PYRAMIDE DE KHÉOPS
Histoire. — Le personnage le plus remarquable de la IVe dynastie , environ quarante siècles avant notre ère, est le roi Khéops , que les textes contemporains appellent Khoufou. C’est lui qui fit élever, pour lui servir de tombeau, la plus grande et la plus remarquable des pyramides que possède l’Egypte.
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Khéops fît la guerre aux nomades d’Arabie et défendit victorieusement contre leurs attaques,, les établissements militaires que Snefrou, son prédécesseur, avait fondés dans la péninsule sinaïtique. Les prisonniers faits dans cette campagne furent sans doute employés, d’après l’usage, à aider aux travaux de la pyramide qu’il fit élever.
Hérodote, qui visita l’Egypte il y a environ vingttrois siècles, raconte que Khéops fil endurerai! peuple toutes sortes de misères, et que le souvenir des peines qu’avait coûté l’érection des Pyramides s’était conservé à travers les âges dans la mémoire des Egyptiens. « Khéops, dit l’historien grec, ferma d’abord tous les temples et défendit d’offrir des sacrifices ; puis il contraignit tous les Égyptiens à travailler pour lui. Aux uns il imposa la tâche de traîner jusqu’au Nil les pierres qu’ils extrayaient de la chaîne arabique (carrières de Tourali et de Massarah); aux autres il prescrivit de conduire ces pierres à la montagne libyque. Ils travaillaient sans relâche, au nombre de cent mille hommes que l’on relevait tous les trois mois. Le peuple accablé employa dix ans à construire la chaussée sur laquelle on tirait les blocs, œuvre, à ce qu’il me semble, fort peu inférieure à la pyramide, car sa longueur est de cinq stades (925 mètres), sa largeur de dix orgyes (brasses — 18 mètres), et sa plus grande hauteur de huit (15 mètres); le tout en pierres de taille ornées de figures sculptées. On employa donc dix années à construire cette chaussée et les chambres
souterraines creusées dans la colline où sont les pyramides. II fallut vingt années pour bâtir la pyramide elle-même; elle est quadrangulaire ; chacune de ses faces a huit plèthres à la hase avec une hauteur égale. Elle est toute en blocs polis et parfaitement ajustés; aucun de ces blocs n’a moins de trente pieds... Des caractères égyptiens, gravés sur le monument, marquent la valeur des sommes dépensées en raves, oignons et aulx pour les ouvriers employés aux travaux; si j’ai bon souvenir, l’interprète qui me déchiffrait l’inscription m’a dit que le total montait à seize cents talents d’argent. S’il en était ainsi, combien doit-on avoir dépensé en fer pour les outils, en vivres et en vêtements pour les travailleurs, puisqu’il a fallu pour bâtir tout le temps que j’ai dit, et le temps non moins considérable, ce me semble, qu’ont exigé la taille des pierres, leur transport et les excavations souterraines !
« Khéops en vint à un tel degré de dépravation que, manquant d’argent, la tradition racontait qu’il fit entrer sa fille dans une maison de débauche et lui ordonna de se livrer à tout venant jusqu’à ce qu’elle eût amassé une certaine somme. Elle obéit et procura à son père l’argent dont il avait besoin. De plus, elle eut l’idée de se faire construire un monument pour son propre compte; elle demanda donc à tous ceux qui l’approchaient le don d’une pierre. De ces pierres on prétend que fut bâtie celle des pyramides qui est au milieu des trois, un peu en avant de la plus grande,
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et qui mesure sur chaque côté un plèthre et demi à la hase. « Une autre tradition recueillie par Manéthon est moins cruelle pour le pharaon : sur ses vieux jours, Khéops se serait repenti de son impiété, et, devenu dévot, aurait écrit un livre sacré tenu en grande estime par ses concitoyens.
Quatre siècles et demi plus tard, Diodore de Sicile s’exprime ainsi à propos des pyramides : « Le spectateur reste frappé d’étonnement devant la grandeur et l’immensité de ces ouvrages, dont l’exécution a exigé tant de hras. La pyramide de Khéops est la plus grande; elle est entièrement construite en pierresd ures difficiles à tailler, mais dont la durée est éternelle. En effet, depuis au moins mille ans (quelques-uns en admettent trois ou quatre mille), ces pierres ont conservé jusqu’à ce jour leur arrangement primitif et tout leur aspect. Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que ce monumeut se trouve élevé au milieu d’un pays sablonneux où l’on n’aperçoit aucun vestige de terrasses ou de taille de pierres; de telle sorte qu’il ne parait pas être un ouvrage d’hommes, et qu’on croirait qu’il a été construit par quelque divinité au milieu d’une mer de sable. Quelques Égyptiens essayent d’expliquer ce miracle en disant que les terrasses ou chaussées étaient formées de sel et de nitre, et qu’ayant été atteintes par les eaux du Nil, elles ont été dissoutes et ont ainsi disparu sans le secours de la main de l’homme. » Khéops régna cinquante ans.
- — L’entrée de la pyramide de Khéops se présente
aujourd’hui sous la forme d'une ouverture à peu près carrée qui se trouve à la troisième assise, à environ 18mèt. du sol. (Voir la planche ci-contre, A.) Le couloir B, où l’on s’engage, a 1 mèt. 20 de hauteur sur 1 mèt. 06 de largeur; il descend en pente douce par une inclinaison de 26° AL. A 77 mètres de l’orifice extérieur, le couloir devient horizontal, tout en conservant ses mêmes dimensions. On avance encore de 8 mètres et l’on arrive à une chambre carrée C de 6 mèt. de côté sur A de haut. Cette chambre dont rien n’indique l’emploi, et qui du reste paraît avoir été inachevée, est à peu de chose près dans le grand axe vertical de la pyramide, à 32 mèt. au-dessous de sa hase, qui elle-même est à 30 mèt. au-dessus des eaux moyennes du Nil. Au fond et en face de l’entrée s’ouvre une nouvelle galerie horizontale D qui se dirige vers le sud sur une longueur de 16 mèt., mais elle n’aboutit à rien. En 1837, le colonel Wyse y fit creuser un puits à une profondeur de 11 mèt. sans rien découvrir dans le sol inférieur. Au dire d’Hérodote, les eaux du Nil étaient amenées dans cette chambre par un canal souterrain; le fait est possible, puisqu’elle se trouve à 2 mèt. au-dessous du fleuve; telle était peut-être l’intention du fondateur de la pyramide, mais à en juger par l’irrégularité des parois du caveau, les travaux furent sans doute abandonnés avant d’avoir commencé le canal qui devait communiquer avec le Nil.
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Coupe de la pyramide de Khéops.
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aujourd’hui comblée par les sables jusqu’au point O, c’est-à-dire à 25 mètres de l’entrée. En cet endroit, se trouve un bloc de granit qui ferme l’orifice d’une seconde galerie E. Ne pouvant forcer ce bloc, on l’a tourné (à une époque inconnue) en pratiquant un passage P à travers la masse même de la maçonnerie. On a découvert ainsi un couloir ascendant de 35 met. de longueur. Au point G, la galerie devient beaucoup plus spacieuse, et une nouvelle bifurcation se présente. En suivant le couloir horizontal H, qui est de la même longueur que celui que l’on vient de quitter, on arrive à la chambre I, dite de la Reine, placée exactement dans l’axe vertical de la pyramide, à 22 mèt. au-dessus du niveau du sol; sur le côté occidental de ce couloir est l’ouverture d’un puits presque entièrement comblé qui communique avec le couloir B.
En revenant au point de bifurcation G, on s’engage dans la grande galerie J, qui est la continuation du couloir E, et l’on arrive, après une ascension pénible de 50 mètres, à un palier R autrefois fermé par quatre grandes dalles de granit glissant dans des rainures, et servant à masquer la chambre K dite du Roi, à 21 mètres et demi au-dessus de la précédente. Cette pièce a 5m,08 de haut, 1 0™ , 33 de long et 5m,43 de large ; elle ne contient qu’un sarcophage en granit rouge, sans ornements ni hiéroglyphes; c’est là qu’était déposée la momie royale. Au-dessus de la chambre sépulcrale, on a découvert cinq petites pièces basses superposées, qui paraissent n’avoir
d’autre objet que d’alléger la pression de la maçonnerie supérieure sur le plafond de la chambre royale. C’est là que le cartouche du roi Khé^ps (Khoufou) a été trouvé.
L’an 820 de J.-C., la pyramide avait encore son revêtement de granit, couvrant ses quatre faces comme une cuirasse qui l’avait rendue jusque-là invulnérable contre les attaques du temps et des hommes. A cette époque, le khalife Abd-Allah-el- Ma’moun, fils d’Haroun-el-Rachid , en fit rechercher l’entrée. La tradition, appuyée par le récit des historiens arabes, disait alors que les pyramides avaient été bâties par « Saourid « ou « Soris » , roi d’Égypte, qui vivait trois cenls ans avant le déluge. Saourid était un grand prince renommé dans tout l’univers pour sa justice et son humanité. Une nuit, il eut un songe dans lequel il vit le ciel renversé sur la terre, toute la création bouleversée, et les astres errer pêle-mêle parmi les hommes qui poussaient des cris effroyables et tombaient par milliers la face contre terre. Saourid comprit que ce rêve annonçait quelque épouvantable cataclysme; il rassembla tous les prêtres et les magiciens du royaume; les oracles furent consultés, et ils annoncèrent au roi que ce terrible songe présageait un déluge universel, lequel serait suivi, après bien des siècles, d’un embrasement général où la terre entière périrait par le feu. Alors Saourid ordonna qu’on bâtit les pyramides pour y enfouir, et sauver ainsi delà fureur des eaux, le corps des rois ses pré-
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décesseurs, tas archives, les lois du royaume gravées sur l’airain, les tables astronomiques des prêtres, les joyaux ^ ^ la couronne, le trésor public, en un mot tout ce que l’Egypte possédait de plus rare et de plus précieux. On se mit à l’œuvre immédiatement, et pour donner plus de solidité aux monuments, on fit venir de Syène, par le Nil, les plus grandes pierres remarquables par leur dureté. Quand les pyramides furent achevées, on y transporta tous les objets qu’ell es étaient destinées à conserver. La plus grande surtout renfermait les richesses les plus précieuses : ce qu’on y avait caché de vases d’or et d’argent, de bijoux, de statues et de pierreries était incalculable; des monnaies d’or de toutes sortes étaient placées en colonnes ; chaque pièce valait au moins mille dinars (15,000fr.). Persuadéde l’existence de ces richesses, le khalife ordonna d’ouvrir la pyramide. Les ingénieurs firent attaquer vivement le milieu de la face nord et, en employant le fer, le feu, le vinaigre, on réussit à creuser un passage dans le gros de la maçonnerie, au point S, 4 quelques pieds au-dessus de la base. Le travail était d’une difficulté extrême; plusieurs fois les ouvriers découragés renoncèrent d’aller plus loin; mais les promesses et la violence redonnaient des bras aux travailleurs. La galerie était à une profondeur d’environ trente mètres, lorsque la chute accidentelle de quelques pierres produisit un bruit sourd et prolongé, qui partait d’une galerie supérieure voisine. Le vrai passage fut bientôt décou-
vert avec son entrée A placée à 7 mètres et demi à gauche de la ligne du centre. « Alors on pénétra par un chemin difficile dans une chambre tout en granit poli; huit blocs seulement formaient le plancher, huit le plafond, voûté en auvent, et seize les côtés; le tout ajusté si habilement qu’il était impossible de faire entrer la pointe d’un canif dans les joints. 11 y avait au fond de la pièce un grand cofifre de pierre; les chercheurs de trésors crurent qu’il contenait les richesses dont ils avaient ouï parler; mais leur surprise fut grande et leur désappointement non moins grand encore quand ils virent que ce coffre était vide et sans couvercle... Le peuple murmura alors contre le khalife, blâmant sa sotte avidité, pour laquelle on avait travaillé en vain. El-Ma’moun, ennuyé de ces discours, fit porter secrètement beaucoup de pièces de monnaie que l’on cacha au fond d’une galerie. Les ouvriers trouvèrent ce faux trésor, et, dans leur naïve crédulité, proclamèrent partout qu’ils avaient découvert les trésors des Pharaons. »
Un autre historien arabe, Abd-el-Hakim, raconte qu’une statue ressemblant à un homme a été trouvée dans le sarcophage, et que cette statue, qui était probablement la caisse delà momie, renfermait un corps « avec une cuirasse d’or incrustée de bijoux, portant des caractères tracés avec une plume et que personne n’a compris ». Cette version est sans doute erronée : il est certain que la pyramide avait déjà été violée lorsque les ouvriers du khalife y entrèrent, puisque
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le couloir qu’ils découvrirent au-dessus du leur les conduisit sans difficulté dans la chambre du sarcophage. Les herses de granit qui fermaient l’entrée avaient été brisées, les blocs qui obstruaient les galeries n’existaient plus, et l’énorme monolithe qui marque la bifurcation des couloirs B et E avait déjà été tourné au moyen du passage P. A quelle époque la pyramide fut-elle violée? l’histoire n’offre rien de précis à ce sujet. En remontant au delà de l’époque musulmane, rien, pendant les périodes romaine et grecque, ne fait mention d’un pareil acte de vandalisme. Ne serait-ce pas plutôt à Cambyse que l’on pourrait attribuer une semblable profanation ? Lorsque le conquérant perse revint de sa campagne malheureuse en Ethiopie , il dévasta les temples de Memphis et couronna ses œuvres de cruauté « en faisant violer les tombeaux des anciens rois, dont il dispersa les momies... » Quoi qu’il en soit, les violateurs de la pyramide, comme s’ils avaient voulu cacher leur sacrilège aux générations futures, eurent soin de refermer l’entrée extérieure du monument de manière à ne laisser aucune trace apparente de leur coupable action.
L’intérieur de la pyramide est disposé de manière à dépister les explorateurs et à leur faire prendre le change sur la place réelle de la momie. En suivant le raisonnement de M. Mariette, supposons que l’entrée cachée sous le revêtement soit découverte ; un premier obstacle se présente; ce sont les blocs dont
le couloir B est rempli. Réussit-on à les briser et à passer outre, on arrive clans la chambre C. S’aper çoit-on que cette chambre n’est pas la véritable, il faut sonder le couloir B dans toutes ses parties pour trouver le point d’embranchement d’un second couloir qu’on suppose définitif. Mais cette fois c’est à des blocs de granit qu’il faut s’attaquer. D’après la disposition des pierres, on reconnaît que l’endroit cherché se trouve au point O. La place est ici défendue par un énorme monolithe; briser l’obstacle présenterait des difficultés insurmontables; il faut alors le tourner en se frayant un chemin P à travers la maçonnerie qui l’enserre, et l’on se trouve dans le couloir ascendant E. A l’extrémité de ce couloir, le palier G n’a pas la disposition qu’il présente aujourd’hui; il est entièrement bouché, ainsi que l’orifice du puits. Si on force le passage, il est naturel de suivre pour guide le dallage régulier, et alors l’explorateur s’engage dans le couloir H sans soupçonner qu’un autre passage ascendant est sur sa tête. Il arrive ainsi à la chambre I. S’apercevant encore que cette chambre n'est pas la véritable, il examine minutieusement toutes les parties du couloir, et finit par découvrir la galerie J qui conduit cette fois dans la vraie chambre, après avoir brisé les herses de granit qui en défendent l’entrée.
Le puits lui-même trouve son explication dans cette manière de concevoir la raison d’être de la distribution intérieure du monument. Pendant la construction
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de la pyramide, des blocs de la dimension du couloir E ont été déposés dans la grande galerie J . L’édifice étant achevé et la momie en place, on laisse glisser par leur seul poids les blocs dans le couloir E, on bouche le palier G, puis les ouvriers descendent par le puits et remontent à la lumière par le couloir B, qui à son tour est comblé par les blocs qu’on y introduit par son orifice extérieur.
Le sommet de la grande pyramide présente une plate-forme de neuf mètres de côté. Le panorama que l’on découvre de cette place est admirable : A l’est, une vaste plaine de verdure sillonnée par de nombreux canaux, au delà desquels le Nil déploie son cours paisible ; puis une quantité de villages qui apparaissent à demi cachés au milieu des palmiers; plus loin le Caire avec sa citadelle, dont la mosquée se uessine comme un point brillant sur les flancs rougeâtres du Moqattam qui ferme l’horizon. Au sud, le te de Memphis avec sa longue chaîne de pyramides qui s’étendent jusqu’au Fayoum. Au nord et à 1 ouest, le désert libyque, désert incommensurable, infini, silencieux, effrayant, qui se déroule comme un immense linceul jusqu’aux confins de l’Afrique occidentale. Un lever de soleil, vu du haut de la Pyramide, -> *■ souvent recommandé aux voyageurs comme un cle magnifique; on conçoit, il est vrai, que le coup d’œil doit être admirable; mais nous préférons de beaucoup assister à un effet de soleil couchant : le matin, la vue n’embrasse, du côté de l’est, qu’un
l'E CAIRE ET SES ENVIRONS.
horizon très restreint, à cause des brouillards qui enveloppent le Nil; tandis que le soir, toute la vallée est plus directement éclairée, et l’on peut même distinguer, dans la chaîne arabique, les carrières d’où furent extraits les blocs qui servirent à la construction des pyramides. Et puis, celte vieille cité des premiers âges qui dort au pied de sa sombre nécropole, ces pyramides qui s élèvent comme de gigantesques ossuaires qui rappellent tant de générations disparues, ces plaines arides au fond desquelles s’éteignent les dernières lueurs du crépuscule, tout cela frappe 1 esprit et produit une tout autre impression que vu aux rayons joyeux du soleil levant.
PYRAMIDE DE KHÉPHREN.
Histoire. « Après la mort de Khéops, son frère Khéphren hérita de la royauté Khéphren en usa de même que son prédécesseur en toutes choses, et construisit une pyramide qui n’atteint pas aux dimensions de la première, car nous l’avons mesurée... Les deux sont sur une colline haute d’environ cent pieds. On dit que Khéphren régna cinquante-six ans. On compte donc cent six ans, pendant lesquels les Égyp-
1 Khéphren est non le successeur direct, mais le deuxième successeur de son frère.
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tiens souffrirent toutes sortes de malheurs, et les temples furent fermés sans qu’on les ouvrît une seule fois. Par haine, les Egyptiens évitent de nommer ces princes; ils vont jusqu’à donner à leurs pyramides le nom du berger Philition , qui paissait alors ses troupeaux dans ces parages (Hérodote). »
« D’ap rès la tradition, ni Khéops ni Khéphren ne jouirent des tombeaux qu’ils s’étaient fait élever au prix de tant de souffrances : le peuple exaspéré se révolta, arracha leurs corps des sarcophages et les mit en pièces (Diodore de Sicile). »
— La pyramide de Khéphren a 137 mètres de hauteur; cbacunedesesfacesmesure 210mètres.La partie supérieure porte encore le revêtement lisse qui primitivement la recouvrait entièrement. Elle fut ouverte en 1196 par le sultan El-Aziz Osman', fils et successeur de Salah-ed-Din ; le fait est rapporté dans une inscription arabe tracée sur les parois de la chambre sépulcrale. L’ouverture fut refermée de manière à dissimuler toute trace de violation. Cette pyramide a deux entrées : l’une à la même hauteur que celle de Khéops, l’autre au niveau de la base. Les deux couloirs descendent par un angle de 25 degrés sur une longueur de 33 mètres, et sont fermés par des blocs de granit. Le couloir inférieur se dirige horizontalement vers une chambre de 11 mètres et demi de long, 3m,55 de large et 3 de haut ; il continue ensuite dans une direction ascendante et va rejoindre le couloir supérieur, qui se prolonge horizontalement jus-
qu’à une seconde chambre située dans l’axe de la pyramide, qui mesure 15 mètres de long, 5 de large, 7 de haut, et qui est appelée chambre de Belzoni, du nom de celui qui l’a découverte en mars 1818. Celte pièce renferme un sarcophage en granit rouge, enfoncé dans le sol, un peu plus grand que celui de Khéops, et comme lui sans sculptures ni hiéroglyphes. Belzoni y trouva les os d’un bœuf.
Une double muraille en pierres non taillées s’élève au devant de la face occidentale de la pyramide. Sur le côté opposé sont les ruines d’un édifice appartenant probablement à un temple consacré à Khéphren, qui était adoré comme un dieu devant son tombeau, suivant la croyance des Égyptiens, que chaque pharaon était, de son vivant, une incarnation de la divinité, et retournait à son essence divine après sa mort.
Une magnifique statue de Khéphren a été trouvée par AI. Alariette au fond d’un puits dans le temple de granit qui est près du Sphinx. Le roi est représenté assis, dans l’attitude des lois religieuses de l’Égypte; derrière sa tête se dresse un épervier les ailes ouvertes en signe de protection ; sur le socle sont gravées des incriptions qui ne laissent aucun doute sur l’identification du monument. L’ensemble de cette statue est empreintd’une certaine majesté tranquille, qui charme et qui étonne. La tète, d’une conservation incroyable, doit être le portrait du roi dans son âge mûr. Tousles détails sont empreints d’une certaine recherche qui dépasse tout ce que la sculpture égyptienne a produit.
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