‹ Le Caire et ses environsChapitre 63 sur 69 · LES TOMBES · texte numérisé non relu

LES TOMBES

Le plateau des Pyramides est couvert de monuments funéraires de toutes les époques. La plupart des chapelles qui accompagnent les tombes ont été

déblayées et étudiées, puis de nouveau enfouies sous les sables par ordre de M. Mariette, afin de les soustraire aux dégradations que certains voyageurs leur font subir. Ces monuments sont de fous les âges ; il semble que les personnages des diverses époques aient tenu à être ensevelis à l’ombre des Pyramides. Les tombes de l’Ancien-Empire sont en assez grand nombre; elles se présentent en général sous la forme de mastaba , sorte de pyramide tronquée formée de blocs énormes, et recouvrant comme un massif, le puits qui donne accès au caveau où repose la momie.

Dans la chaîne de rochers qui forme l’escarpement oriental du plateau des Pyramides, sont plusieurs excavations funéraires qui servent d’abri aux voyageurs qui passent la nuit dans cette partie du désert. La plus intéressante est celle qui est connue sous le nom de tombeau clés Nombres, parce qu’elle contient une curieuse énumération, depuis un jusqu’à mille, des chèvres, bêtes à cornes et ânes qui sont amenés devant les scribes pour être enregistrés comme faisant partie de l’avoir du défunt nommé Khafra-Ankh.

A une faible distance en arrière du Sphinx, est un monument de forme singulière, connu sous le nom de tombe de Campbell. 11 consiste en une grande excavation rectangulaire taillée dans le roc à une profondeur de 16 mètres ; ses côtés ont 9 mètres 30, sur 8. Une large tranchée taillée autour de cette excavation, forme un quadrilatère de 20 mètres 70,

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sur 22 mètres 25 de profondeur. Celle tranchée communique avec la partie centrale par un passage ménagé dans la paroi de l’ouest. Les murs intérieurs sont percés de niches dans lesquelles on voit des sarcophages. Au fond, et couché sur le sol, est encore un cercueil en basalte noir de forme humaine.

Du côté sud, sur la lisière du plateau, se trouve un groupe de tombeaux dont l’un, assez bien conservé, est celui de Ouerkhoun, prophète de la pyramide de Mykérinos. On y remarque des scènes de navigation et deux grandes images sculptées sur le rocher. Un peu plus loin, à l’ouest de ces tombeaux, se voient encore des fragments de la chaussée qui mène à la troisième pyramide; les traces de cette chaussée se retrouvent encore sur 200 mètres de longueur au-dessous d’un bouquet de palmiers et de sycomores groupés autour d’une source, sur la limite orientale du plateau. En revenant vers le nord-ouest, c’est-à-dire vers la seconde pyramide, on rencontre un escarpement dans lequel sont creusées des tombes qui remontent à la IV8 et à la Ve dynastie. Dans la quatrième chambre, en se dirigeant du sud au nord, on trouve sur les parois des représentations intéressantes : musiciens, danseurs, gens qui conduisent des animaux sauvages; sur la dernière du même groupe, on a reproduit des scènes de chasse et de travaux champêtres; on y voit aussi des souffleurs de verre.

Dans le rocher taillé à pic du côté de la face occi-

dentale de la pyramide de Khéphren, est une rangée de tombeaux ; l’un d’eux est remarquable par son plafond taillé en forme de troncs de palmiers pour imiter des solives juxtaposées; cette chambre est la troisième en allant du sud au nord. La partie septentrionale du rocher porte une courte inscription de Ramsès II.

A l’ouest de la grande pyramide sont de nombreux mastaba disposés symétriquement, et très rapprochés les uns des autres; ces tombes appartiennent exclusivement aux onze premières dynasties. La plupart de ces monuments sont dignes d’être examinés avec soin. L’entrée est toujours tournée à l’est, suivant la disposition ordinaire des mastaba. Dans certaines parties, les peintures ont conservé un éclat surprenant. Des scènes diverses sont représentées : chasses, labourage, élevage des bestiaux, préparation du vin, cueillette des fruits, différents métiers, danseurs, musiciens, etc. Souvent le défunt lui-même est figuré assis au milieu de ses serviteurs, et assiste à diverses scènes de sa vie.

Au pied de la face méridionale de la pyramide de Khéops, est encore un groupe de tombeaux qui contiennent des sculptures intéressantes. On y remarque le cartouche du roi Sa’boura de la Ve dynastie, et dans un sarcophage, on a trouvé une bague d’or au nom de Khoufou.

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PYRAMIDE d’aBOU-ROUCH.

Au nord-ouest du plateau de Giseli, à une distance d’environ huit kilomètres, est une pyramide ruinée, désignée communément sous le nom à' Abou-Rouch ou Abou-Riouch , du nom d’un cheikh dont îe tombeau est dans le voisinage. Elle est dans un état de dégradation qui ferait supposer quelle remonte à une époque encore plus reculée que ses voisines de Giseh. La hase du monument mesure 98 mètres de côté; il ne reste plus que cinq ou six assises qui s’élèvent au milieu des blocs dont le sol est jonché, et une chambre sépulcrale creusée dans le roc. Près de la pyramide, à l’ouest, sont des ruines qui paraissent avoir fait partie d’un mastaba, et une chaussée en pierre large de 10 mètres sur une longueur de 160. La colline sur laquelle est bâtie la pyramide d’Abou- Rouch, s’avance comme un promontoire au milieu du désert et commande le plateau de Giseh. Si l’on monte sur le monument, l’œil s’étend sur toute la partie occidentale de la nécropole de Memphis; vues de cette position les pyramides sont d’un effet admirable.

En revenant vers le sud-est, on rencontre, près du village de Menchîeh-Bakari , deux ponts de pierre construits par les khalifes Naser-Mohammed et El- Achraf, au treizième et au quinzième siècle.

RUINES DE MEMPHIS

Un des points principaux qui marquent aujourd’hui l’emplacement où s’élevait jadis la ville de Memphis, est le petit village de Mit-Rahîneh. On s’y rend en prenant au Caire le chemin de fer de la Haute-Égypte jusqu’à la première station (Bédréchein, 23 kil.) ; de là on se dirige vers l’ouest en suivant un chemin à travers les terres.

Histoire. — Les annales égyptiennes attribuent à Ménès, le premier roi des listes et qui vivait environ cinquante siècles avant J. C. , lafondalion de Memphis. Ménès ayant renversé la domination des prêtres, réunit les provinces sous un sceptre unique et donna au pays une nouvelle capitale qu’il fit élever sur la rive gauche du Nil, à quelques lieues au sud de la pointe du Delta. « Jadis, dit Hérodote, le fleuve coulait vers la Libye, le long de la montagne sablonneuse qui borne l’Egypte à l’Occident. Ménès, à cent stades au-dessus de Memphis, combla le bras qui se dirigeait vers le midi, mit à sec l’ancien lit et força

RUINES DE MEMPHIS

le fleuve à couler au milieu de la vallée. Maintenant encore ce bras détourné est, de la part des Perses, l’objet d’une surveillance très active chaque année ils fortifient la digue, car si elle venait à se rompre, Memphis courrait le danger d’être submergée tout entière. Lors donc que ce Mènes, le premier qui devint roi, eut enclos de digues un terrain solide, il y bâtit cette ville qui est aujourd’hui appelée Memphis; puis il l’entoura, au nord et à l’ouest, d’un lac artificiel communiquant avec le Nil, qui lui-même clôt la ville à l’est. »

La digue de Mènes existe toujours; elle est appelée digue de Kocheïsch, et sert à retenir toutes les eaux d’écoulement des bassins d’inondation de la Haute- Égypte. La nouvelle ville fut appelée Mannower, « la bonne place », que Plutarque traduit par « le port des hommes de bien » ; elle fut consacrée au dieu Phtnh, qui lui donna son nom sacré de Hâ-Jca-Phtah « demeure dePhtah », dont les Grecs ont fait Egypte.

Memphis fut florissante sous les cinq premières dynasties et au commencement de la sixième. Éclipsée par Thèbes pendant la période du Moyen- Empire, elle reparaît avec Ahmès et Thoutmès III sous la XVIIIe dynastie. Tour à tour prise et reprise par les Assyriens, les Éthiopiens, les Perses, sa décadence commence avec la fondation d’Alexandrie, quoique la vieille capitale fût toujours regardée comme la métropole religieuse de l’Égypte, et qu’à leur avènement au trône les rois lagides s’y fissent

couronner. Quelques années avant notre ère, Strabon représente Memphis comme une ville grande et bien peuplée, « la première après Alexandrie « . Diodore dit qu’elle s’étendait en longueur sur le Nil, et n’avait pas moins de cent cinquante stades (27 kil.) de tour. Les deux écrivains grecs racontent que les palais de Memphis étaient déserts, mais que ses temples étaient toujours ouverts au culte; les plus renommés étaient celui de Phtah, dont la fondation remontait à Ménès, et ceux d’Hathor, d’Apis et de Sérapis. A la fin du quatrième siècle de notre ère, Memphis dut se ressentir des effets de l’édit lancé par l'empereur Théodose, qui ordonnait d’abattre les temples païens. A l’époque de l’invasion arabe, la vieille métropole jouissait encore de quelque importance : son gouverneur Makoukas conclut un traité d’alliance avec les troupes musulmanes. Au dixième siècle, lors de la fondation du Caire, ses monuments furent renversés et transportés pièce par pièce pour servir à la construction des mosquées et des palais de la capitale falimite.

Abd-el-Latif, médecin de Baghdad, qui visita l’Egypte en 1190, raconte que les ruines de Memphis, malgré les efforts que différents peuples aient faits pour l’anéantir, offrent encore à ceux qui les contemplent une réunion de merveilles qui confond l’intelligence, et que l’homme le plus éloquent entreprendrait inutilement de décrire. « Plus on considère cette ville, dit le voyageur arabe, plus on

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sent augmenter l’admiration qu’elle inspire, et chaque nouveau coup d’œil que l’on donne à ses ruines est une nouvelle cause de ravissement... On voit des piédestaux établis sur des bases énormes. Les pierres provenant de la démolition des édihces remplissent toute la surface de ces ruines. On trouve en quelques endroits des pans de murailles encore debout; ailleurs, il ne reste plus que les fondements, ou bien des monceaux de décombres. J’y ai vu l’arc d une porte très haute, dont les deux murs latéraux ne sont formés chacun que d’une pierre; la voûte supérieure, qui était d’un seul bloc, était tombée au devant de la porte. Quant aux figures d’idoles que l’on trouve parmi ces ruines, soit que l’on considère leur nombre, soit qu’on ait égard à leur prodigieuse grandeur, c’est une chose au-dessus de toute description et dont on ne saurait donner une idée. Mais ce qui est encore plus digne d’exciter l’admiration, c’est l’exactitude de leurs formes, la justesse de leurs proportions, et leur ressemblance avec la nature. Nous en avons trouvé une qui, sans son piédestal, avait plus de trente coudées. Celte statue était d’une seule pierre de granit rouge ; elle était recouverte d’un vernis rouge, auquel son antiquité semblait ne faire qu’ajouter une nouvelle fraîcheur... J’ai vu deux lions placés en face l’un de l’autre à peu de distance; leur aspect inspirait la terreur; on avait su, malgré leur grandeur colossale et infiniment audessus de la nature, leur conserver toute la vérité

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des formes et des proportions; ils ont été brisés et couverts de terre... » Un siècle plus tard, Abou-1- Féda représente encore les ruines de Memphis comme occupant une grande étendue, mais disparaissant de jour en jour ; depuis cette époque, il n’en est plus fait mention. Sous l’administration turque, la profonde incurie des gouvernants laissa sûrement rompre les digues qui protégeaient autrefois la ville ; chaque année l’inondation nivela peu à peu le terrain et fit disparaître jusqu’aux derniers vestiges de l’antique cité de Mènes.

Aujourd’hui, quelques monticules de terre, quelques pans de briques retournant en poussière, quelques statues mutilées gisant à terre au milieu de morceaux informes de pierre, voilà tout ce qui reste de Memphis, « la plus ancienne capitale de l’Egypte et du monde peut-être ! Là où le bruit de la fourmilière humaine ne s’est pas arrêté pendant des milliers d’années, tandis que tout dormait ailleurs, règne aujourd’hui le silence d’un monde primitif. »

Le principal objet qui attire l’attention du voyageur est une statue colossale renversée sur le sol, au pied d’un monticule que l’on voit au sud-est du village de Mit-Rahîneh, représentant Ramsès II, comme le prouve une inscription qui l’accompagne : « Ramsès-Meïamoun , dieu-soleil, gardien de la vérité, approuvé du soleil. » C’est une belle figure, d’une expression fine, douce et majestueuse. La statue mesure 10 mètres 30 de hauteur; elle a été

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taillée dans un bloc de calcaire siliceux. Non loin de là, près d’un autre monticule appelé Tell-Menf, on voit encore les restes de l’immense enceinte de briques qui renfermait les édifices sacrés, et probablement aussi la demeure du taureau Apis, ce célèbre temple de Phtah élevé par Ménès, et à l’entrée duquel devait se dresser le colosse de Ramsès IL A peu de distance au nord est une autre statue colossale du même pharaon, en granit rose ; elle gît près d'un temple ruiné qui remonte au temps de Ramsès V, et qui a été découvert par M. Mariette. A quelques mètres au sud est une grande stèle de calcaire blanc couchée sur le dos; elle est du temps d’Apriès (Ouhabrà, XXVIe dynastie). L’espace déprimé que l’on remarque près du second colosse était le lac sacré du temple de Phtah.

MEMPHIS-SAQQ ARAH.

La partie centrale de la nécropole de Memphis est désignée sous le nom du village actuel de Saqqarah qui l’avoisine. Originairement, les monuments funéraires de Saqqarah formaient des rues, des carrefours, des places; aujourd’hui, la nécropole n’est plus qu’une ruine. Le sable a nivelé les murs et submergé les tombes. A ces causes de destruction sont

venues se joindre les fouilles rapaces qui y ont été faites pendant quinze cents ans par les fellahs des environs. La nécropole s’est comme affaissée sur elle-même. Les murs se sont ébréchés ; les puits ouverts ont été laissés béants; les os blanchis des momies qui en ont été extraites jonchent le sol, mêlés à des briques éparses et à des éclats de poteries brisées. Partout règne un affreux désordre, et ce champ de repos est devenu un champ de dévastation.

Bien que la nécropole de Saqqarah ait servi aux habitants de Memphis pendant toute la durée de la monarchie égyptienne, toutes les époques n’y sont pas également représentées. Les tombes anciennes y sont plus nombreuses, plus importantes que les autres, et à proprement parler, la nécropole de Saqqarah, comme celle de Giseh, appartient à l’Ancien-Empire.

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