HÉLIOPOLIS
moitié ou le tiers de leurs bases encore en place. « «L’histoire d’Héliopolis, dit M. Mariette, peut être faite en quelques lignes. L’édifice « de construction barbare 3? dont parle Strabon devait rappeler par son architecture le temple d’Harmakis aux pyramides de Giseh, et prouve que cette ville existait déjà sous l’ancien empire. On trouve une trace d’Héliopolis sous la douzième dynastie dans l’obélisque d’Ousertasen encore debout, et des blocs découverts par nos fouilles en 1858 nous ont montré que Thoutmès III avait travaillé à l’agrandissement de l’un de ses temples. 33 L’obélisque est le plus ancien monolithe de ce genre que l’on rencontre dans toute l’Égypte; sa hauteur au-dessus du piédestal est de 20m,75;le plan, légèrement rectangulaire, mesure lm,84 sur lm,88. Le nom du pharaon Ousertasen 1er, deuxième roi de la douzième dynastie, est écrit sur l’une des faces; ce témoignage d’authenticité, joint à l’inscription qui est répétée sur les quatre côtés, ferait remonter ce doyen des obélisques à trois mille ans avant Jésus-Christ. Voici d’après M. Brugsch la traduction du texte gravé sur le monument : « L’Horus, la vie de ce qui est né, le roi de la haute et de la basse Égypte, Khoper-ka-Râ, le maître des couronnes, la vie de ce qui est ne, le fils du Soleil, Ousertasen aimé des esprits de la ville (d Héliopolis), vivant à toujours, l’épervier d’or, la vie de ce qui est né, le dieu gracieux Khoper-ka-Rà (a érigé cet obélisque) au commencement de la fête d une
panégyrie, pour qu il lui soit accordé de vivre à toujours, »
La beauté du lieu donne à l’obélisque d’Héliopolis un charme incomparable; il semble que la nature se soit plu à 1 orner de tout son prestige : il est environné de cyprès et de saules pleureurs, qui pleurent les uns et les autres sur cette cité morte dont cette aiguille séculaire est comme le funèbre cippe. Ce vieux monolithe a assisté à toutes les phases de la vie brillante et de l’agonie de la métropole de l’Égypte sacerdotale, aujourd’hui ensevelie à ses pieds. Dans son imagination, le voyageur interroge involontairement ce muet témoin de tant d’événements, et ce témoin qui émerge du milieu des décombres paraît s enfoncer peu à peu dans le sol comme pour se dérober aux souvenirs qui ont affligé sa patrie; les inscriptions mêmes, qui rappelaient lesjours heureux, sont couvertes d un voile de deuil : des abeilles sauvages se sont emparées du creux des hiéroglyphes pour y faire leur miel, et l’on prendrait pour le sourd gémissement des mânes le bourdonnement continu des travailleuses... Les monuments de ce genre tiansplantés à Paris sur la place do la Concorde ou à Londres sur les bords de la Tamise, sont loin de produire l’effet de ceux qu’on voit en place, au lieu même où les érigèrent, dans un sentiment élevé, des hommes disparus de la terre depuis tant de siècles. Les premiers ne sont qu’un objet de curiosité puérile ou de vanité plus puérile encore; les