THÉÂTRES
Au mois de novembre 1868, il n’y avait au Caire aucune apparence de théâtre. On commençait à démolir une construction qui existait alors sur 1 emplacement où se trouve actuellement le théâtre de la Comédie-Française. Les travaux avaient été confiés a MM. de Cureî, Frantz-Bey et Ernest Linant. Les artistes devaient jouer pendant la saison le répertoire français; comédies, vaudevilles et opérettes. La troupe arriva à Alexandrie le 20 novembre, et piit immédiatement la route du Caire; chacun voulut voir le théâtre, mais, hélas! il n’y en avait pas même l’ombre. Les artistes parcourant la place où il devait être construit, durent se contenter de la vue d une centaine d’enfants arabes, marchant par traînées comme les fourmis, et chantant les louanges d’Allah en portant chacun son coujjin de gravois et de pierres, avec une lenteur désespérante. Contrairement à l’attente générale, le théâtre fut prêt au 1 janvier 1869, et le 4 avait lieu l’ouverture; on représentait la Belle Hélène. Deux mois à peine avaient
suffi pour tout construire, décorer et installer.
C’est durant cette saison théâtrale que le khédive Ismaïl eut l’idée de construire un Opéra digne de recevoir les hôtes royaux qui allaient bientôt être invités pour assister à l’inauguration du canal de Suez. M. Manassé fut chargé des travaux, et les conduisit avec une rapidité incroyable ; l’inauguration de la nouvelle salle eut lieu dans les premiers jours d’octobre. M. Draneht-Bey fut nommé surintendant des théâtres. Alors on engagea une troupe vraiment royale, où figuraient les illustrations musicales de l’époque : Naudin à raison de mille livres par mois (25,000 fr.), 3a Ferucci, et la célèbre danseuse Cucchi.
Il n’y a rien à dire sur l’architecture des théâtres du Caire, qui sont copiés purement et simplement sur les modèles les plus connus d’Europe. La façade actuelle de l’Opéra et tout le corps du bâtiment enfermé dans la grille, datent de 1869; la partie postérieure ne date que de 1873 ; c’est là que se trouve tout le matériel. Au niveau de la scène sont les décors, parmi lesquels on remarque des toiles signées Desplechin, Cambon, Lavastre, Rube, Chaperon. Au-dessus sont les magasins des bijoux, armures, costumes, la bibliothèque, les brochures et les partitions. Le foyer est très beau et la salle bien distribuée; on y remarque surtout comme une curiosité inconnue en Europe, la vaste loge grillée appartenant au harem du khédive. C’est sur la scène du théâtre de l’Opéra du Caire que Aida de Verdi a été représentée pour la première fois.