LE BARRAGE DU MIL
exécutés à sec, et après leur achèvement, on ferait pénétrer les eaux dans ces lits artiliciels.
Le pont-barrage de la branche de Rosette devait avoir vingt-quatre arches de dix mètres de largeur, plus une arche de trente-quatre mètres, au milieu, restant continuellement ouverte pour donner un écoulement à la masse des eaux; son déversoir aurait vingt-neuf arches de dix mètres. La branche de Damiette aurait un pont-barrage avec seize arches de dix mètres, plus une arche au milieu pour l’écoulement des eaux ; son déversoir aurait vingt-cinq arches de dix mètres. Dans les hautes eaux, les barrages devaient rester ouverts, à l’exception des écluses qui fermaient les canaux d’irrigation. Dans les plus basses eaux, les ouvertures des ponts-barrages et de leurs déversoirs devaient rester fermées, à l’exception des deux grandes arches et des écluses d’irrigation.
Un autre projet fut présenté par M. Mougel-Rey ; il ne différait point en principe du précédent, mais seulement dans le mode d’exécution : M. Mongol plaçait son barrage directement sur les deux branches mêmes du Nil, de chaque côté de l’ile de Chalaqàn, près de la pointe méridionale de cette île. Son projet fut adopté, et en 1847 Mohammed-Ali posa la première pierre de cet ouvrage gigantesque. Les travaux coûtèrent des sommes considérables; malheureusement ils n’ont pu être conduits à terme : la guerre et les préoccupations po ü t i q w es ont empêché qu’ils soient achevés. Ce double pont immense, dont on aperçoit
de loin les tours carrées qui flanquent ses extrémités, est aujourd’hui abandonné, et l’on est surpris qu’après avoir lait tant de sacrifices, on ne prenne pas des mesures pour terminer ce prodigieux travail, l’une des plus hardies conceptions du génie humain. Cependant ses résultats seraient immenses : non-seulement les provinces du Delta seraient arrosées, mais encore les provinces extérieures et une partie des sables qui les entourent ; il dispenserait de l’usage de vingt mille saqieh, qui demandent chacune le travail constant d’un homme et d’un bœuf, et rendrait à la navigation les canaux constamment remplis d’eau.
Les ingénieurs de l’expédition française paraissent être les premiers qui aient conçu l’idée grandiose de construire des barrages pour arrêter les eaux du Nil. Napoléon avait dit, dans des notes rapidement écrites d’après les impressions que lui avait laissées son passage en Egypte : « Un travail que l’on entreprendra un jour sera d’établir des digues à la pointe du Delta pour barrer les branches de Rosette et de Damiette, ce qui, moyennant des batardeaux, permettra de laisser passer successivement et à volonté toutes les eaux du Nil , et dès lors de doubler l’inondation. »
On se rend ordinairement au Barrage en louant une barque à Boulaq . Les autres voies sont Je chemin de fer jusqu’à Qalioub (le reste du trajet se fait à pied ou à âne à travers la campagne) ; ou bien encore le chemin de fer de la Haute-Egypte, de Boulaq-el- Dakrour à la station d’EI-Menacheh (rive gauche).
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LES PYRAMIDES
Les Pyramides sont à environ douze kilomètres de la place de l’Eshékîeli et à huit kilomètres et demi du Nil. On s’y rend en traversant le nouveau quartier IsmaïUeh et en franchissant le fleuve au pont de Qasr-el-Nil. Après avoir passé devant le palais khédivial élevé à l’entrée de la petite ville de Giseh, sur l’emplacement d’une habitation de l’ancien chef des Mamelouks, Mourad-Bey, on suit adroite une magnifique route plantée d’acacias, qui fut tracée en 1868 uniquement dans le but de faciliter aux voyageurs l’excursion des Pyramides.
« Il est juste, dit M. Mariette, d’accorder aux pyramides l’admiration qui leur a valu d’être rangées au nombre des sept merveilles du monde. Il faut dire cependant que cette admiration ne s’impose pas au visiteur dès qu’il arrive au pied de ces monuments célèbres; l’immensité du désert environnant et le manque d’un point de comparaison rapetissent, en effet, les pyramides et empêchent de les bien juger;
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niais à la réflexion, les pyramides grandissent et reprennent leurs véritables proportions. On s’étonne alors de l’immensité de ces constructions. On y voit les monuments les plus durables et les plus élevés sous le ciel que jamais l’homme ait bâtis. Les pyramides ont six à sept mille ans de date, mais il n’y a aucune raison pour que dans cent mille ans elles ne soient pas encore telles que nous les voyons aujourd’hui, si des mains ignorantes ou criminelles ne viennent pas aidera leur destruction. »
Le champ des Pyramides s’étend depuis Ahou- Rouch, au nord et près du plateau deGisch, jusqu’à Illahoun, dans leFayoum. Tout cet immense terrain appartient à la nécropole de Memphis. Les pyramides sont disposées par groupes plus ou moins espacés, qu’on distingue par le nom des villages actuels qu’ils avoisinent, c’est-à-dire, en allant du nord au sud, Abou-Rouch, Giseh, Abousir, Saqqarah, Dachour, Matanîeh et Meïdoum. De tous ces monuments, les plus grands et les plus connus sont les trois pyramides de Giseh. La pierre est la matière employée pour les construire, sauf de rares exceptions que l’on rencontre à Dachour au Fayoum et à Thèhes, où quelques-unes sont en briques crues.
Les pyramides ne sont autre chose que des constructions tumulaires. Pour les élever on préparait sur le roc une surface unie, en ayant soin de laisser au centre une petite éminence sur laquelle l’édifice devait être commencé. Une chambre sépulcrale était
LES PYRAMIDES. °>7 0
d’abord creusée dans le roc, puis recouvcrle par une petite pyramide autour de laquelle on ajoutait successivement plusieurs couches extérieures; on augmentait ainsi, par chaque construction nouvelle, les dimensions du monument, en ayant soin de ménager au fur et à mesure de son extension, les couloirs intérieurs. Les travaux étaient subordonnés à la durée de la vie du fondateur, et immédiatement après sa mort, son corps était placé dans la chambre qui lui avait été préparée; on comblait ensuite les couloirs avec des blocs de pierre, et l’on terminait la pyramide par un revêtement lisse qui en cachait l’entrée. Souvent même, par surcroît de précautions, pour mieux mettre la momie à l’abri de toute violation, on avait soin d’établir dans l’intérieur plusieurs passages destinés à donner le change, si l’entrée extérieure était découverte.
On a beaucoup discuté sur la destination des pyramides, et, sans qu’on sache trop pourquoi, c est toujours la pyramide de Khéops qui a servi de base et de point de départ aux suppositions; cependant il n’y a pas de raison pour que ce monument ait eu un autre objet que les soixante et quelques autres semblables que l’on trouve en Égypte, tous situés dans les nécropoles et renfermant tous des sarcophages. Plusieurs théories plus fausses les unes que les autres ont été émises au sujet de ces gigantesques monuments; certains voyageurs se sont formé une opinion personnelle et l’ont publiée. Des ouvrages ont été
écrits pour prouver que les pyramides, et surtout la grande, étaient destinées « à servir d’étalons pour toutes les mesures en usage chez les Égyptiens, et pour faciliter les observations astronomiques » ; on a même essayé de démontrer que ces masses énormes n avaient été bâties « que pour arrêter l'envahissement des sables du désert » ou pour « guider les caravanes et les navigateurs du Nil» ?... Ces diverses opinions, surtout les deux dernières, sont complètement dénuées de bon sens et ne méritent pas d’être réfutées. On a pu autrefois ignorer la véritable destination des pyramides; mais aujourd’hui toutes les autorités sont d’accord pour reconnaître que ce sont des tombeaux massifs, hermétiquement clos, et rien de plus. Chacune d’elles (au moins celles qui ont servi à la sépulture d’un roi) avait un temple extérieur qui s’élevait à quelques mètres en avant de la face orientale. Le roi déifié comme une sorte d’incarnation de la Divinité, y recevait un culte. « Les pyramides, dit M. Mariette, sont l’enveloppe gigantesque et à jamais impénétrable d’une momie, et une seule d’entre elles aurait montré à l’intérieur un chemin accessible d’où, par exemple, des observations astronomiques auraient pu être faites comme du fond d un puits, que le monument aurait été ainsi contre sa propre destination. En vain dira-t-on que les quatre faces orientées dénotent une intention astronomique; les quatre faces sont orientées parce qu’elles sont dédiées, par des raisons mythologiques, aux
LES PYRAMIDES
quatre points cardinaux, et que dans un monument soigné comme l’est une pyramide, une face dédiée au nord, par exemple, ne peut pas être tournée vers un autre point que le nord. Les pyramides ne sont donc que des tombeaux, et leur niasse immense ne saurait être un argument contre cette destination, puisqu’on en trouve qui n’ont pas six mètres de hauteur. Notons d’ailleurs, qu’il n’est pas en Égypte une pyramide qui ne soit le centre d’une nécropole, et que le caractère de ces monuments est par là amplement certifié. •->
Au milieu des nombreuses pyramides qui couvrent la nécropole de Memphis, il en est une singulièrement bâtie, à six degrés ; elle paraît avoir été élevée par Ouénéphès, de la Ire dynastie. S’il en est ainsi, ce monument serait le plus ancien de l’Egypte et du monde historique.
Parmi les pyramides dont l’identité a été reconnue, on distingue :
1° Meïdoum, à trois degrés; hauteur, 80 mètres environ ; tombeau de Snefrou, 111* dynastie; nom hiéroglyphique : Kha, « le levant, la fête, le diadème » .
2° Giseh ; hauteur, 142 mètres; tombeau de Khéops (Khoufou), IVe dynastie; nom, Khout, «la brillante ».
3° Giseh ; hauteur, 137 mètres; tombeau de Khéphren (Khafra), IV' dynastie; nom, Ur-t, «la grande» .
4° Giseh ; hauteur, 66 mètres; tombeau de Mykérinos (Menkera), IVe dynastie; nom, Her , « la supé¬
rieure » .
5° Gis eh : tombeau de Hent-Sen , fille de Khéops; la plus méridionale des trois petites pyramides près de celle de Khéops.
6° Abousir ; hauteur, 40 mètres; tombeau de Sephrès (Sah’ourâ), Ve dynastie ; nom, Kha-ba, “la résurrection des âmes » .
7° Abousir (pyramide centrale) : tombeau de Rathourès, V* dynastie 5 nom, Men sc-tu, «la plus résistante » .
8° Saqqarah, tombeau d’Ounas, Ve dynastie.
9' Mastabat-el-F araoun, nom , Nefer se-tu, « la plus belle place « .
. D’après les travaux récents de M. Maspéro, on peut aujourd’hui déterminer la situation exacte de toutes les pyramides de la nécropole de Memphis, qui furent érigées par Snefrou et ses successeurs, jusqu’à la fin de la VIe dynastie.