‹ Le Caire et ses environsChapitre 29 sur 69 · MOSQUÉE EL-SALEH · texte numérisé non relu

MOSQUÉE EL-SALEH

Tout près d’El-Mouayyad, en dehors de la porte de Zoueyleh, est une petite mosquée très modeste que l’on visite à cause de la légende qui s’y rattache : La tète de Houssein fils d’Ali, tué au combat de Kerbelah par les soldats de Yazid en 682 (61 de l'hégire), aurait dit-on, séjourné sous les voûtes du sanctuaire; et lorsqu on 1 a enlevée pour la transporter dans un caveau de la mosquée Hassanein, les colonnes se sont penchées d elles-mêmes en signe de respect pour i endre un dernier hommage à cette précieuse relique. Comme témoignage de cet acte de vénération, les douze colonnes corinthiennes de la petite mosquée d El- S ale h sont restées dans leur position inclinée vers l’Occident.

Ce monument, sans mérite architectural, n’a rien qui soit réellement digne d’attention; les arcades sont encadrées d’une bordure d’arabesques incrustées dans le stuc, et retenues par des tirants en bois gravés dans le même genre. La porte d’entrée qui

MOSQUÉES

s’ouvre au fond d’une petite ruelle derrière un corps de garde, mérite un coup d'œil à cause de ses ornements en bronze parsemés d’étoiles de même métal.

MOSQUÉE EL-GIIOURV.

Au milieu du bazar el-Ghourieh , et de chaque côté de la rue principale, s’élèvent la mosquée et la chapelle funéraire du sultan El-Ghoury . Les deux monuments construits sur un large espace et bien dégagés, font un grand effet avec leurs puissantes murailles terminées par une ligne de créneaux en forme de fleurs de lis, et rayées horizontalement de longues bandes rouges et blanches. Le minaret, un peu masqué par la toiture en planches qui couvre la rue en cet endroit, est une haute tour carrée dont le troisième étage sert de base à un massif aux formes indécises qui a remplacé une belle coupole ovoïde écroulée à la fin du siècle dernier.

Histoire. — Un ancien esclave du sultan Qaït-Bây, l’émir Qansou, quatrième du nom, tut élu sultan à l’âge de soixante ans. Qansou était pauvre, d un caractère facile, de mœurs simples, sans ambition, et entièrement étranger aux intrigues qui divisaient les émirs ; sa bienfaisance et ses vertus lui avaient acquis l’estime, la considération générale. Nommé cheî de

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l’Etat à son insu, il refusa d’abord les honneurs de la souveraineté, disant qu’il était accoutumé à obéir et qu’il ignorait absolument l’art de commander. On lui objecta que sa bravoure, son amour du bien public suffisaient pour mériter le trône, et qu’il était seul digne d’y monter. Profondément ému, l’émir se rendit aux vœux de la nation et fut proclamé sous le nom de Melek-el-Achraf-el-Ghoury , l’an 906 de l’hégire (1501).

Parvenu au suprême pouvoir, il sut se défaire peu à peu, avec prudence, de tous ceux dont il connaissait la turbulence. Il s’entoura d’un luxe extraordinaire, fonda des écoles, des établissements religieux et fit construire un acqueduc monumental pour alimenter la Citadelle. Ayant appris par les Vénitiens que les Portugais établissaient des comptoirs importants dans les Indes, et s’emparaient des principales villes du littoral, il prépara une expédition contre ces Européens téméraires qui gênaient les relations commerciales de l’Egypte avec l’extrême Orient; son escadre fut détruite par les Portugais.

En 1512, Korkoud, frère et rival du sultan de Constantinople Sélim Ier, vint se réfugier en Égypte; El-Ghoury l’accueillit avec bienveillance et lui donna une flotte de vingt vaisseaux pour aller attaquer son frère. Cette flotte fut capturée par les Ottomans, et dès lors Sélim devint pour l’Égypte un ennemi irréconciliable. Des forces furent expédiées de Constantinople et une campagne contre El-Ghoury com-

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mença par l’aüaque des frontières syriennes. Le sultan d’Égypte espérant arrêter Sélim, s’allia au roi de Perse Ismaïl-Shah, alors en guerre avec la Porte. A la suite d’une défaite, il envoya demander la paix au vainqueur; Sélim répondit aux ambassadeurs . te II est trop tard... Retournez dire à votre maître K que le pied ne se heurte pas deux fois à la même «pierre; j’irai au Caire, qu’il se prépare à cornet battre. » L’effet suivit de près la menace . 1 aimée ottomane déborda comme un torrent en Syrie. EI- Ghoury à la tête de toutes ses troupes, la rencontra à Merg-Dabekj près d’Alep. Le choc fut terrible; les Égyptiens, armés seulement de lances, de flèches et de cimeterres, eurent d’abord quelque avantage, mais ils durent plier devant l’artillerie turque ; bientôt la déroute fut complète, et le vieux sultan qui était tombé de cheval, fut écrasé sous les pieds des cavaliers fuyards (1516 — 922 de l’hégire).

L’intérieur de la mosquée El-Ghoury est suitout remarquable par ses plafonds à caissons qui reposent sur de belles corniches en stalactites à ornements dorés. Au centre de l’édifice est une salle hypèthre sur laquelle s’ouvre le sanctuaire dont le mur du fond est percé d’une rosace à jour et de quatre vitraux coloriés. La décoration ressemble à celle que l’on rencontre dans la plupart des grandes mosquées : des lambris en marbre, des inscriptions arabes, une qiblah à fond chargé d entrelacs et de mosaïques. Sous la grande ogive étranglée qui encadre

le sanctuaire, est suspendu un lustre cylindrique en bronze ciselé, ornement que l’on trouve rarement aujourd’hui dans les monuments religieux du Caire. On conservait jadis dans cette mosquée une chemise du Prophète que le sultan El-Ghoury avait rapportée de la Mekke ; elle est actuellement à la Citadelle où on la montre au peuple une fois par an, la nuit du Leïlet-el-M cira g, et ce n’est que par faveur spéciale qu’il est permis aux fidèles de baiser cette précieuse relique.

Le monument funéraire qui fait face à la mosquée El-Ghoury est en pleine voie de réparation. Dans une sorte de grand vestibule éclairé par une coupole à jour, on remarque des boiseries qui viennent d’être artisfement exécutées sur le modèle exact des anciennes. Les murs de la salle du tombeau sont chargés d’ornements gravés sur les parois à partir du sommet de la qihlah. Les travaux paraissent être habilement dirigés, mais ils marchent si lentement que l’on ne peut guère espérer voir cet édifice complètement restauré avant le siècle prochain.

MOSQUÉE EL-ACHUAFIEH.

Le sultan El-Achraf-Bcirsebdij fit construire en 1423 (826 de l’hégire) la mosquée qui porte son nom, à l’entrée du bazar du Hamzaouy, à l’angle de la rue

MOSQUÉES

du Mousky. L’extérieur n’a rien de particulier dans son architecture; c’est une longue façade bariolée, au milieu de laquelle est une horloge publique, chose assez peu commune dans les monuments religieux de l’islam. La mosquée El-Achrafieh a été réparée il y a quelques années; les longues bandes horizontales qui décorent ses hautes murailles ont été ravivées a l’ocre rouge et à la chaux ; le minaret n’a pas été non plus oublié, malheureusement on a négligé de remplacer par des balcons plus solides ses deux maigres galeries en bois, qui font un piteux effet autour de la masse de pierre dans laquelle ils sont fixés. La trace de ccs réparations à grands traits se reconnaît principalement dans les parties supérieures du portail; seule la jolie coupole guiîlochée qui est au nord, c’est-à-dire sur le côté du Mousky, a été épargnée; aussi est-ce le plus beau morceau de toute la construction, et le seul qui possède encoie son cachet original.

A l’intérieur on reconnaît partout qu’une main moderne et ignorante a passé par là : les plafonds aux arabesques légères qui se perdaient à ti avers des entrelacs incrustés de nacre, les mille étoiles d argent qui scintillaient sur leur lond d azur pailleté d’or, tout cela a été remplacé par des peintures d antichambre, comme celles que 1 on rencontre dans les palais construits sous Mohammed-Ali. Un coin du plafond primitif, sans doute oublié par les ouvriers, ou bien duquel on se souciait fort peu parce qu il se

trouve dans un endroit obscur, se voit encore audessus de la grande tribune qui fait face au sanctuaire ; on peut juger du reste par cet échantillon. Les marbres du sanctuaire ont été mieux traités, mais au-dessus de la qiblah les murs sont revêtus de fleurs et d’autres ornements au poncif d’un goût détestable. Les mosaïques encadrées par des filets noirs et rouges dont le sol était recouvert, ont fait place à des dalles de marbre blanc bien polies, bien ajustées, qui s’accordent très bien avec les plafonds restaurés, mais dont l’aspect froid et nu fait trop facilement oublier les quatre siècles et demi qui pèsent sur ces grandes ogives auxquelles sont suspendues de lourdes lampes en bronze de la bonne époque sarrasine.

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