‹ Le Caire et ses environsChapitre 35 sur 69 · BAZARS · texte numérisé non relu

BAZARS

Les négociants qui exercent le même genre de commerce forment une corporation spéciale à la tète de laquelle est un cheikh, sorte de prévôt des marchands, auquel la haute surveillance des affaires est confiée, et qui doit veiller à ce que le bon accord règne toujours parmi ses confrères. Les marcnands, vivant pour ainsi dire en communauté d action, bien que chacun agisse pour son compte particulier, se rassemblent en une même place où ils se livrent librement au trafic des affaires. C’est à ces réunions de boutiques que l’on a donné le nom de basais. Le luxe des magasins européens est inconnu dans les bazars d’Orient. A côté des grands entrepôts placés sous les galeries des cours, sont alignées de méchantes échoppes sans vitrine, pratiquées dans la muraille à un mètre du sol, et ouvertes toutes gtandes sur des ruelles couvertes de planches ou de nattes, avec des espaces vides ménagés de loin en loin pour laisser pénétrer les rayons du soleil. Le marchand,

LE CAIltE ET SES ENVIRONS.

accionpi sur un banc garni d’un lambeau de tapis et de coussins, fume son ebibouk de l’air le plus insouciant du monde en attendant les offres des passants; il ne témoigne aucune jalousie en voyant son voisin, son concurrent plus favorisé que lui par une vente sur laquelle il a réalisé un gros bénéfice: une autre fois, pense-t-il, in’ch’ Allah (s’il plaît à Dieu), ce sera à mon tour. Dans les ruelles trop étroites, le banc est remplacé par un volet horizontal rabattu, et formant une sorte d’établi sur lequel on étale les marchandises dont les rayons et le plancher sont encombres. Ici dans un coin obscur sont de vieux vases de cuivre tout paraphés de versets du Qoran et incrustés d’or ou d’argent; là s’étalent des bracelets massifs, des bagues de turquoises, des colliers d’agate, des chapelets d’ambre, de vieilles médailles qui reluisent au milieu des narguilés, des sabres, des poignards et des armures sarrasines accrochées aux murs ou suspendues au plafond; plus loin, c’est un débordement de tissus pliés ou jetés pêle-mêle : étoffes brochées d’or, ceintures de soie, foulards brodés flottent de tous côtés. Les cours adjacentes regorgent de tapis de Perse et de Karamanie, de châles des Indes, de pièces de drap et de soie, le tout amoncelé sous les galeries, près des ballots de coton, de gomme, de café et d’ivoire.

Les achats se font sans entrer dans la boutique, où du reste il est souvent impossible de trouver la moindre petite place pour poser le pied; le client

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