvenirs si touchants, envahi par des magasins de marmites, de bassines, d’aiguières, de lanternes, en un mot de tout le grossier attirail de la chaudronnerie et de la ferblanterie.

« En voyant ce désordre, dit M. Prisse d’Avennes, on se demande pourquoi on n’a pas réparé cet hôpital consacré de temps immémorial, plutôt que de détériorer la mosquée de Fouloun pour la convertir en hospice; 1 art et les deux monuments y auraient gagné. L élude du grand Moristân est d’autant plus pi écieuse pour 1 histoire de l’architecture arabe, qu’il n’y a plus debout aucun palais de son époque, et qu il rappelle par sa distribution et son genre d’ornementation, les édifices civils des premiers temps, n Le poitail extérieur, d une hauteur imposante, est en marbre noir et blanc, soutenu par deux colonnes a chapiteaux corinthiens; une inscription en relief sur fond rouge orne la partie supérieure de l’entrée. Le grand couloir a un plafond à poutrelles d’un très bel efief; les autres, à voûtes croisées, ont beaucoup pei du de leur régularité primitive par suite des répalations faites par Saïd-el-Mabroûki et Ahmed-Pacha Palier. La seconde porte a droite de ce couloir conduit à une sorte de grand vestibule qui précède la salle du tombeau. Cette pièce sert actuellement de bureau à 1 administration des biens de la mosquée. C était autrefois une bibliothèque riche surtout en exégèses du Qoran, en ouvrages de médecine et de jurisprudence. La mosquée proprement dite n’offre aucun intérêt ; 1 entrée fait face à la chapelle funéraire.

MOSQUÉE EL-NASSER

La mosquée El-Nasser est contiguë à la salle du tombeau de Qalaoun. Ce monument n’a de remarquable que son portail à colonnettes qui présente une analogie frappante avec ceux de nos anciennes églises. Le minaret à base carrée s’élève au-dessus de la porte d’entrée. La mosquée El-Nasser date du commencement du quatorzième siècle; elle n’est presque plus fréquentée aujourd’hui. L’intérieur se compose de deux pièces séparées : à droite le tombeau, à gauche le sanctuaire ; ces deux salles sontblanchies à la chaux, et recouvertes par endroits de peintures grossières. L emembar lui-même, tout sculpté à jour, disparaît sous les couches éclatantes de vert et de rouge dont l’artiste arabe moderne est si prodigue.

Histoire. — Melek-el-Xasser Gis de Qalaoun succéda à son père à l’àge de neuf ans, en 1293 (G93 de l’hégire). L’émir Ketboghâ, tuteur du jeune prince, le renversa du trône après un an environ de règne, l’exila et se Gt proclamer sultan à sa place. Ketboghâ ne tarda pas à être déposé à son tour par les émirs réunis en grand divan; il eut pour successeur Hossam-ed-dîn-Lagîn’gouverneurde Syrie. Après deux années de règne, Lagîn’fut poignardé par un de ses

gardes et remplacé, quarante et un jours plus tard, par Seyf-ed-din-Taadjy, qui fut massacré par ses mamelouks le lendemain de son inauguration. Melek-el- Nasser ebn-Qalaoun fut alors rappelé d’exil pour reprendre possession de l’héritage paternel (1299). La deuxième année de son nouveau règne, El-Nasser entreprit une campagne contre les Tartares qui avaient envahi la Syrie. Dans une première rencontre qui eut lieu près de Hémesse, les musulmans furent battus et reprirent la route de l’Egypte ; mais le sultan ayant trouvé des renforts considérables, rallia ses troupes et marcha de nouveau aux Tartares qui cette fois furent taillés en pièces.

Les troubles qui avaient précédé le rappel du sultan recommencèrent peu à peu. Les émirs, séparés les uns des autres par l’intérêt et l’ambition, se réunirent dans un sentiment commun d’hostilité envers leur souverain. Melek-el-Nasser redoutant leur violence, prétexta un voyage à la Mekke, et se retira en Syrie dans la forteresse de Karak, lieu de son premier exil, puis il renvoya au Caire les insignes de la royauté en disant qu’il abdiquait, laissant Je trône à qui le voudrait (1309). Les Mamelouks élirent alors pour chef Beybars, second du nom, surnommé el-Djachenkir, comme le fondateur de la première dynastie des sultans mamelouks. Cette nomination déplut à Melek-el-Nasser. Se repentant alors d’avoir par son abdication volontaire, livré l’Égypte à un ancien esclave de son père, il rentra au Caire à la tête de

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nombreux partisans, chassa Beybars et ressaisit pour la troisième fois l’héritage de Qalaoun (131Ü-709 de l’hégire). Cette fois El-\Tasser resta sur le trône jusqu’à sa mort, c’est-à-dire trente-trois ans. Pendant ce temps, éprouvé par les révolutions qui avaient déchiré l’intérieur du royaume, il sut maintenir la paix et se faire aimer de son peuple par sa bonne administration et sa justice.

Melek-el-Nasser fonda au Caire -plusieurs établissements utiles, acheva l’hôpital du Moristàn et, six ans avant sa mort (1335), construisit sa mosquée à côté du tombeau de son père. Le portail de ce monument faisait partie, dit-on, d’une église chrétienne de Saint-Jean-d’Acre d’où il fut rapporté lors du sac de cette ville en 1291 (690 de l’hégire), par le frère d’El-Nasser, pour être placé au Caire comme un trophée de gloire.

Le sultan n’avait pas encore rendu le dernier soupir, q ue les émirs, avides de s’emparer des richesses de leur maître, pillèrent son palais sous prétexte qu’ils étaient, disaient-ils, ses légitimes successeurs. La cérémonie funèbre, préparée en grande hâte, eut lieu la nuit ; quelques amis prévenus à temps, assistaient seuls au convoi, marchant silencieusement à la lueur de deux torches. « Ainsi, fait remarquer un historien arabe, le fils de Qalaoun estimé de tous ses sujets, termina sa vie comme un étranger, enseveli comme un malheureux et porté au tombeau comme un homme sans famille... »

MOSQUÉE EL-BARQOUQIEH.

La mosquée El-Barqouqîeh fait suite à la précédente ; elle fut construite à la fin du quatorzième siècle par le sultan Alelek-el-Z aher-Barqouq. L’ensemble de la façade est d’un ellet assez médiocre; le minaret, élevé à l’extrémité nord, attire le regard par ses contours gracieux et sa légèreté.

La porte d’entrée est en bronze ; c’est un véritable chef-d’œuvre de ciselure ; les ornements qui consistent principalement en entrelacs et en bossages, ne peuvent être comparés, pour leur richesse et leur fini, qu’à ceux de la porte de la mosquée El- Mouayyad.

En suivant un couloir à droite du vestibule, on arrive à la cour intérieure dont les hautes murailles sont bordées d’une rangée de merlons en forme de fleurs de lis. Sur les côtés s’ouvrent trois grandes baies ogivales formant trois salles destinées particulièrement aux fidèles qui suivent les différents rites orthodoxes ; le côté oriental est occupé tout entier par le sanctuaire, séparé delà cour par un maqsourali qui tombe de vétusté. Ce qu’il y a de plus remarquable dans cette partie du monument, sont les mosaïques du pourtour de la qïblah, ornées de pâtes vitrifiées et de nacre ; le membar est de construction

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récente. Sous la coupole est le tombeau des filles du sultan mortes en bas âge. Le plafond où l’on aperçoit encore des arabesques en couleur et des ornements dorés, repose sur quatre piliers cylindriques. Le sol de la mosquée est tout entier recouvert de dalles en marbre, rondes et rectangulaires, alternativement blanches et noires.

La mosquée El-Barqouqîeh possède une école appelée Madrasset-el-Zaherîeh f d'u surnom d’El- Zaher que portait Barqouq. La mosquée sépulcrale de ce prince est une des plus belles de la nécropole des sultans mamelouks, à l’est du Caire. (V. plus loin la Vallée des Tombeaux.)

MOSQUÉE BEYBARS.

La mosquée du sultan Beybars, surnommé el- Bendoqdary , est située dans le quartier Gamalîeh, à droite de la rue qui conduit à Bab-el-Nasr.

Histoire. -—En 1260 (658 del’hégire), le meurtre du sultan El-Mozzafïar-Qottouz valut le trône d’Egypte à l’émir Beybars qui se fit proclamer sous le nom d ’ E l-M elek-e l-Z aher-A boa-VF outouh (le roi illustre père des conquêtes). Les premiers actes de Beybars firent oublier les moyens violents dont il s’était servi pour arriver au pouvoir; il rappela au

184 I,E CAlItE ET SES EXVIR0XS

Caire les émirs exilés, lit sortir de prison les détenus politiques, réduisit considérablement l’impôt et sut mériter l’estime générale.

Après une campagne heureuse en Syrie, il rétablit au Caire le khalife abbasside qui s’était enfui de Bagbdad saccagée par les Tarlares; mais le khalife n’eut alors qu’une dignité purement spirituelle, dont l’autorité s’exerça obscurément encore pendant environ trois siècles sous la protection des sultans d’Egypte. En 1263 une affreuse famine vint désoler le pays tout entier; Beybars fit rassembler tous les malheureux dans de vastes asiles, où chaque jour il leur faisait distribuer des vivres et les secours que réclamait leur état. Pendant qu’il sauvait ainsi la vie à des milliers d’indigents, il faisait venir de Syrie et de Grèce des vaisseaux chargés de blé, et bientôt grâce à ses soins vigilants l’abondance ne tarda pas à reparaître.

Beybars qui voyait avec regret les chrétiens posséder encore plusieurs places importantes de la Palestine, prépara une expédition en Syrie. Il commença la campagne en s’emparant de Césarée; ensuite il marcha sur Damas, prise par les Tarfares puis abandonnée par eux, se jeta sur l’Arménie dont Hayton, roi chrétien, était souverain, prit la ville de Sis, capitale du royaume, et étendit ses conquêtes jusqu’en Anatolie. Forcé par les Tartares de battre en retraite, il se replia sur la Syrie et rentra au Caire en 1267, pour y lever une nouvelle armée. Les

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années 1268, 1272, 1275 revirent encore Beybars en Syrie ; partout les armes du sultan furent victorieuses. En 1276 (674 de l’hégire), une autre expédition fut dirigée contre la Nubie, sous la conduite de l’émir Aqsonqor-el-Farghâny ; la bataille d’Assouân décida du sort de cette contrée et donna à l’Égypte toute la vallée du Nil supérieur. Cette même année les armées de Beybars se signalèrent également au delà des déserts de Libye par la conquête du royaume de Barqah.

C’est au milieu de cet apogée de gloire que la mort attendait le sultan. En 1277 il y eut une éclipse totale de lune ; les astrologues consultés sur ce phénomène, tombèrent d’accord pour affirmer que c’était là un funeste présage annonçant la mort d’un grand prince. Beybars s’imagina être personnellement menacé... Persuadé que sa mort serait l’effet d’un complot tramé par quelque rival, il voulut se défaire du seul dont il pensait avoir à redouter les droits au trône, c’est-à-dire du prince Daoud, dernier rejeton de la race des Ayoubites. Un jour à l’issue d’un banquet, Beybars présenta une coupe empoisonnée à Daoud qui ne but qu’une partie du breuvage mortel ; croyant la coupe entièrement vide et sans danger, le sultan la fit remplir de nouveau pour lui-même, but, et expira à côté de sa victime. Au lieu d’un prince, les astrologues en eurent deux pour justifier leur prédiction.

Ainsi mourut El-AIelek-el-Zaher-Beybars le pre-

micr mois de l’année 676 de l’hégire (1277).

ÉgJP*e l*1* dut 1111 grand nombre de travaux utiles : Alexandrie, des fortifications nouvelles et la réparation de son phare; Damiette, sa réédification presque entière; le Vieux-Caire, des greniers publics et la mosquée d’ Açar-en-Nebi (les traces du Prophète) où est conservée une pierre qui porte, dit-on, l’empreinte des pieds de Mohammed ; enfin le Caire, d’importantes constructions parmi lesquelles le pont des Lions (kantarat’el-Sabaa) dans le quartier el-Yasserîeh, et la mosquée El-Zaher, au nord de la ville, sur le boulevard actuel de l’Abbassîeh.

- — ■ Le tombeau du sultan Beybars se trouve à gauche du petit vestibule d’entrée ; on y pénètre par une porte l asse en bois blanc fraîchement sortie de l’atelier d’un artiste indigène. La salle est de toute beauté ; malheureusement elle tombe en ruine faute d’entretien. Les murs, jusqu’à moitié de leur hauteur, sont revêtus de mosaïques et de panneaux à inscriptions boutiques ou chargés d’entrelacs ; audessus des lambris est une inscription arabe qui sc prolonge sur les quatre faces. La qiblali est ornée de deux rangs de galeries formées par des colonnettes supportant un entablement à coquilles séparées par de fines arabesques ciselées dans le marbre blanc. Sous la coupole, au centre de la salle, repose le corps du sultan. La corniche de la porte pratiquée au milieu du grillage en bois qui ferme l’entrée du tombeau,

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contient un tarikh dans lequel est rapportée la date de la mort de Beybars.

La mosquée qui avoisine la salle sépulcrale est d’une simplicité qui offre le plus frappant contraste avec la première partie du monument. Le sanctuaire est complètement nu ; la qiblab, le membar, le clikka sont des plus misérables et ne valent pas la peine d’être signalés.

MOSQUÉE EL-ZAHER.

Ce monumentfut construiten 1266 (665de 1 hégire) par le sultan Beybars-el~Bendoqdary . Sa disposition diffère un peu de celle des autres mosquées : elle ne présente que deux nefs du côté de la qiblah; le reste de l’enceinte forme une vaste cour entourée de portiques.

L’historien arabe Makrîzy dit que la mosquée El- Zaher fut bâtie dans le quartier appelé Houssenîyeh, sur un champ de courses au nord de la ville, où le sultan allait souvent avec ses émirs se livrer au jeu de la paume à cheval. Dès que le plan de 1 édifice eut recula sanction du sultan, des ordres furent expédiés dans toutes les rovinces de l’empire pour faire venir des dalles de marbre rare et des bois d’un grand prix pour la construction des portails et des plafonds.

Le poêle I* akhr-ed-Din rendant hommage à la piété et aux vertus de Beybars, raconte que le sultan, au retour d’une expédition de Syrie, fut si indigné de la conduite scandaleuse des habitants du Caire qui se livraient à la débauche la plus corrompue, qu’il fit fermer tous les établissements où se débitait le hachich, et les maisons des danseuses publiques. Ce serait alors en expiation des outrages faits à la religion, qu’il aurait bâti une mosquée hors de la ville afin que les prières des fidèles « pussent monter librement vers Dieu sans être empestées par l’air impur qui se dégageait de certains quartiers. «

— La porte principale de la mosquée El-Zaber s’ouvre dans un massif carré qui probablement supportait l’unique minaret aujourd’hui détruit. Toutes les fenêtres sont en ogives, fermées par des clairesvoies en stuc présentant alternativement des lacis et des arabesques. Chaque porte a une décoration différente ; celles du nord et du sud se ressemblent assez, mais celle de l’ouest, aujourd’hui murée, était la plus riche en ornements ; deux hautes colonnes en marbre blanc à rudentures s’élevaient de chaque côté ; les chapiteaux corinthiens, sans doute ajoutés postérieurement, étaient en pierre calcaire et mal appareillés.

La mosquée El-Zaher était déjà abandonnée lors de î expédition française ; elle fut transformée en forteresse sous le nom du général Sulkowski, une des victimes de 1 insurrection du Caire. Aujourd’hui ce monument sert de manutention militaire.

MOSQUEES

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