FELLAHS
Après la conquête de l’Égypte, les Arabes ne quittèrent plus les bords du Nil ; les vainqueurs s’unirent aux vaincus, et un grand nombre de familles musulmanes vinrent demander à la terre d’isis une richesse dont elles étaient privées dans les plages incultes de leur patrie. Au bout de deux ou trois générations, la
population des campagnes se composait d’une quantité à peu près égale d’Egyptiens et d'Arabes, dont les types se confondaient de plus en plus. Enfin, subjugués par le climat de l’Egypte, par le bien-être qu’ils éprouvaient au milieu des fertiles plaines de cette aima parens qui leur donnait l’abondance en échange de si peu de soins, les conquérants perdirent leur originalité et devinrent Egyptiens. Dans le mélange des deux races, le sang égyptien l’emporta sur le type primitif de l’Arabe ; une génération nouvelle s’établit sur les bords du Nil, et fut la souche des Égyptiens modernes, dont les traits les plus caractéristiques se retrouvent chez le paysan agriculteur, c’est-à-dire le Fellah.
Le Fellah, en général, a une taille avantageuse, une large poitrine, des membres musculeux et bien proportionnés, des traits réguliers, le front large, les yeux noirs et vifs enfoncés sous un sourcil proéminent, la bouche bien taillée, bordée de lèvres fortes qui laissent entrevoir des dents d’une blancheur éclatante. La femme fellaha est svelte et bien faite, mais les traits de son visage sont sans délicatesse et manquent d’expression, malgré la beauté des yeux bordés de larges cils ; les pieds et les mains sont souvent d’une perfection idéale.
Sous le rapport du caractère, le Fellah est très docile, prudent et alerte dans son jeune âge. Plus tard, il perd sa vivacité et devient insouciant. L’ancien régime sous lequel vivaient leurs pères a fait si
profondément impression sur leur esprit, qu’ils ont toujours conservé comme un sentiment inné une sorte de défiance à l’endroit de leurs propriétés. Autrefois, le paysan égyptien n’était que le détenteur des biens qui lui étaient accordés ou qu’il avait acquis; il n’était qu’un usufruitier auquel l’usage seul et non le droit a accordé l’hérédité. L’insécurité du lendemain engendra l’indifférence ; la crainte de l'arbitraire qui devait naturellement s’introduire dans un système pareil amena la défiance ; l’instabilité de la possession tua l’esprit d’industrie et le besoin d’acquérir. Le résultat de tout cela fut une certaine insouciance en face des intérêts matériels. Ne pouvant compter sur le lendemain, on s’habitua à vivre au jour le jour , et en cela le Fellah et le Copte offrent la plus frappante analogie.
Les habitations des Fellahs sont très misérables; la plupart se composent de quatre murs en briques crues, ou le plus souvent de sable mélangé avec le limon du Nil, et d’un toit plat en paille de maïs. A l’intérieur quelques nattes, un chaudron en cuivre, une cruche et quelques plats en terre forment le fonds d’un mobilier de paysan. Pour le fellah, la chaumière est avant tout un abri pour la nuit. Les cultivateurs aisés habitent des maisons très confortables, mais chez les uns comme chez les autres, la manière de vivre est des plus simples : du pain grossier mal pétri, mal levé, des fèves cuites à l’eau, du fromage salé, des légumes crus ou assaisonnés
d’ingrédients de mauvais aloi , des dattes, des pastèques, composent la nourriture du Fellah. Riche ou pauvre, il est passionné pour la pipe et le café. Patient et infatigable, il travaillera du matin au soir exposé au soleil, dans l’eau et dans la boue, s’il entrevoit un gain certain; mais le gain obtenu, il rentre dans l'inaction la plus complète, laissant à la Providence le soin de pourvoir à ses besoins.