LE C A I R E F. T SES E X V I R 0 K S
TOMBEAl) DE TI.
De tontes les tombes dont la nécropole de Saqqarali est couverte, la plus belle est celle d’un haut fonctionnaire nommé Ti, « l’un des familiers du roi, chef des portes du palais, chef des écritures royales, commandant des prophètes » . Il vivait à Memphis sous la VIe dynastie. Sa femme était Nefer-hotep, « palme ou délice d’amour pour son époux ». Le tombeau est précédé d’une cour carrée ornée de fines sculptures et entourée de douze piliers qui paraissent avoir supporté le toit d’un péristyle. Les chambres de la chapelle funéraire du tombeau de Ti , qui sont les plus complètes et les mieux conservées de toutes celles qu’on visite à Saqqarah, peuvent procurer au visiteur la meilleure occasion de se rendre compte de l’esprit dans lequel la décoration de ces chambres était conçue. On remarquera d’abord l’absence absolue de toute figure de divinité. Le sombre Rituel , tout peuplé de monstres que l’âme du mort doit combattre, n’a pas encore pénétré dans la chambre du tombeau accessible aux vivants. Ce que représentent les parois intérieures est une sorte de livre dont les chapitres divers sont répétés sur les murs des autres tombeaux, avec des variantes qui n’intéressent guère que les
RUINES DE MEMPHIS
noms, les titres du défunt, les noms des membres de sa famille, et ceux des gens de son service. Pour assurer le repos de son âme, pour être certain que pendant une longue suite de générations on viendra faire dans la chambre extérieure les cérémonies que le culte des morts ordonne, le défunt est censé avoir de son vivant même fait des fondations pieuses. Il a réservé certains de ses domaines à la production, à l’entretien, au renouvellement des dons de toute nature que la loi religieuse obligeait les survivants, en certains jours prescrits, à déposer dans la chambre extérieure du tombeau. En ces jours les parents se réunissaient dans cette chambre, sacrifiaient, mangeaient, buvaient dans la société du défunt. La vie commune était censée se continuer ainsi par une de ces fictions consolantes qui est passée dans les mœurs des habitants de l’Égypte moderne. Or, ce que les tableaux qui couvrent les parois du tombeau de Ti représentent, ce sont ces domaines eux-mêmes, ce sont les travaux divers qui s’y exécutent. Là on ensemence les champs, on fait la récolte, on mène les animaux au pâturage, on construit des barques; là des serviteurs se livrent à des joutes animées sur l’eau, ou bien le défunt lui-même pêche ou chasse dans les marais, tandis qu’autre part des femmes debout, tenant en laisse des veaux, des antilopes, des gazelles, et portant sur la tête de grandes corbeilles chargées de fleurs et de fruits, symbolisent chacune des terres que le défunt a désignées pour
la fourniture et 1 apport des dons funéraires par lesquels son âme doit être nourrie.
Telle est, dans son esprit général, la décoration des chambres qui composent la chapelle extérieure du tombeau de Ti, et cette décoration, plus ou moins développée, est celle que 1 on trouve reproduite sur les murailles des autres tombeaux de la plaine de Saqqarah.