MOSQUÉE HASSAN
A l’extrémité du boulevard Mohammed-Ali , au pied de la Citadelle, s’élève la magnifique mosquée du sultan Hassan. C’est un des plûs beaux édifices de l’Egypte musulmane, tant par la hardiesse de sa coupole, la hauteur de ses minarets, ses dimensions imposantes, que par la richesse de son architecture. Une légende arabe raconte que le sultan fut si émerveillé à la vue d’un pareil chef-d’œuvre, qu’il fit couper les mains à l’architecte afin qu’il ne put tracer un autre plan semblable. L’origine de ce monument remonte à l’année 757 de l’hégire (1356) ; sa construction dura trois ans.
Histoire. — Le septième fils de Melek-el-Nasser ehn-Qalaoun fut investi du pouvoir souverain en 1347, sous le nom de Melek-el-Nasser-Hassan. Comme son père , il descendit du trône pour y remonter ensuite ; il s’y maintint d’abord pendant près de quatre ans, grâce à l’habileté de l’émir Altemich, mais au commencement du mois de Rageb 752 (1351), il fut déposé et emprisonné à la Citadelle du Caire ; son dernier frère Saleh-Salah-ed-Din lui succéda.
Deux ans après la déposition du sultan Hassan, la
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pesle étendit ses ravages sur toute l’Egypte. La discorde déchira ensuite le ministère; les intrigues de deux renégats coptes qui cherchaient mutuellement à se supplanter dans le vizirat en mettant en jeu les différents partis, finirent par amener la chute de Saleh-Salah-ed-Din, et Melek-el-l\fasser-Hassan, qui du fond de sa prison avait aidé à cette révolution de concert avec l’émir Tag-ed-Din, remonta sur le trône et s’y maintint pendant six ans et demi. En 1361 (762 de l’hégire) il périt victime d’un complot.
— La façade de la mosquée Hassan est creusée de longues haies verticales percées de huit rangs de fenêtres grillées. La partie supérieure de l’édifice est terminée par une corniche très saillante formée par un cordon de stalactites triangulaires et circulaires; au-dessus de cette corniche est une dentelure de pierre découpée en forme de fleur de lis, dont il ne reste plus que des fragments. Le monument a ccnt quarante-trois mètres de longueur; les murs dont la hauteur atteint plus de quarante mètres au pied de la porte principale, ont jusqu’à huit mètres d’épaisseur dans certains endroits; le minaret placé à l’angle sud-est mesure quatre-vingt-six mètres d’élévation, et le dôme cinquante-cinq.
L’entrée a des dimensions colossales qui frappent l’œil ; la partie supérieure forme une sorte d’ogive terminée en coquille, qui encadre une voûte en encorbellement d’un grand effet. Le vestibule qui suit répond par la richesse de son ornementation au
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portail extérieur ; ses trois grandes niches decorees de stalactites sont couronnées par une coupole du même genre. En suivant à gauche un corridor obscur coupé à angle droit par une galerie précédée de quelques marches, on arrive à la grande cour intérieure qui n’a pas moins de onze cent vingt mètres de superficie. Sur chacun des quatre côtés s’ouvre une grande salle carrée à berceau ogival d’où pendent une quantité de chaînes de fer qui portaient autrefois à leur extrémité de riches lampes de bronze, aujour d’hui remplacées par quelques misérables veilleuse? en fer-blanc. La voûte du sanctuaire, plus élevée que les autres, a vingt et un mètres de largeur et vingthuit de hauteur sous clef. Au centre de la cour est le bassin aux ablutions couvert d’une lourde coupo e bulbeuse qui repose sur une galerie octogone ayant deux fenêtres sur chaque face, et soutenue par huit colonnes légères. Autour de la coupole est tracee une large zone sur laquelle on lit une inscription arabe en' caractères rapportés. En voyant cette coupole jadis peinte en bleu et cerclée d’une bande doree perpendiculaire à son axe, plusieurs voyageurs ont cru y reconnaître l’image du globe terrestre, sans songer qu’au quatorzième siècle les données sur la forme de la terre étaient encore incertaines et que du reste, même de nos jours, les Arabes n admetten pas la sphéricité de notre planète. (V. page •) A côté du grand bassin central est une autre fontaine à robinets pour les ablutions particulières.
La décoration intérieure du sanctuaire est d’une grande simplicité et d’un style sévère. A droite et à gauche sont deux rangées de vases de couleur suspendus aux parois. La frise qui se développe audessus de ces vases, est ornée de fines arabesques sur lesquelles se détaché une longue inscription en caractères koufiques; c’est, dit M. Pascal Coste, le plus beau morceau de ce genre qu’il y ait en Égypte. La qiblah est flanquée de quatre colonnettes en marbre, dont les chapiteaux ont des feuilles si ténues qu on les prendrait pour du bronze. En face est la tribune des lecteurs (dikka) supportée par trois piliers et huit colonnettes. Le membnr n’a rien de remarquable ; il paraît avoir été maladroitement restauré en plusieurs endroits. La corniche de la porte est trop lourde pour le petit dais qu’on voit au-dessus. De chaque côte de la qiblah s ouvre une porte en bronze qui donne accès à la salle du tombeau. La porte à droite, mieux conservée, est couverte d’entrelacs d’un dessin correct; toutes les étoiles et les autres figures enfermées dans ces lignes criblées de clous, sont damasquinées en or et en argent avec une finesse remarquable.
Le tombeau du sultan Hassan est au milieu d’une vaste salle carrée garnie de hauts lambris en marbre bordés d’une large frise en bois à arabesques grossièrement exécutées. Les pendentifs, couverts d’ornements, parmi lesquels on distingue encore quelques traces de dorure, sont presque entièrement ruinés.
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La qiblah se recommande particulièrement à l'attention par la bonne disposition de ses marbres de diverses couleurs qui s’encadrent gracieusement dans les bordures et les arabesques. Elle est ornée de quatre colonnes dont deux sont couronnées de chapiteaux dans le goût bizanlin. Ces colonnes sont douées de vertus particulières : en les frottant avec une pierre « mystérieuse » après les avoir préalablement humectées avec du jus de citron, on obtient un liquide rougeâtre qui a la propriété de guérir de la fièvre et de donner la fécondité aux femmes stériles. Cette pierre unique dans son genre, est une brique rapportée de la Mekke par quelque pieux pèlerin ; on la conserve précieusement au fond d’une armoire à la disposition des personnes intéressées. Le tombeau porte la date de 764 de l’hégire (1363). Sur la tapisserie qui le recouvre, on voyait, il y a quelques années, un magnifique Qorau écrit en beaux caractères, de la main même du sultan; il se trouve aujourd’hui à la Bibliothèque nationale. Sur le pavé de la salle on montre plusieurs taches noires, taches de sang disent les Arabes.
En revenant dans la cour on ne peut se lasser d admirer l’effet majestueux que produisent ces hautes murailles sur lesquelles se projettent de grandes ombres qui grandissent encore les proportions de l’édifice. C’estdanscette vaste cour inondée delumière que le sultan réunissait le peuple pour lui intimer ses volontés; c’est sur ces dalles de marbre qui
retentissaient sous le bruit des lourdes piques des gardes, que ce môme peuple courbait son front lorsque le souverain descendait de la tribune et se dirigeait vers les sombres couloirs où se tenaient les janissaires en faction ; c’est encore là que le 21 octobre 1798 les Français s’étaient réfugiés pendant l’insurrection du Caire.
La mosquée du sultan Hassan est le seul monument de l’Egypte musulmane qui ait conservé intact son caractère vraiment national : telle elle a été construite, telle nous la voyons aujourd’hui; les efforts de cinq siècles n’ont rien pu jusqu’ici contre ces épaisses murailles entièrement composées de matériaux empruntés aux pyramides ; mais si le gros de l’édifice est encore debout, les détails de l'ornementation intérieure sont si dégradés que c’est le cœur navré que l’on voit dépérir ainsi ce bel édifice faute de soins. En ce moment le ministère Ouaqf s’occupe beaucoup de la restauration des mosquées, et il est à désirer que de véritables artistes se mettent au plus tôt à l’œuvre pour conserver à l’Égypte un des plus riches monuments historiques de l’architecture orientale.
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