‹ Le Caire et ses environsChapitre 58 sur 69 · LE BARRAGE DU NIL · texte numérisé non relu

LE BARRAGE DU NIL

Avant la découverte des sas et des écluses de diverses formes employées pour maîtriser les eaux ou en régler à volonté les niveaux et les écoulements, les canaux de dérivation du Nil ne pouvaient procurer qu’une faible partie des avantages que les progrès delà science hydraulique permettent maintenant d’obtenir.

En raison de l’encaissement du Nil et des canaux, on est forcé d’employer plusieurs milliers de bœufs dans chaque province pour élever les eaux du fleuve sur les terres voisines. Les coupures, les dérivations faites sur tout le parcours du Nil appauvrissent le fleuve; la navigation n’a lieu, pendant six mois, que pour les barques d’un faible tonnage, et le balage est presque impossible. Les bras du Nil, près de leur embouchure à Rosette et à Damiette, n’ayant qu’un faible volume, les eaux de la Méditerranée remontent le fleuve dans les gros temps, inondent les lacs et rendent le littoral malsain, stérile et presque inhabitable. Pour parer à ces inconvénients, des barrages furent projetés. Ces barrages devaient satisfaire à trois conditions principales : empêcher l’invasion des eaux salées dans les lacs du littoral; perfectionner la navigation des branches du Nil et la rendre perma-

37 i I, E CAI HE ET SES ENVIRONS.

nente, régulière, facile pour les plus gros navires; enfin conduire les eaux sur tout le territoire de la Basse-Egypte, moins élevé que le niveau des grandes inondations, et doubler ainsi les terrains cultivés.

En premier plan fut proposé : on établissait sur chaque branche, depuis l'embouchure jusqu’aux environs du Caire, quatre barrages éclusés, avec double sas pour le passage îles navires de diverses grandeurs, plus des bassins et des écluses de chasse latérales à portes tournantes. Le premier barrage retiendrait les eaux de la mer, donnerait un tirant d’eau suffisant au Nil pour le passage des grands navires, et permettrait l’arrosage des campagnes voisines. Chaque barrage créant une chute, on l'emploierait à faire mouvoir des machines destinées à dessécher les lacs et à les rendre à l’agriculture.

M. Linant de Bellefonds, depuis Linant-Pacha , proposa un projet dans lequel il choisissait le point de bifurcation des deux branches du Nil comme le plus convenable pour retenir les eaux et les faire déverser sur le Delta et sur les terres qui l’entourent. Les travaux se composaient de deux ponts-barrages avec écluses et vannes, deux déversoirs avec portes pour rejeter le superflu des eaux, deux canaux de navigation avec sas et trois canaux d’irrigation : un pour le Delta, un pour la province de Béhérah, l’autre pour la province de Charqieh. Les barrages seraient établis sur deux espaces de terrain compris entre les courbes des branches du Nil; les travaux seraient

Page 1