HABITANTS DES VILLES
Les Egyptiens des villes ont conservé leur sang moins pur que les Fellahs, à cause de leurs nombreuses alliances avec des femmes de races différentes. Au Caire, par exemple, on rencontre parmi la bourgeoisie indigène, des gens depuis le teint brun foncé, jusqu’à la carnation européenne, en passant par toutes les nuances intermédiaires; depuis les traits des adorateurs d’Osiris, jusqu’au profil tranchant du Bédouin; depuis le corps élancé du Fellah, jusqu’à l’embonpoint du Turc. Dans les classes inférieures, les nombreux mariages des indigènes avec des négresses ont dérangé complètement la régularité des traits.
D’un naturel bon et sympathique, l’Egyptien attire à lui comme un aimant toutes les natures capables de
se laisser prendre par le cœur. Intelligent et doué d’une mémoire remarquable, il apprend avec une facilité étonnante. Susceptible d’enthousiasme et d'affection, il obéit à tous les bons mouvements, du moment où il a su vaincre sa défiance instinctive. A une grande promptitude de pensée, il joint une patience vraiment orientale, une lenteur calculée dans l’exécution, qui lui font préférer entre tous les travaux ceux qui exigent le plus d’application méticuleuse, comme la broderie, la marqueterie, la gravure sur cuivre, etc. En industrie, il est plein de confiance dans ses méthodes antiques, et il hausse volontiers les épaules à la vue de nos machines ou de nos métiers mécaniques, lui qui fait mouvoir avec une habileté incroyable, l’axe de son tour avec un archet, qui manœuvre ses outils avec les orteils, et qui fabrique des tissus de soie à broderies d’or sur des métiers d’une construction tout à fait primitive. Comme marchand, il se sent à l’aise dans son échoppe de cinq pieds carrés où sont accumulées les splendides étoffes de cachemire, à côté des brocarts de Syrie et des broderies de Constantinople, et c’est sans jeter le moindre regard d’envie, qu’il passe devant les brillants étalages de ses concurrents européens.
Naturellement poétique, mais poétique sans frein ni loi, enthousiaste pour tout ce qui est grand et beau, mais dépourvu de toute éducation esthétique, l’Arabe-Egyptien aime à rêver, à laisser planer son esprit dans les champs de l’espace, sans avoir toute-
fois assez de culture intellectuelle pour le diriger dans ses courses aventureuses. Le rêve devient donc souvent rêverie. Le Copte, sans être dépourvu d’imagination, est loin d’avoir la poésie de l’Arabe, mais il est rêveur comme lui. Renfermé en lui-même, mélancolique, morne même parfois, il semble que ses pensées, comme celles de ses pères, soient encore concentrées sur les nécropoles, les jugements des âmes ou les mystères sacerdotaux. Rien d’extraordinaire comme la similitude de ces deux caractères qui se rencontrent sur le terrain vague du rêve, l’un pour avoir laissé ses pensées voler trop haut, l’autre pour les avoir laissées s’abaisser trop constamment vers la tombe. De là, il résulte chez l’Arabe comme chez le Copte une mélancolie calme, une lenteur calculée de mouvements et d’allures qui est bien voisine de la dignité ; (le ià aussi, au fond, une grande douceur de caractère qui étonne chez les enfants de ces climats brûlants.