‹ Le Caire et ses environsChapitre 34 sur 69 · BAINS · texte numérisé non relu

BAINS

Les bains publics sont très nombreux au Caire; ils se composent de plusieurs salles pourvues de fontaines entretenues à des températures différentes. La quantité des salles, éclairées par le haut au moyen de verres ronds multicolores enchâssés dans la voûte, et le nombre des bassins, en font tout le mérite. Ce sont fous des bains chauds, les seuls du reste qui soient véritablement appréciés en Orient.

Aucune architecture ne distingue particulièrement les maisons de bains, dont la disposition est à peu prés pai tout la même : une entrée étroite donne accès à une grande salle qui sert de vestibule, où se tient le ni o a lie m (maître de 1 établissement) entre les mains duquel on confie sa bourse en entrant. C’est dans cette salle ou quelquefois dans une autre appelée meslakh, que 1 on se déshabille. Ensuite on passe aux mains d un baigneur qui, après vous avoir noué une serviette autour des reins, vous fait traverser plusieurs pièces chauffées graduellement pour arriver à

la salle de bain au milieu de laquelle jaillit nue fontaine d’eau tiède. Le sol, revêtu de dalles ou de mosaïques en marbre, est humide et très glissant; aussi a-t-on la précaution de vous hisser sur des socques en bois appelés qobqab, qui rendent la marche difficile. La respiration d’abord embarrassée, s’habitue bientôt à la vapeur chaude dont la salle est remplie. Après un repos de quelques minutes sur le bord de la piscine commune, le baigneur vous étend sur un banc ou sur la margelle de la fontaine centrale, et commence un massage sommaire, après lequel il vous frictionne fortement le corps avec un gant de toile grossière, qui a la propriété d’enlever de petits bourrelets que l’opérateur, en homme qui connaît son métier, ne manque pas de faire remarquer à son client d’un air satisfait pour stimuler sa générosité. Un morceau de brique cuite frotté artistement dans la paume des mains et sous la plante des pieds, achève de donner à la peau toute la souplesse dont elle est susceptible.

Après avoir été suffisamment massé, désarticulé, retourné, frotté, raclé et poncé, on passe dans une petite chambre latérale, qui n’a pour tout mobilier qu’une vasque scellée au mur et munie de deux robinets d’eau chaude et d’eau froide. Un deuxième baigneur, un spécialiste, fait mousser du savon dans une écuelle de cuivre en l’agitant avec une espèce d’éponge en filaments de dattier d’Arabie très soyeux, et vous inonde de la tête aux pieds, puis vous rince à

grande eau. Après cette opération certains amateurs font usage d’une pommade épilatoire dont on leur vante les effets salutaires; ensuite on est reconduit bien emmaillotté de serviettes, dans la salle d’entrée où l’on se repose sur les matelas qui garnissent les liwan. C’est alors que l’on subit un dernier massage après lequel on prend le café obligatoire, et l’on fume en s’abandonnant aux douceurs du kef, ou en écoutant la suite d’une histoire commencée, il y a plusieurs jours, par un conteur dont la verve féconde trouve toujours à vous débiter quelque chose de nouveau sur les interminables aventures de son héros.

Les bains publics sont ordinairement ouverts aux hommes toute la matinée jusqu’à midi; le reste de la journée est réservé aux femmes. Les bains sont pour elles une partie de plaisir; elles s’y réunissent pour se raconter leur vie intérieure et les nouvelles du jour, quelquefois pour nouer des intrigues. Plusieurs se font acccompagner par leurs esclaves pour se faire frotter et épiler. Les bains les plus renommés du Caire sont ceux de l’Abbasîeh, près de la mosquée El-Zaber, de Cbaràoui, de Yesbak, de Tem’bàli , le Hammam -el-Soultàn, le Hammam-Aqsounkor, etc. Lorsqu’un rideau ou un tapis est tendu au-dessus de la porte de manière à en masquer l’entrée, cela indique que les femmes seules ont le droit de pénétrer dans l’établissement.

Page 1