SUPERSTITIONS
La tolérance des religions chrétiennes et juives a généralement régné dans l’Orient et surtout en Egypte. Grâce à l’inviolabilité du domicile privé et de la vie retirée des Orientaux, rien n’est plus facile qu’une scission des races et des nationalités. Le Copte, le Juif, le Franc, l’Arabe, ont chacun leur quartier ; ils se coudoient, se méprisent peut-être, se haïssent au besoin, sans toutefois se nuire. S’ils ont des relations entre eux, c’est que leur intérêt l’exige ; mais ils vivent généralement en paix les uns à côté des autres. La haine et le fanatisme religieux, s’ils existent encore, sont donc, pour ainsi dire, à l’état latent, et il a presque toujours fallu une impulsion étrangère, une étincelle extérieure pour produire ces scènes regrettables de désordre ou de massacre qui ont parfois ensanglanté certaines villes de Syrie, et dont l’Egypte vient d’être récemment le théâtre.
Le musulman, chezlequel les réformes modernes
n’ont pas encore pénétré, s’en tient encore avec toute l’opiniâtreté de l’ignorance aux anciennes coutumes, et n’admet pas que les lois civiles établies par le Qoran il y a treize siècles puissent être susceptibles d’aucun changement. Nos codes sont le produit des besoins des différents pays qui se les appliquent ; les besoins venant à changer, amènent nécessairement la modification du code. Sous la loi de l’islam conservée dans toute sa pureté, rien de semblable ne se présente. Comme dans la législation de Moïse, le principe juridique du Qoran, si ce n’est son expression, est immuable. Révélée par Dieu à son Prophète, la loi est une et inamovible, quels que soient du reste les changements que les siècles amènent dans la civilisation ou l’économie sociale du peuple qu’elle régit; elle a conservé ce caractère jusqu’à l’ordonnance vice-royale du 5 Gamady-el-Aouel 1271 (1855), qui a introduit un code pénal en Égypte.
Sous le rapport scientifique, une interprétation erronée du Qoran a souvent donné lieu à des croyances les plus fantaisistes. Dans son langage imagé, le Prophète nous dit : « Dieu étendit la terre comme un tapis (XIII, 3 — LXXI, 18) ; il créa sept cieux et autant de terres (LXV, 12). » Sur ces données bien simples, la tradition et la poésie ont construit tout un système aussi fantastique que curieux. Voici sur cette question cosmographique, les idées reçues parmi le peuple ignorant, et qui ont été propagées surtout par Ebn-el-Cheneh et Ebn-el-Ouardy :