‹ Le Caire et ses environsChapitre 61 sur 69 · PYRAMIDE DE MYKÉRIN OS · texte numérisé non relu

PYRAMIDE DE MYKÉRIN OS

Histoire. — « Après Khéphren, dit Hérodote, son fils Mykénnùs monta sur le trône. Les actions de son père ne lui furent point agréables ; il rouvrit les temples et renvoya le peuple, réduit à l’extrême misère, à ses fêtes religieuses et à ses travaux; enfin il rendit la justice plus équitablement que tous les autres rois. On le loue à ce sujet plus que tous ceux qui ont jamais régné sur l’Egypte, car non-seulement il rendait bonne justice, mais à celui qui se plaignait de son arrêt, il faisait quelques présents pour apaiser son mécontentement. Cependant Mykérinos, si doux, si attentif à s’occuper du bonheur de son peuple, fut assailli par des calamités qui commencèrent par la mort de sa fille unique, dont il fit placer le corps dans une génisse en bois creux qu’il déposa à Sais dans la demeure royale... Cette génisse était représentée couchée sur les genoux, et portait entre ses cornes un disque en or. On la sortait chaque année pour lui rendre publiquement les honneurs divins. »

L’idée de piété que la tradition populaire attachait au règne de Mykérinos est confirmée par le témoignage des monuments ; non que ce prince ait, comme on le dit, rouvert les temples, car on sait aujourd’hui

qu’ils n’ont jamais été fermés, mais il ordonna à l’un de ses fils de parcourir les sanctuaires de l’Egypte, sans doute afin de restaurer ceux qui se trouvaient en mauvais état, et de faire dans toutes les villes des fondations nouvelles. C’est au cours de cette inspection que le prince découvrit, suivant quelques documents, le cliapitre LXIV du Rituel funéraire , « à Sésoun (Hermopolis) aux pieds du dieu Thot, écrit en bleu sur une dalle d’albâtre » .

Pendant la VIe dynastie, la pyramide de Mykérinos fut agrandie par la reine Nitokris, qui lui donna ce revêtement de syénite qui excita plus lard, à si juste litre, l’admiration des voyageurs grecs, romains et arabes. C’est au centre même de cette pyramide, au-dessus de la chambre où le pieux Mykérinos reposait depuis plus de huit siècles, qu’elle fut ensevelie à son tour, dans un magnifique sarcophage de basalte bleu dont on a retrouvé les fragments. Cela donna lieu plus tard de lui attribuer, au détriment du fondateur réel, la construction de la pyramide entière. Les voyageurs grecs changèrent la reine Nitokris en courtisane, et l’identifièrent avec une esclave nommée Rhodopis, compagne de servitude d’Ésope, qui vint en Égypte où ses charmes lui procurèrent uu certain succès. « Un jour, dit Strabon, que Rhodopis se baignait dans le Nil, un aigle fondit sur une de ses sandales, l’emporta dans la direction de Memphis, et la laissa tomber sur les genoux du loi, qui rendait alors la justice en plein air. Leroi

LES PYRAMIDES

émerveillé par la singularité de l’aventure et par la beauté de la sandale, fit chercher par tout le pays la femme à qui elle avait appartenu, et c’est ainsi que Rhodopis devint reine d’Égypte. A sa mort, elle eut pour tombeau la troisième pyramide. » Le christianisme et la conquête arabe modifièrent encore une fois le caractère de la légende, sans effacer entièrement le souvenir de Nitokris. « On dit que l’ esprit de la pyramide méridionale ne paroist jamais dehors qu’en forme d’une femme nuë, belle au reste, et dont les manières d’agir sont telles que, quand elle veut donner de l’amour à quelqu’un et luy faire perdre l’esprit, elle luy rit, et incontinent il s’approche d’elle, et elle l’attire à elle et l’affole d’amour; de sorte qu’il perd l’esprit sur l’heure et court vagabond par le pays. Plusieurs personnes l’on vue tournoyer autour de la pyramide sur le midy et environ soleil couchant, » C’est Nitokris qui hante ainsi le monument dont elle a achevé la construction.

— La pyramide de Mykérinos a 66 mètres de hauteur; la longueur deses faces, à Iabase,est de 105 mètres. Elle est beaucoup mieux conservée que les deux précédentes, et porte encore à sa partie inférieure son revêtement de granit jusqu’à une hauteur de 12 mètres. En 1196, lorsque les ouvriers d’EI-Aziz attaquèrent la pyramide de Khéphren, quelques courtisans, « gens dépourvus de bon sens », dit un historien arabe contemporain, persuadèrent au sultan de démolir toutes les pyramides, et sur-le-champ

l’ordre en fut donné. On commença par la troisième, celle deMykérinos, appelée par les Arabes el-Ahmar (la rouge). Des mineurs, des carriers et un grand nombre d’ouvriers furent envoyés au plateau de Giseh sous la conduite de quelques émirs de la cour. Ils demeurèrent huit mois entiers, ne parvenant chaque jour, à force de travail et de peine, qu’à enlever une ou deux pierres. Après avoir épuisé les forces des travailleurs et les fonds qui avaient été alloués pour cette folle entreprise, les émirs découragés abandonnèrent les travaux.

L’entrée du monument a été découverte par Caviglia. Les opérations furent continuées par le colonel Wyse en 1837. L’ouverture est à 4 mètres et demi au-dessus du sol; le couloir descend par un angle de 26° 2' sur une longueur de 35 mètres, et aboutit à un vestibule séparé de la chambre qu’il précède par des herses de granit. Cette chambre est dans l’axe vertical de la pyramide; elle a 15 mètres de long sur 4 de large; on y arrive en suivant un passage horizontal. C’est là que furent trouvés les débris d’un cercueil en bois avec cette inscription : « 0 « l’Osiris, le roi des deux Egyptes (Menkera), vivant v pour l’éternité, enfanté par le ciel! Ta mère Nout ii te divinise en mettant à néant tes ennemis, ô roi n vivant pour l’éternité! » Deux autres chambres existent sous la première : l’une contenait un sarcophage sans inscription, qui a été envoyé en Angleterre; mais le navire qui le transportait a péri sur

LES PYRAMIDES

les cù les du Portugal; dans l’autre sont des niches creusées dans les parois, probablement pour recevoir des momies.

Devant la face orientale de la pyramide, à l’extrémité d une chaussée en pierre, on voit les ruines du temple autrefois dédié à Mykérinos. Au sud, s’élèvent trois autres pyramides de petites dimensions, qui sont, suivant l’expression du docteur Isambert, comme des embryons de pyramides. La pyramide de Mykérinos, avec les trois petites du sud et le temple de l’est, forment un groupe entouré à quelque distance par des murailles composées de blocs non taillés, semblables à celles que nous avons remarquées à l’ouest de la pyramide de Khéphren.

PETITES PYRAMIDES

A l’est de la grande pyramide, il en existe trois autres très petites dont l’une, au dire d’Hérodote, contenait les restes de la fille de Kliéops. Ce témoignage est confirmé par la découverte faite par M. Mariette, d’une stèle trouvée dans un édifice en ruine près de la plus méridionale des trois petites pyramides. L’inscription nous apprend que Khoufou a fait bâtir la pyramide de la princesse royale près de la sienne et du temple d’Isis. Les caveaux des

monuments ont été explorés, mais rien n’y a été trouvé.

Les petites pyramides que nous avons signalées au sud de la pyramide de Mykérinos, ont aussi été visitées dans tous leurs détails. Dans la chambre de l’une est un sarcophage de granit sans inscription, portant intérieurement deux rainures profondes dans lesquelles glissait le couvercle qui était ensuite fixé par une clavette en fer. Au milieu du plafond, on remarque le nom du roi Menkera tracé en couleur brune. Une petite chambre a été ménagée au-dessus de ce plafond pour le protéger contre la pression de la maçonnerie supérieure de l’édifice. L’intérieur des deux autres monuments n’a rien d’intéressant.

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