LE SÉRAPÉUM
Histoire. - — La découverte du Sérapéum de Memphis a été faite en 1850 par M. Mariette. En parcourant le désert de Saqqarah , il aperçut la partie supérieure d’une tête de sphinx qui émergeait des sables ; il fit aussitôt déblayer la place, et mit à jour le morceau entier assis sur sa base. Le sphinx était semblable à ceux qu’il avait vus dans plusieurs jardins d’Alexandrie, et qu’on lui avait dit provenir de Saqqarah. Il comprit que tous ces sphinx devaient faire partie d’une de ces avenues monumentales que les Egyptiens avaient coutume de dresser sur le chemin des temples. Ce passage de Strabon lui revint alors à l’esprit : « On trouve à Memphis un temple « de Sérapis dans un endroit tellement sablonneux, « que les vents y entassent des amas de sable dans u lesquels nous vîmes des sphinx enterrés, les uns « à moitié, les autres jusqu’à la tête : d’où l’on peut « conjecturer que la roule vers ce temple ne serait « point sans danger si l’on était surpris par un coup « de vent. » M. Mariette se mît à l’œuvre avec une inexprimable ardeur. Les sphinx apparurent les uns après les autres et se montrèrent d’abord assez rapidement, car ils n’étaient encore enfouis que sous
quatre ou cinq mètres de sable. On voyait déjà l’avenue se dessiner au milieu d’une tranchée menacée à chaque instant d’être envahie par les sables. En deux mois (novembre et décembre 1850), cinq cents mètres avaient été parcourus, et cent trente-quatre sphinx avaient été mis à jour. L’avenue faisant un détour vers le sud compliqua les travaux, mais on n’en continua pas moins decreuser à ciel ouvert, au milieu de difficultés inouïes. La dureté des sables accumulés et tassés depuis des siècles était telle, que l’on pouvait donnera la tranchée des parois presque verticales sur lesquelles rampaient d’étroits sentiers en lacet, par où les fellahs sortaient lentement, emportant sur leur tête une confie pleine. Il arrivait souvent qu’à l’heure où le soleil séchait la rosée déposée par la nuit, de lourdes masses de sables se détachaient des bords de la tranchée haute de 20 à 25 métrés et quelquefois plus en certains endroits, et roulaient au fond du précipice, entraînant et blessant les travailleurs dans leur chute. Un jour il y en eut onze d’enfouis sous une de ces avalanches, et l’on eut grand’peine à les en tirer vivants. « On aura, dit M. Mariette, une idée des lenteurs que l’inexpérience des ouvriers, l’absence d’outils etla nature du sable opposaient à nos travaux, quand on saura que dans cette partie de la tranchée, nous n’avancions pas d’un mètre par semaine. » Après avoir déblayé cent quarante et un sphinx, on arriva à un hémicycle de statues grecques rangées sur un mur bas, représentant les philosophes et les écrivains
UUIMES DE MEMPHIS.
les plus fameux de la Grèce : Pindare, Lycurgue, Solon, Euripide, Protagoras, Platon, Eschyle, Homère, Aristote, tous avec leurs attributs. Entre l’hémicycle et les deux derniers sphinx de l’allée, une rue dallée ou dromos large de 14 mètres conduisait, sur la gauche, à un temple d’Apis construit par Nectanébo 378 ans avant notre ère (XXXe dynastie) ; à droite, elle aboutissait au premier pylône du Sérapéum. Cette partie du dromos, longue d’environ 100 mètres, était bordée de chaque côté par un mur bas et large, sur lequel étaient placées des statues colossales d’animaux fantastiques. A trente mètres environ de l’hémicycle, sur le côté droit du dromos, s’ouvraient deux chapelles contiguës, la première de style égyptien, la seconde du style grec le plus pur, avec péristyle de colonnes corinthiennes : celle-ci était vide, mais dans la chapelle égyptienne se dressait une statue d’Apis en pierre, portant le disque solaire entre ses cornes. Le 12 novembre 1851, l’entrée des vastes hypogées où étaient déposés les Apis après leur mort fut découverte. A cette époque, M. Mariette, qui était inquiété dans ses fouilles par le gouvernement et surveillé par des soldats turcs, faisait travailler la nuit en cachette. Ce fut vers deux heures du matin que lui apparut, sous la forme d’un trou béant, l’entrée de l’immense souterrain qui recélait les tombeaux d’Apis. Après une courte exploration au milieu d’une atmosphère viciée, il avait reconnu le désordre inouï d’une dévastation furieuse :
caveaux violés, stèles brisées, sarcophages ouverts !.. . Le Sérapéum fut ensuite refermé avec soin , pour n’ètre rouvert que trois mois plus tard, lorsque des mesures plus tolérantes facilitèrent les opérations.
Le déblayement du Sérapéum a produit sept mille monuments, parmi lesquels trois mille sont relatifs au culte des dieux. Ces richesses se trouvent en grande partie au musée du Louvre et au musée de Boulaq. Quatre tombes d’Apis furent seules trouvées intactes parmi les soixante-quatre reconnues dans les hypogées. « On comprendra, dit M. Mariette, quel travail ce fut que de se diriger au milieu d’un désordre tel qu’à première vue il paraissait impossible de s’y reconnaître jamais. Il a fallu recueillir avec un soin minutieux les indices que le temps avait respectés, s’inspirer de la vue des lieux, reconnaître les modes divers de constructions, interroger les inscriptions qui étaient encore en place, rapprocher de celles-ci les monuments de même style trouvés sur le sol, compter les chambres et les sarcophages, et de tout cela reconstituer la tombe comme elle avait existé au temps de sa splendeur. » La plus ancienne tombe d’Apis remonte au règne d’Amenhotep III de la XVIIIe dynastie (seizième siècle avant J.-C.).
Les sables ont déjà recouvert toutes les approches du Sérapéum et l’avenue des Sphinx. L’hypogée comprend deux vastes souterrains. Le premier a son entrée au sud et se compose d’une galerie sur laquelle s’ouvrent une vingtaine de chambres (de la XIXe à
RUINES DE ME MP H S S
la XXIIe dynastie), avec des sarcophages et environ douze cents stèles gravées. Le second , le seul que l’on visite aujourd’hui, a son entrée à l’est. On y pénètre par une porte basse au fond d’une tranchée. Presque à l’entrée, le couloir est en partie obstrué par un grand sarcophage de granit. A droite et à gauche des galeries, ' s’ouvrent des chambres voûtées (de la XXVIe à la XXXIVe dynastie) qui contiennent vingtquatre grands sarcophages monolithes en beau granit de Syène ; ils ont 3 à 4 mètres de hauteur, 4 mètres et demi à 5 mètres de longueur et 3 mètres de largeur; lesparois latérales ont une épaisseur de 0m,60. La longueur du souterrain est de 195 mètres.
D’autres tombeaux d’Apis existent dans le voisinage de ce double hypogée, du côté sud; ils sont antérieurs à Ramsès II, mais ne dépassent point le règne d’Amenhotep III. A cette époque, ils avaient chacun leur tombe isolée, qui se composait d’une chambre souterraine à laquelle on arrivait par un couloir incliné ouvert à l’est; au-dessus du sol était une chapelle ornée de stèles et de bas-reliefs.
La découverte du Sérapéum fit reconnaître avec certitude l’emplacement exact de Memphis, dont le nom et le souvenir même étaient tombés dans un oubli si profond, que les voyageurs des trois derniers siècles n’avaient pu en retrouver les traces.