‹ Le Caire et ses environsChapitre 41 sur 69 · BIBLIOTHÈQUE · texte numérisé non relu

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nuscrits un grand nombre d’exemplaires des riouâyeh ou hadis j traditions du Prophète-, des ouvrages de jurisprudence musulmane; des précis de Mout’ennebi (553 de l’bég. — 1158) avec commentaires par Ebn-el-Genen , et une quantité de manuscrits très anciens, écrits par les calligraphes les plus distingués de tous les États de l’islam, entre autres un petit ouvrage, unique dans son genre, intitulé Sânat-el- Kétàbah (l’art d’écrire), composé et- écrit par Abdel-Rabman’-el-Saghir , et un magnifique manuscrit ayant appartenu au schah de Perse, chargé d’ornements à l’aquarelle et écrit par Firdoùsi.

D’après la dernière statistique, celle de 1878, le nombre des écoles primaires du degré inférieur était, pour toute l’Égypte, de 5370, c’est-à-dire une seule école pour 1028 habitants. Le nombre des élèves est de 137,553, soit en moyenne vingt-cinq par école, ou un sur quarante habitants. Le nombre des enfants mâles en âge de fréquenter les écoles étant de 33-4,000 environ, on voit que 41 pour 100 reçoivent quelques principes d’instruction élémentaire, et que 59 pour 100 en sont complètement privés.

La ville du Caire possède, outre les petites écoles appelées liouttab, six écoles dites municipales : Qérabîeli, Gamalîeh, Bab-ecb-Charîeh, Hassanein, Abdin, et une au Vieux-Caire, qui relèvent directement du ministère de l’Instruction publique; d’autres sont entretenues par le ministère des Ouaqf : Habbanîeh, Cheikh-Saleh , Saïda-Zeynab , Qalaoun, etc., ou aux frais de particuliers : Khalil-Aga, Oum-Abbas, HaGz- Pacha et Ratib-Pacba.

L’école primaire connue sous le nom- de Moubtadian’, occupe l’ancien local de l’Institut; elle compte environ sept cents élèves. Le personnel enseignant se compose de quarante-quatre professeurs ou répétiteurs : huit pour le Qoran, six pour l’arabe, trois pour leturc, un pour l’allemand, deux pour l’anglais, sept pour le français, huit pour l’arithmétique, un pour l’histoire, quatre pour le dessin, deux pour l’écriture arabe, deux pour l’écriture européenne.

Le nombre des élèves de l’école préparatoire s’élève à trois cents. Le personnel enseignant se compose de trente-sept professeurs ou répétiteurs, dont dix-neuf seulement sont attachés à l’école.

L’école normale, destinée à former des professeurs et des adjoints pour les classes primaires, a été créée en 1872 et comptait à la fin de 1881 trente-cinq élèves. Des leçons de théologie, de tradition religieuse, de droit musulman, d’histoire et de littérature arabes, d’arithmétique, de géographie, de calligraphie, d’histoire naturelle, de physique et de chimie, sont données par sept professeurs. Depuis 1881 , l’école normale a été réorganisée et partagée en deux sections : la première comprend le Dar-el-Oloum , c’est-à-dire l’école normale indigène; la seconde s’occupe des études en langue française faites par deux professeurs français assistés de répétiteurs.

L’école polytechnique possède soixante élèves; le personnel enseignant est composé de seize professeurs : six pour les sciences mathématiques pures et

appliquées, non compris le directeur qui donne des leçons d’astronomie et de géodésie; deux pour les sciences physiques, chimiques et naturelles; un pour l’architecture, les constructions et le dessin; quatre pour les langues arabe, française, anglaise, allemande; deux pour la calligraphie arabe. L’école d’arpentage, placée sous la même direction que l’école polytechnique, a vingt-sept élèves partagés en deux divisions. Au point de vue de l’enseignement des langues étrangères, vingt-cinq élèves étudient le français et deux l’anglais.

L’école de droit, fondée en 1867, a quarante-huit élèves répartis en quatre divisions : trois qui étudient le droit et une où l’on ne s’occupe que de l’étude des langues. Cette école n’a actuellement que quatre professeurs : trois pour l’arabe, le turc et l’italien, un pour le français et le latin. Avec un personnel aussi restreint, les élèves doivent recevoir des leçons sur toutes les branches du droit : droit civil égyptien, deux cours; droit commercial maritime, un; procédure, deux; droit pénal, un; instruction criminelle, un; droit romain, trois; tenue des livres, un.

L’école des langues, créée en 1878, la plus récente des écoles supérieures qui existent en ce moment, a été instituée pour former des traducteurs et des professeurs de langues étrangères. Les élèves y reçoivent des leçons d’arabe, de français, d’anglais, d’allemand, de turc, de persan, d’histoire et de géographie; en outre, des cours de droit musulman et de calligraphie

sont faits par des professeurs empruntés à d’autres écoles. L’école des langues compte trente-cinq élèves et sept professeurs.

L’école de médecine a aujourd’hui cent cinquante élèves répartis en six classes, et vingt-cinq professeurs : seize pour les sciences médicales; cinq pour les sciences physiques et chimiques; un pour les sciences naturelles; trois pour les langues. Presque tous ces professeurs ont un double service à l’ecole et à l’hôpital. A l’école 'de médecine se rattachent l’école de pharmacie, avec sept élèves seulement, et l’école de la maternité, avec treize élèves.

L’école des arts et métiers, fondée en 1867, compte près de cinquante élèves et sept professeurs. Les leçons d’ordre théorique occupent les élèves pendant la matinée. Dans l’après-midi ils sont exerces a divers travaux pratiques dans les ateliers; trente-huit élèves, sous la direction de deux contre-maîtres, s’occupent d’ajustage et de serrurerie; quatre s’exercent à la menuiserie et à la confection des modèles; deux sont à la fonderie; quatre à la chaudronnerie en fer et en cuivre. Le nombre des contre-maîtres, ouvriers et manœuvres attachés aux ateliers, est de

dix-huit. i ,

Le gouvernement égyptien, depuis le régné de

Mohammed-Ali, envoie presque chaque année en Europe un certain nombre de jeunes gens pour y compléter leurs études. Le nombre de ces élèves varie suivant les ressources budgétaires. En 1873, il etai

de cinquante et un , répartis ainsi : vingt-quatre en France, treize en Angleterre, douze en Italie, deux en Allemagne. En 1881, ce nombre était réduit à quarante : trente-huit élèves en France, un en Angleterre, un en Suisse.

École des Aveugles et Sourds-Muets.— Une institution particulièrement intéressante, surtout en Égypte, est l’école des aveugles et sourds-muets ; elle fut fondée en 1875 par un homme animé des plus nobles sentiments, et dont les aspirations philanthropiques étaient depuis longtemps surexcitées par un vif désir d’apporter quelque soulagement aux nombreux aveugles de son pays, qu il voyait réduits pour toujours à une misère démoralisante, et surtout à une oisiveté plus démoralisante encore. Vivement frappé des beaux résultats constatés à l’Exposition de Vienne en 1874 chez les élèves de plusieurs écoles d’aveugles de l’Europe qui y étaient représentées, M. Onsy-Bey résolut de créer au Caire un établissement destiné à venir en aide, par 1 instruction, à ces infortunés déshérités par la nature, dont le nombre est malheureusement trop grand au Caire.

il commença d abord, à ses irais, par expérimenter sur huit jeunes aveugles, après avoir fabriqué luimême un alphabet arabe en relief, puis des exercices de lecture et d’écriture, ainsi que des cartes et des combinaisons de chiffres mobiles pour les opérations arithmétiques. Après quarante jours d’un travail opiniâtre, il soumettait à un examen officiel ses

huit élèves, sur lesquels quatre lisaient et écrivaient très couramment sous la dictée; les autres s’étaient fait remarquer par leur habileté dans quelques opérations de calcul, et écrivaient d’une manière très satisfaisante. Ce brillant résultat attira l’attention de ceux qui étaient alors à la tête du gouvernement; au mois d’avril 1875, l’école des aveugles était reconnue par l’État et son fondateur en était nommé le directeur.

En 1878, M. Onsy-Bey vint pour la première fois en Europe; il étudia minutieusement à l’Exposition de Paris les méthodes les plus en cours dans les écoles d’aveugles et de sourds-muets, visita les principales institutions de ce genre en France, en Angleterre, en Suisse, en Belgique, et revint au Caire, où il fit part au ministre des Ouaqfs, de qui il relevait, de ses projets sur la création d’une école de sourdsmuets, qui fut aussitôt fondée, par les soins du directeur, et réunie à celle des aveugles.

Depuis, l’école fonctionne avec une régularité parfaite ; les élèves y apprennent la grammaire, le Qoran, la littérature, l’histoire, la géographie, la jurisprudence religieuse, l’arithmétique et tous les métiers auxquels ils peuvent s’appliquer; on y remarque particulièrement les ateliers de tissage des étoffes de soie, les ouvrages en bois sculpté ou tourné et en marqueterie, les travaux à l’aiguille, dessins, etc. Lorsqu’on visite l’école, on est profondément ému au milieu de tous ces infortunés : ici, dans une salle à peine éclairée, des ouvriers manœuvrent des métiers

avec une précision étonnante ; là, un groupe de jeunes sourdes-muettes aux yeux vifs et pétillants d’esprit, à la bouche vermeille, mais, hélas! de laquelle il ne sortira jamais aucune parole, exercent leurs petits doigts agiles à faire de la tapisserie ou de la dentelle sous les yeux d’une maîtresse ; dans les salles d’étude, des jeunes gens lisent ou copient leurs leçons; d’autres s’appliquent à des exercices d’écriture, ou de géographie sur des cartes en relief, ou de mathématiques sur un tableau constellé de trous dans lesquels ils enfoncent des lettres ou des chiffres. Souvent un professeur, aveugle aussi, donne la leçon; les mains s’agitent sur ce grand tableau noir; le maître reconnaît-il une erreur? « Choufi (v ois) », dit-il à l’élève presque tendrement, etce «vois» adressé à un aveugle a quelque chose de navrant et de touchant à la fois. Tout se passe en bon ordre sous l’œil vigilant du directeur, qui contemple son œuvre avec un légitime sentiment de satisfaction intérieure, au milieu de tous ces malheureux qui lui doivent une seconde vie.

Écoles de jeunes filles. — Le premier établissement créé en Egypte pour l’instruction des filles a été ouvert à la Syoufieh en 1873; deux ans plus tard, une seconde école, celle de la Qérabîeh , a été fondée. Aujourd’hui, ces deux écoles sont réunies et comptent environ deux cent quarante élèves. Sur ce nombre trente seulement sont externes; les autres sont nourries et logées dans l’établissement. Celte école ne rend pas actuellement les services qu’on serait en

instruction publique.

droit d’en attendre, et la population du Caire s’y intéresse peu : on en voit une preuve manifeste dans le petit nombre des élèves externes. Pendant la deuxième et la troisième période de marche de l’école de la Syoufieh , l’enseignement des jeunes filles paraissait avoir pleinement réussi; les élèves affluaient, et l’on obtenait d’excellents résultats; puis ce développement s’est arrêté, l’école a décliné, et elle a beaucoup perdu dans l’esprit de la population indigène du Caire. Mais cet insuccès n’est sans doute qu une crise passagère, et le conseil d’instruction publique est unanimement d’avis qu’il faut s’occuper sérieusement de relever l’institution.

Parmi les nombreuses écoles libres du Caire, nous citerons le collège des Frères de la Doctrine chrétienne, l’institution Marcel, l’école gratuite italienne, l’école de la mission américaine, le pensionnat des sœurs du Bon-Pasteur, et celui des dames de la Légion d’honneur; le Maqaz-el-Khaïrieh et le Teivftck-el- Khaïrij entretenus par la société de bientaisance égyptienne, et patronés, le premier par le prmce héritier Abbas-Bey, l’autre par son frère Mohammed- Ali.

Cest dans la vaste nécropole qui s’étend à l’est du Caire, désignée improprement sous le nom de Tombeaux des Khalifes , que s’élèvent les mosquées sépulcrales des anciens sultans mamelou ks. Ces monuments ne recevant plus, depuis le commencement de ce siècle, les sommes jadis affectées à leur entretien, sont complètement abandonnés; les murs sont lézardés, les minarets, dont le sommet est tronqué, tombent en ruine, et dans certains endroits les coupoles effondrées ont fourni aux Arabes d’abondants matériaux pour se construire des logements, où des familles entières vivent à l’ombre des édifices croulants, derniers chefs-d’œuvre de la plus pure architecture sarrasine. Une seule mosquée, celle de Qaït- Bàj , la perle de fous les monuments du Caire par ses admirables détails, vient d’être restaurée.

L ensemble de tous ces édifices tristes et délaissés au milieu d une vallée déserte, ces minarets qui se dressent comme des sentinelles géantes et semblent

Nécropole des Sultans Mamelouks.

braver la faux du temps qui les a mutilés pour veiller jusqu’à la dernière heure sur la cité des morts qu’ils ont mission de garder, au loin l’horizon immense brusquement fermé au sud-est par les flancs décharnés du Gebel-Moqattam, tout cela, vu en sortant du Caire par le Bab-el-Nasr, produit un effet saisissant impossible à décrire. Rien n’est plus imposant et ne frappe plus l’imagination que ce coin du désert vu au coucher du soleil. Le crépuscule augmente encore la solitude et la majesté du lieu, et ses reflets rougeâtres lui donnent un aspect fantastique. De temps en temps un gypaète traverse l’espace pour venir s’abattre sur la cime du minaret où il a placé son aire , et des corbeaux groupés sur les ailes des moulins à vent du voisinage, jettent au voyageur attardé leur cri de mauvais augure. Dans le lointain, on entend «ne voix aérienne qui se perd dans l’immensité : le muezzin’ de la petite mosquée de Qaït-Bày chante pour la dernière fois de la journée la prière de Xaèchah, et tout rentre dans un silence effrayant.

MOSQUÉE EL- ACHRAF-YNAL.

Dans la partie septentrionale de la Vallée des Tombeaux, et non loin des mausolées d’Abou-Saïd-Qanson-el-Ghoury et de Gamal ed Dîn Youssouf fils de

Barsebày , est la mosquée du sultan El-Achraf-Ynal, qui s annonce de loin par sa jolie coupole ogivale, légèrement étranglée à la base, et par son minaret aux formes sveltes et gracieuses. Ce monument a malheureusement suivi le sort de ses pareils : trop bien conservé pour être abandonné, sa restauration ayant été jugée inutile ou tout au moins superflue, on a préféré le transformer en magasin militaire; et aujourd’hui les magnifiques salles de ce temple de prière , ses voûtes ornées d’arabesques encadrant d’innombrables étoiles d’or, ses pendentifs incrustés de nacre servent d’abri à des barils de poudre et à des munitions de guerre. Non-seulement l’entrée de la mosquée est interdite, mais encore les factionnaires en défendent rigoureusement l’approche.

Histoire. — Le khal i fe El-Qayem-be-amr-Illah , pontife et chef spirituel de l’islam, avait réussi à renverser du trône le sultan Osman ebn-Djaqmaq, et s’apprêtait à s’emparer du pouvoir temporel; mais les émirs lui préférèrent un vieux mamelouk nommé Abou-1 Nasr-Ynal, qu’ils proclamèrent sous le nom de Melek-el-Achraf, en 1453 (857 de l’hégire), l’année même où Mohammed ebn-Mourad (Mahomet II) s’emparait de Constantinople et détruisait l’empire des Grecs.

Le sultan Ynal n’a laissé de souvenir que la mosquée dans laquelle il fut enseveli. Son grand âge ne lui permettait guère de s’occuper des affaires de l’Etat; il était très superstitieux et faisait interpréter

ses songes par des astrologues qu’il avait fait venir du fond de la Perse et de la Tartarie. Sur les huit années que dura son règne, il en passa six à destituer ses vizirs avec la plus parfaite régularité.

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