‹ Le Caire et ses environsChapitre 44 sur 69 · NÉCROPOLE DE · texte numérisé non relu

NÉCROPOLE DE

LUI AM CIIAFEI.

viches; au milieu, un long couloir à l’extrémité duquel, dans une petite chapelle fermée par un grillage en bois, repose, depuis sept cents ans, le cheikh El-Maghaoury.

Le couvent se composait autrefois de méchantes constructions en briques crues ; il a été entièrement reconstruit en 1872. Les moines qui l’habitent sont vêtus d’un costume particulier en laine blanche ; ils sont coiffés d’un bonnet de même étoffe, de forme cylindrique, lisse ou à rudentures. Peu habitués à la visite des voyageurs, ils ne sont que plus empressés à répondre à leurs questions ; souvent même ils leur offrent le café et la cigarette, attention délicate et d’autant plus agréable, que l’on est peu habitué à rencontrer dans ses excursions une pareille marque de politesse.

Au-dessus de la grotte du cheikh El-Maghaoury, on aperçoit une petite mosquée en ruine appelée communément Cheikh-el- G io uchy, du nom d'un plateau du Gebel-Moqattam sur lequel elle est bâtie. Cette mosquée n’est fréquentée que par quelques rares pèlerins; elle n’a d’intéressant que sa position, qui domine un horizon immense et d’où l’on embrasse toute la plaine, depuis le Fayoum jjusqu’à la province de Menoufieh, au delà du barrage du Nil.

MOSQUÉE SAYÎDA-NEFÎSAH.

En quittant la nécropole de l'Imam, si l’on rentre au Caire par le Bab-Sayîda-Xefîsab, on rencontre près de l'ancienne porte, à droite, une rue pavée au fond de laquelle est une petite mosquée d’apparence misérable, mais qui est en grande vénération parmi les habitants de ce quartier, surtout parmi les femmes. Elle a été érigée en l’honneur de la fille d’Abou-Mohammed-Hassan, descendant du khalife Ali, appelée Nefisah. La vie charitable de Sette- Nefîsah, sa piété, ses vertus, lui gagnèrent tous les cœurs des musulmans, qui avaient pour elle une admiration profonde. Lorsque l'imam Chafeï vint en Egypte, il alla lui rendre visite, et s’en retourna pénétré des sentiments élevés qui distinguaient cette femme. Quand l'imam mourut, les fidèles déposèrent son corps dans la demeure de Sette-IVefîsah pendant qu’on lui construisait un tombeau : ils n’avaient point trouvé au Caire une maison qui fût plus digne de recevoir les restes de l’illustre défunt.

La mosquée n’a de remarquable que quelques mosaïques et des faïences qui se mêlent â de grossières peintures modernes. L’oratoire où repose la sainte a été bâti sur la chambre même qu’elle habi-

NÉCROPOLE DE L'IMAM CHAFEi.

tait ; l’entrée est dans une salle basse ou sont alignées trois grandes horloges à caisse de sapin, qui font un effet bizarre au milieu des vieilleries accrochées aux murs et au plafond. Le tombeau, d’une grande richesse, est entouré d’une grille en bronze à demi cachée par une tapisserie verte ; le sol est couvert de moelleux tapis bien rarement foulés par les pieds d’un infidèle.

Sette-Nefîsah mourut en 823 (208 de l’hégire); son mari voulait d’abord faire transporter ses restes à Médine, mais sur les instances des cheikhs et des oulémas, il renonça a ce projet et consentit à ce que le corps de la sainte femme ne quittât point le Caire.

LE VIEUX-CAIRE

La ville de Fostat, fondée par Ami-’ en 640, forme aujourd’hui un bourg d’environ trois mille habitants, et s’étend le long du Nil, en face de File de Raoudab. C est une sorte de banlieue du Caire désignée communément sous le nom de Vieux Caire , appellation que rien ne justifie, puisque celte ville n’a jamais porté le nom de la capitale actuelle de l'Égypte. (V. p. 100.)

Histoire. — A l’époque où les armées musulmanes parurent sur les bords du Nil, l’Égypte était sous la domination romaine. Les discussions entre les doctrines religieuses avaient amené une persécution impériale. Les actes de tyrannie, de déposition des prêtres et des évêques dissidents, les incarcérations, les exils, les amendes, les confiscations, les fermetures d’églises, le pillage des monastères, les meurtres, les massacres des femmes et des enfants se multipliaient d’une manière intolérable. Les choses en étaient venues au point qu’un seul sentiment ani-

LE VIEUX-CAIRE. 2>0

mait la presque totalité des habitants de l’Égypte : une haine irréconciliable pour les persécuteurs de Constantinople et pour leurs agents tyranniques. Cette opinion hostile à l’Empereur avait fait en peu de temps de tels progrès, que pour chacun des Grecs et des Coptes, partageant les mêmes sentiments, Constantinople et sa cour étaient des ennemis dignes de l’exécration universelle; tout effort; soit intérieur, soit extérieur, ayant pour but d’arracher l’Egypte à la domination d’Héraclius, faisait appeler et accueillir ceux qui la tenteraient, quels qu’ils fussent, comme des amis et des libérateurs.

Telles étaient les dispositions de l’Egypte lorsqu’ Amr’ebn-el-Aas reçut du khalife Omar’ebn-el- Khattab, successeur d’Abou-Bekr, l’ordre d’en faire la conquête. Cet ordre lui fut adressé de Médine, où le khalife s’était retiré après avoir soumis la Syrie.

Quand Amr’ arriva devant Memphis, cette ville et la forteresse de Babylone étaient sous le commandement militaire d’un préfet nommé Makoukas, Grec d’origine, mais né en Égypte, et que ses relations de famille et ses affections unissaient à la cause des Coptes opprimés. Makoukas avait déjà eu quelques correspondances avec le Prophète, et lui avait même envoyé en présent plusieurs jeunes esclaves égyptiennes. Les musulmans lui parurent non des ennemis, mais des alliés et des libérateurs dont il fallait se servir pour triompher des discordes religieuses, qui avaient établi une haine mortelle entre les chrétiens

d’Alexandrie et ceux de Memphis. Après s’être emparé de Memphis et de Babylone, Amr’ se disposa à entreprendre le siège d’Alexandrie. Cette ville, bien fortifiée et soutenue par une garnison nombreuse, n’était attaquable que du côté de la terre seulement; ses communications avec la capitale de l’empire étaient facilitées par sa position maritime, qui la mettait à portée de recevoir sans obstacle tous les secours qu’Héraclius pouvait lui envoyer. Sa prise était donc importante; sans sa possession, celle de l’Égypte ne pouvait être que mal assurée. Amr’, qui avait établi son camp entre le Nil et Babylone, ordonna le départ de son armée pour Alexandrie. Pendant qu’on abattait les tentes, des soldats vinrent annoncer au général que des colombes avaient fait leur nid sur le sommet de sa lente, et que les petits paraissaient sur le point d’éclore. Arm’ voulut qu’on respectât ces oiseaux et qu’on laissât la tente sur pied jusqu’à son retour. Cet incident si simple et si peu important fut la cause de la fondation de la première ville musulmane sur la terre des Pharaons.

Après un siège de quatorze mois, les Arabes entrèrent à Alexandrie le premier vendredi du mois de mobarrem de l’an 20 de l’hégire (22 décembre 640 de J.-C.), à l’heure même de la prière solennelle, que le général vint faire publiquement sur la grande place de la ville, consacrant par cet acte religieux sa nouvelle victoire et l’achèvement complet de la soumission de l’Égypte à l’islamisme. Après avoir laissé

LE VIEUX-CAIRE

à Alexandrie une garnison suffisante, Amr’ revint établir son camp sur les bords du Nil, à l’endroit où il avait laissé sa tente. Les soldats construisirent autour de cette tente des cabanes provisoires qui se changèrent bientôt en habitations plus solides et permanentes; les chefs bâtirent des maisons spacieuses, et cette agglomération de constructions devint bientôt une ville considérable qu’on nomma Fostat (tente), pour conserver le souvenir de l’événement si peu remarquable qui avait été l’origine de sa fondation. Cette ville devint la capitale de l’Égypte ; tout en conservant son nom de Fostat, elle prit la dénomination de Masr , titre affecté aux capitales du pays et que Memphis avait conservé jusqu’alors, malgré la concurrence d’Alexandrie.

A l’époque de la fondation du Caire, Fostat, déjà affaiblie sous les Toulounides, perdit toute son importance au profit de la nouvelle ville des Fatimites. Au temps de Salah-ed-Din, les habitants livrèrent Fostat aux flammes pour l’empêcher de tomber au pouvoir des Croisés ; l’incendie dura cinquante-trois jours. Depuis cette époque, elle ne fut plus considérée que comme un faubourg du Caire.

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