‹ Le Caire et ses environsChapitre 6 sur 69 · COPTES · texte numérisé non relu

COPTES

Parmi les races diverses qui composent aujourd’hui la nation égyptienne, et dont chacune a sa religion, son langage et ses mœurs propres, l’histoire et la tradition s’accordent pour affirmer que les Coptes offrent le type des habitants de l’ancienne Egypte ; mais si l’on se rappelle les nombreuses persécutions dont les Coptes furent l’objet sous les dynasties musulmanes, les alliances auxquelles ils furent soumis après avoir été, pour la plupart, forcés d’embrasser pour un temps la religion du Prophète, il est bien difficile de se prononcer sur la pureté de leur race.

On prétend que le nom de Coptes vient de la ville de Coptos, située près de Thèbes, dans le Saïd, qui était la capitale de l’Egypte chrétienne, et dans laquelle ils se seraient réfugiés lorsque les Grecs les opprimaient. Cependant il y a tout lieu de supposer aux Coptes une origine plus ancienne et plus logique. Le terme arabe Qoubti paraît être une altération du grec Aî-yuTt-noç, c’est-à-dire Egyptien, mot qui n’est

lui-même qu’une corruption de Hà-ka-Phtah, qui signifie « demeure de Plitali », nom égyptien de Memphis. Si l’on admet que malgré les alliances, répétées il est vrai à de longs intervalles, des chrétiens avec les musulmanes, il en est qui soient restés fidèles à leur religion et à leurs coutumes malgré les persécutions, les Coptes seraient bien réellement les représentants des anciens Egyptiens, ou plutôt de ce mélange de peuples établis sur les bords du Nil à l’époque de la domination romaine. Les traditions conservées presque intactes dans les familles, la religion, qui est le christianisme suivant la doctrine d’Eutychès, et surtout cette langue copte qu’ils lisent aujourd'hui sans la comprendre, semblent conhrmer leur origine. Enfin, on peut encore supposer qu’après la conquête musulmane, il ne pouvait guère y avoir d’étrangers qui auraient embrassé le christianisme alors que la nouvelle religion triomphait sur tous les points du Levant.

Aucun peuple de l’Orient n’a accepté la doctrine du christianisme avec autant d’empressement et de zèle que les populations de la vallée du Nil. Habitué depuis les temps les plus reculés à regarder la vie comme un pèlerinage dont la mort était le but, éloigné par les prêtres de toute croyance pure, n’ayant que des idées confuses sur la vie future, l’esprit fatigué des attributions complexes et incompréhensibles de la divinité, le peuple trouva dans le christianisme une doctrine plus saine, plus en rapport

avec ses pensées, et bientôt la Thébaïde devint le séjour de ces pieux fanatiques qui, retirés de la vie sociale, donnaient l'exemple d’une abnégation profonde, et s’appliquaient à mériter les récompenses divines promises dans un monde meilleur. La réforme chrétienne s’avançait à grands pas sur les traces du paganisme, lui présentant partout le combat avec ses apôtres, ses martyrs, ses théologiens de l’école d’Alexandrie, et ses rescrits impériaux émanés de la cour de Constantinople. La religion pacifique du Christ avait fait naître une civilisation nouvelle dans ces contrées, jusqu’aux temps où les dissensions intestines, les querelles théologiques, l’inhabileté, l’incurie, la faiblesse des gouverneurs, livrèrent l’Egypte aux musulmans.

A l’arrivée d’Amr’, les coptes de Memphis et les chrétiens d’Alexandrie, divisés d’opinions sur quelques points du dogme, et s’excommuniant réciproquement, étaient en guerre continuelle. Makoukas, gouverneur de Memphis, accueillit les musulmans comme des libérateurs, leur ouvrit les portes de l’ancienne métropole de l’Egypte et leur remit les clefs de la forteresse de Babylone (640 de J.-C. , 18 de l’hég.). Amr’, maître de la plus grande partie du pays sans avoir livré aucun combat, fit un traité avec les Coptes, par lequel il s’engageait à leur assurer la liberté religieuse, l’inviolabilité de leurs propriétés et leur sûreté personnelle moyennant une complète soumission. Les Coptes, en proie à une haine reli-

gieuse, aspiraient avant tout à expulser les Grecs d’Alexandrie ; ils adhérèrent avec empressement au traité, en conservant l’arrière-pensée qu'une fois débarrassés de ceux qu’ils appelaient leurs ennemis, ils viendraient facilement à bout de ces fils du désert dont ils avaient réclamé l’appui. Mais larement l’orgueil d’une nation lîère de sa race est tombé plus misérablement : ils avaient préféré la domination de l’étranger à celle de leurs coreligionnaires, ils ne tardèrent pas à en payer les terriblesconséquencespar le joug tyrannique que les nouveaux maîtres du pays firent peser plus ou moins sur eux à diverses époques.

Aujourd’hui le nombre des Coptes, d’après les calculs officiels, est d’environ deux cent cinquante mille, dont la plus grande partie est dans la Haute- Égypte. Leur caractère est mélancolique, taciturne, sombre; c’est sans doute à la sévérité de leur éducation et de leurs pratiques religieuses qu’il faut en attribuer la cause. De même que toutes les races qui ont vécu sous l’oppression et dans une crainte continuelle, ils sont devenus dissimulés et serviles devant ceux qui leur sont supérieurs par le rang ou par la fortune, et fiers, durs, sévères envers leurs subalternes. Dans les villages, les Coptes s’adonnent aux travaux des champs et partagent la vie paisible du fellah; dans les villes, ils se font remarquer par leurs aptitudes particulières pour tout ce qui regarde le calcul, la comptabilité, le commerce et le service administratif.

-ramilles de Giseh. (Voir p. 377.)

Le costume des Coptes est semblable à celui des musulmans d’Égypte; ce qui les distingue le plus souvent, est la couleur noire ou bleu foncé de leur turban. Les femmes se voilent soigneusement le visage, non-seulement en public, mais encore chez elles. Certains Coptes, surtout ceux que l’on rencontre dans la Haute-Égypte, offrent le type d’une analogie frappante avec les figures sculptées sur les anciens monuments, bien que ce type ait été altéré par le mélange des races asiatiques et africaines des peuples avec lesquels ils ont vécu : un front plat orné de cheveux bouclés, de grands yeux noirs peu ouverts et montant vers les tempes, un nez court légèrement épaté, une bouche grande, plate, bordée de larges lèvres nettement dessinées, les pommettes saillantes, une barbe très peu fournie, les membres grêles et anguleux.

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