‹ Le Caire et ses environsChapitre 49 sur 69 · HÉLIOPOLIS · texte numérisé non relu

HÉLIOPOLIS

autres ont le prix et la sainteté de véritables reliques.

Héliopolis marque le champ de bataille où une poignée de soldats français, commandés par Kléber, battirent une armée ottomane plus de dix fois supérieure en nombre. Dans leur féroce acharnement, les vivants s’entre-tuent jusque sur la tombe des générations éteintes, et teignent deleur sang la poussière des morts.

Bataille (V Héliopolis. — Kléber se préparait à ramener son armée en France ; déjà les places fortes de Qetîeh, Salabîeb, Belbeis, Lesbeh, Suez et toute la rive droite du Nil avaient ete remises aux Fuies, quand tout à coup les circonstances vinrent faire changer les dispositions du général en chef. Le 8 mars 1800, Kléber contremanda tous les ordres donnés précédemment pour le départ, et envoya à Youssouf-Pacha, commandant des troupes ottomanes, l’ordre de rétrograder vers la frontière. Le grand vizir se fiant à son immense supériorité numérique , bien loin de se retirer, résolut de se jeter avec son armée dans le Caire. En conséquence, le 18 mais, il porta ses avant-postes au village de Matarîeh, à quatre heures de marche de la capitale. Informé de ce mouvement dès la matinée, Kléber s apprêta à s avancer lui-même au-devant de l’ennemi, et le lendemain (23 chaoual 1214 de l’hégire), bien avant le lever du soleil, il sortit du Caire à la tête d’une dizaine de mille hommes pour se déployer dans les liches plaines qui bordent le Nil à 1 est. L armée avait le

LE CAIRE ET SES ENVIRONS désert à sa droite, le fleuve à sa gauche, et en face d’elle les ruines d’Héliopolis. La nuit, presque lumineuse en Égypte, rendait les manœuvres faciles, sans toutefois les laisser distinguer à l’ennemi. Kléber divisa ses troupes en quatre carrés principaux, dont deux à droite commandés par le général Reynier, et deux à gauche sous les ordres de Friant. Vers six heures du malin, on aperçut l’avant-garde que le grand vizir avait poussée, deux jours auparavant, au village de Matarîeh. Un premier engagement eut lieu, et l’avant-garde turque fut bientôt mise en fuite. Les Français reprenant leur ordre du matin, c’est-àdire se lormant de nouveau en plusieurs carrés, dépassèrent les ruines d’Héliopolis, et aperçurent un nuage de poussière qui laissait distinguer, entre les villages de Seriaqous et d’El-Merg, la ligne flottante de l’année turque. On vit alors s’agiter les mille drapeaux de l’armée ennemie, et une partie de ses escadrons se rua sur le carré de Friant, pendant que de nombreux tirailleurs se répandaient en avant des palmiers qui continent au désert. Friant, qui les attendait de pied ferme, les laissa arriver, puis, par un feu de mitraille qu’il ordonna tout à coup, en renversa des centaines. Les autres se replièrent en désordre.

Ce n’était là encore que le prélude d’une action générale. La bataille proprement dite s’engage enfin ; la masse de la cavalerie turque s’ébranle tout entière, (léborde comme un torrent sur les quatre faces des

HELI0PÛL1S.

carrés et tourbillonne autour des phalanges françaises : les groupes les plus rapprochés tombent foudroyés au pied de ces citadelles vivantes qui semblent invulnérables. De toute part règne une horrible confusion, et pendant quelque temps l’atmosphère est obscurcie par la fumée et la poussière. Enfin le ciel se dégage, le sol se découvre, et alors l’armée française victorieuse, non-seulement contemple autour d’elle des masses d’hommes et de chevaux tombés sous la mitraille, mais elle aperçoit, aussi loin que la vue peut s’étendre, des bandes de fuyards qui courent vers presque tous les points de l’horizon. Kléber, qui ne veut donner aux Turcs aucun repos, s’élance sur leurs tracp;, et le soir même atteint le village de Khanqah; Youssouf se voyant serré de si près, continue sa fuite au milieu d’un désordre de plus en plus grand, en abandonnant ses vivres et ses bagages.

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