‹ Le Caire et ses environsChapitre 47 sur 69 · ILE DE RAOUDAH — NILOMÈTRE · texte numérisé non relu

ILE DE RAOUDAH — NILOMÈTRE

L’île de Raoudali est ainsi appelée à cause de sa fertilité; son nom signifie en arabe « parterre de fleurs, jardin ». Elle s’étend au sud-ouest du Caire; on y remarque surtout la quantité d’arbres et de plantes exotiques dont elle est enrichie. Le palmiste des Antilles y balance son élégant panache; Je bambou de l’Inde y prend des proportions gigantesques, et dépasse de beaucoup les arbres les plus hauts. Ces feuilles étrangères si étrangement découpées, ces fruits aussi bizarres de formes que de goût, impriment à ces jardins plantureux un cachet singulièrement original. Ajoutez à cela de larges allées ombreuses, des massifs impénétrables, des parterres émaillés de fleurs au milieu desquels s’élèvent d’élégantes habitations, et des prairies d’émeraudes sillonnées de ruisseaux argentés. A l’extrémité méridionale de l’île, au point même où le fleuve se bifurque et s’en va baigner d’un côté Giseh, de l’autre le Vieux-Caire, est situé le Kilomètre ou MeqyciSj composé d’un puits carré où l’on

LE VIEUX-CAIRE

descend par un escalier, et au milieu duquel se dresse une colonne hexagone en marbre, graduée en coudées au nombre de dix-sept, divisées en vingtquatre qirats . La longueur de la coudée étant, d’après Mahmoud-Pacha, de 0m,54Q4, la hauteur de la colonne est par conséquent de 9'n,187 ; «or, dit Mahmoud-Pacha, l’altitude ou la cote de l’extrémité supérieure de la dix-septième coudée étant de 17m,833 au-dessus de la surface moyenne des eaux de la Méditerranée, la cote du zéro de l’échelle nilométrique est donc de 8m,646 au-dessus de la surface moyenne des eaux de la mer » . Les parois du puits sont creusées de quatre niches à colonnes supportant des arcades ogivales surmontées d’inscriptions en caractères koufiques. Le Meqyas , mot qui veut dire « instrument pour mesurer », sert à faire connaître si l’inondation sera favorable ou non à l’agriculture, en observant la hauteur des eaux pendant la crue.

Avant la conquête arabe, le Nilomètre était placé à Hélouan, village en face de Memphis. Sous le règne du khalife Soleyman’ ebn-Abd-el-Melek, il fut détruit, et Assamah, gouverneur de l’Egypte, construisit celui de l’ile de Raoudah en 715 (97 de l’hégire) ; la colonne que l’on voit aujourd’hui est très probablement celle qui fut placée à cette époque, bien qu’elle ait été plusieurs fois réparée et relevée. En 814 (199 de l’hégire), le khalife abbasside El-Ma’moun, fils d’Haroun-el-Rachid, fit reconstruire l’édifice.

Les inscriptions intérieures de la frise, à l’est et à 1 ouest, sont de cette époque; celles des deux autres côtés datent de trente-quatre ans plus tard. Un siècle et demi après sa construction, le Meqyas fut entièrement réparé par ordre du khalife Moutaouakkel ; en l’appela alors le nouveau Kilomètre [meqyas-elgedid). En 1092 (485 de l’hégire), le khalife fatimite El-Mostanser-b-Illah le fit recouvrir d’un dôme soutenu par de belles colonnes en marbre; ce dôme fut détruit par les mamelouks lors de l’expédition française.

HÈLIÜPOLIS

L’emplacement où s’élevait jadis la ville d’Héliopolis est à neuf kilomètres au nord du Caire. On s’y rend par la route de 1 Abbassîeh, tracée au milieu des sables du désert. Après avoir passé l'Observatoire, on suit un chemin bordé d’acacias et de sycomores qui traverse les riantes prairies de Qoubbeh. Un peu plus loin, en laissant à droite le village de Matarîeh, on découvre un vieil obélisque, seul monument encore debout au milieu des buttes de décombres qui couvrent les ruines de 1 antique cite égyptienne. Comme site historique, il n’en existe pas de plus intéressant dans toute la basse Lgypte que celui d’Héliopolis. Le nom hiéroglyphique de cette ville est An, en hébreu On; c’était la ville de Ra du Soleil par excellence. Selon Strabon, les piètres égyptiens se rendaient à Héliopoiis (ville uu Soleil) pour y étudier la philosophie et l’astronomie. Solon, Platon, Eudoxe, et plusieurs autres philosophes et savants grecs, vinrent y chercher la science.

LE CAI ii E ET SES ENVIRONS.

Lorsque Strabon visita l’Égypte, quelques années seulement avant notre ère, Héliopolis était déjà presque abandonnée. Le géographe grec dit qu’il n’y restait que très peu d habitants. Le grand temple, précédé de plusieurs obélisques et d’une longue avenue de sphinx, était fermé au culte; le lac qui s étendait au pied de cette avenue était desséché par le manque d’entretien des canaux qui l’alimentaient. Abd-el-Latif, médecin arabe de Bagbdad, qui visita 1 Égypte vers 1190, s’exprime ainsi : « On trouve dans cette ville des figures effrayantes et colossales, et deux obélisques très renommés que l’on appelle les aiguilles de Pharaon. Ces obélisques consistent en une base carrée, longue et large de dix coudées et d’une hauteur à peu près égale, établie sui une fondation solide dans la terre. Au-dessus de cette base s’élève une colonne carrée de forme pyramidale. La tête est recouverte d’une espèce de chapeau en cuivre, en forme d’entonnoir, qui descend jusqu à trois coudées environ du sommet. Ce cuivre, par 1 effet de la pluie et des années, s’est rouillé et a pris une couleur verte; une partie de cette rouille verte a coulé le long du fut du monument. Toute la surface est couverte de ce genre d’écriture dont nous avons parlé. J’ai vu un de ces monolithes qui était tombé et s’était fendu en deux dans sa chute, à cause de l’énormité de son poids. Autour de ces obélisques il y en a une multitude d’autres qu on ne saurait compter, et qui n’ont que la

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