‹ Le Caire et ses environsChapitre 28 sur 69 · MOSQUÉE EL-MOO'AYY AD · texte numérisé non relu

MOSQUÉE EL-MOO'AYY AD

La mosquée El-Mouayyüd est située dans le quai tier Soukkarîeh, près du Bab-Zoueyleh. Llîe fut érigée en 14-15 (818 de l’hégire) parle sultan mamelouk Melek-el-Mouayyad-abou-VNasr-el-Mahmoudy-

el-Ddhery, sur l’emplacement d’un bâtiment appelé Khazanet-Chamaïl où l’on enfermait les criminels. Le sultan, dit M. Pascal Coste, ayant été vaincu par l’émir Mentach et renfermé dans cette prison, fit vœu de construire un temple sur le lieu môme de ses souffrances si Dieu le délivrait. La fortune des armes s’étant déclarée contre ses ennemis, El-Mouayyad acquitta avec éclat sa promesse en faisant élever la mosquée que nous voyons aujourd’hui. Les deux tours semi-circulaires de la porte Zoueyleh ont été utilisées pour supporter les minarets de l’angle sudest; un troisième minaret s’élève à l’angle opposé.

Histoire. — Sous le règne de Farag ebn-Barqouq, un émir nommé Abou-Nasr-el-Mahmoudy conçut le dessein de devenir sultan d’Égypte ; pour parvenir à ses fins, il se servit du khalife El-Mostaïn-b-IlIah.

Depuis l’extinction du khalifat de Baghdad et le rétablissement de la seconde branche des Abbassides au Caire, les khalifes n’étaient plus considérés que

LE CAIKE ET SES ERiVIltOXS.

comme des pontifes chargés exclusivement des affaires de religion et de conscience. El-Mahmoudy qui avait ses vues, persuada au khalife qu’il lui serait facile de reconquérir le pouvoir temporel et l’autorité souveraine de ses prédécesseurs, ajoutant que tout était disposé pour le succès de l’entreprise. L’orgueil du khalife ahusé, lui fit embrasser ce projet avec avidité. Le sultan Farag, alors à Damas, reçut l’ordre d’abdiquer ; il répondit à cette proposition insolente en appelant ses soldats au combat. La victoire allait se déclaier en faveur de Farag, quand les armes spirituelles employées à propos brisèrent le tranchant des sabres : 1 anathème suivant fut lancé par le khalife :

“ De par l’imam Abou-l-Fadl-el-Abbas-el-Mostaïn- “ b-Illah, prince des fidèles,

« Nous déclarons déchu du sultanat Farag, fils de “ Barqouq. Le véritable sultan d’Égypte et de Syrie “ est maintenant le khalife, descendant et vicaire du “ Prophète. Pardon pour ceux qui s’uniront à lui, et « malheur à ceux qui lui résisteront. »

Cette proclamation eut un effet immédiat : Farag abandonné de ses soldats, convaincu de s’être révolté confie le représentant du Prophète, fut décapité hors des murailles de Damas (1412 - — - 8 1 5 de l’hégire) . EI- Mosfaïn devenu sultan, créa EI-Mahmoudy son premier vizir. Mais ce dernier avait prétendu faire la i évolution pour lui seul ; il n’avait vu dans le khalife qu un instrument, et n’avait réussi qu’à se donner

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un inaitre ; dès lors le renversement du nouveau sultan fut décidé. A force d’intrigues El-Mahmoudy sc fit d’abord associer au trône sous le titre de Melekel-Mouayyad (le roi aidé de Dieu) ; puis bientôt le khalife dépouillé de toute autorité, fut relégué au fond d’un des appartements du palais.

Pendant une expédition en Syrie, El-Mostaïn profitant de l’absence de son rival, eut de nouveau recours aux armes spirituelles qui lui avaient si bien réussi la première fois; mais EI-Mouayyad, instruit à temps de ces menées, parut au Caire au milieu de ses ennemis. Ceux-ci, saisis de crainte, nièrent énergiquement avoir pris la moindre part à l’anathème, et la même assemblée qui l’avait prononcé appela la sévérité des lois sur la tête du khalife qui fut d’abord emprisonné, puis exilé à Alexandrie.

Melek-el-Mouayyad-el-Mahmoudy , parvenu ainsi au but de ses désirs, se fit d’abord remarquer par son gouvernement sage et prudent ; mais pendant les dernières années de son règne, il s’attira par sa conduite les mécontentements de son peuple. Il faisait emprisonner ses émirs sur le moindre soupçon, et destituait des fonctionnaires dont l’intégrité était universellement reconnue pour vendre leurs charges aux plus offrants. Les chrétiens et les juifs furent soumis à de forts impôts ; les anciens règlements édictés par plusieurs de ses devanciers furent appliqués dans toute leur rigueur : les chrétiens durent porter des robes bleu foncé, un turban noir et, sus-

pendue au cou, une croix de bois pesant cinq kilos ; pour les juifs, la robe était jaune et la croix remplacée par une boule noire. De plus, la coupe des vêtements était taillée sur un modèle particulier; les femmes même durent adopter certaines couleurs afin qu’on pût facilement les reconnaître de loin.

Les cheikhs de la religion représentent le sultan El-Mouayyad comme un prince accompli, à cause de la protection qu’il accorda aux savants et des fondations pieuses dont il dota le pays. Il affectait une grande piété ; lorsqu’il avait quelques points noirs sur la conscience, il passait plusieurs jours dans un couvent de derviches, et faisait les zikr avec eux en esprit de pénitence.

L entrée de la mosquée El-Mouayyad rappelle dans son ensemble celle du sultan Hassan. La grande porte de bronze est un véritable chef-d’œuvre ; c’est incontestablement la plus belle de toutes les portes de ce genre que l’on voit au Caire ; elle est formée d entrelacs du milieu desquels saillissent des bossages hémisphériques ou ovoïdes percés d’arabesques à jour. Avant 1881, la cour était ombragée de palmiers et de sycomores, et entourée de portiques à ogives avec quatre-vingt-seize colonnes peintes en rouge; aujourd’hui elle est fermée par de hautes murailles en pierre de taille ; au centre, le bassin aux ablutions est couvert d’une sorte de pavillon turc de mauvais goût. Le sanctuaire a trois rangs de nef; le mur du lond est bien conservé ; les mosaïques, principale-

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nient celles qui entourent la qïblah ornée de colonnes à chapiteaux en stalactites, sont très remarquables ; au-dessus du lambris règne une longue frise formée de petites arcades à colonnettes de verre bleu opaque. Les plafonds sont à compartiments, revêtus d ornements peints et dorés d’une pureté et d une exécution admirables. Il faudrait une main habile pour faire revivre tous ces dessins ; malheureusement, si l’on en juge par le reste, ils ne tarderont pas à disparaître sous la brosse des badigeonneurs, et toutes ces capricieuses arabesques qui s’enlacent si gracieusement sur leur fond à paillettes d or, feront place a de jolies teintes unies, rouges et vertes, bien fraîches, bien vernies, qui passent pour être de meilleur goût que ces anciens caissons enfumés qui sentent trop leur vieux temps!... Plus de ces arabesques a filets d’or, exquises de finesse, qui se jouent au milieu d’un lacis de lignes brisées dont les reflets métalliques fascinent l’œil ; plus de ces demi-teintes, de ces clairs-obscurs, de ces tons chauds qui donnent de la vie au dessin. Ces artistes du temps qui, pour exécuter de pareils chefs-d’œuvre faisaient preuve d une patience incroyable que seule pouvait soutenir la foi ardente qui les animait, sont aujourd hui distancés par les manipulateurs de la peinture au mètre carré... Hors d’ici ces tableaux impossibles auxquels on ne comprend plus rien, et place à 1 ornementation moderne qui, se calculant à l’agilité du poignet, vous restaure à tour de bras en trois jours, un plafond

dont la décoration a demandé dix années de travail!

A l’exception des colonnes enlevées aux monuments anciens, et ajustées par la main d’un architecte inhabile, tout l’intérieur offre un mélange de richesse et de simplicité qui porte l’empreinte du style arabe dans toute son élégance. Les fenêtrages ayant été réparés, selon toute probabilité il y a un siècle environ, ne peuvent donner une idée de ceux qui existaient autrefois. « En outre, dit AL Prisse d’Avennes, comme pour prouver que de nos jours on ne comprend plus rien à l’art, on a noirci les inscriptions qui contournent les fenêtrages de la façade du mihuih, et barbouillé les arabesques des trumeaux au moyen de grossiers dessins qui gâtent toute cette partie de 1 édifice. » On ne peut donc plus juger de l’effet des arcades : elles sont aujourd’hui bariolées d ocie louge de la façon la plus regrettable.

Le mernbar est en marqueterie d’un beau travail, formant des entrelacs rectilignes encadrés d’arabesques; il a été si souvent repeint que toutes ses moulures sont empâtées. Le dikka en marbre blanc, supporté par huit colonnettes octogones, est un des plus beaux du genre.

De chaque côté du sanctuaire sont, à gauche le tombeau du sultan, à droite celui de sa famille. Ces deux salles, comme toutes les autres chambres sépulci aies, sont carrées et surmontées d’une coupole à pendentifs. Le mausolée d’EI-Afouayyad est en marbre blanc, entouré d’une balustrade en bois

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ouvragé; il est recouvert d’une grande toile verte brodée d’inscriptions et d’ornements bleus, rouges et 'jaunes ; près du tombeau du sultan est celui de son fils Ibrahim. Au-dessus de la qiblah s’étend une grande inscription chargée d’ornements à fleurs dont les lignes rappellent celles des tapis de Perse.

En 1665, la mosquée El-Mouayyad servit de refuge aux soldats qui s’étaient révoltés contre le gouverneur turc. Omar-Pacha, résolu d’en finir avec les rebelles, fit cerner la mosquée ; une des fenêtres fut abattue d’un coup de canon et les soldats pénétrèrent dans le temple où leur mousqueterie commit maints dégâts.

Le bain qui était attenant à la cour de la mosquée, passait pour un des plus beaux du Caire; la voûte delà grande salle du centre était percée de mille petits trous vitrés de cristaux multicolores à facettes, qui se reflétaient dans un vaste bassin en marbre blanc au milieu duquel jaillissait une gerbe d’eau tiède. Les murs étaient revêtus de panneaux dont les filets grecs encadraient des mosaïques composées de petits cristaux jaunes et blancs. Le sol formait une gigantesque étoile en marbre blanc sur fond noir, dont le bassin marquait le centre. C’est dans ce bassin que fut noyée par une rivale, en 1708, la belle Zarilab, surnommée el-Koutchouk (la petite, en langue turque). Le gouverneur de l’Egypte, Hassan-Pacha, à qui appartenait la belle esclave, ayant ordonné que la coupable subît la peine du talion, la malheureuse

lut livrée aux mains des négresses de la victime qui la noyèrent dans le même bassin, après l’avoir torturée à coups de qobqab (sortes de sandales en bois).

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