Salle de purification des pèlerins
Plan de la mosquée du sultan Hassan.
La mosquée du sultan Hassan le septième fils d'En-Nassir est la perle des mosquées du Caire, et certainement après la mosquée d'Omar à Jérusalem, le plus beau monument que l’art arabe nous ait laissé. Construite entre 1356 et 1362, n'ayant été jusqu'alors l’objet d'aucune réfection (ce qui est rare au Caire), elle se présente à nous dans tout le charme d’une vétusté où cependant ont sombré quelques lambeaux de son ancienne splendeur. En 1868, Auguste Salzmann avait fait un projet de conservation dont les chiffres parurent trop modestes au gouvernement d’Ismail,
Grand portail de la mosquée du sultan Hassan.
habitué à jongler avec les millions. On préféra alors laisser se consommer lentement la ruine de la mosquée d'Hassan, et consacrer des sommes
Cour intérieure de la mosquée du sultan Hassan.
folles à élever en face d'elle à la mémoire du scheik Riffaye une colossale mosquée sur les plans de l'architecte Hussein-Bey, qui voulut y faire revivre respectueusement les grands principes de l'architecture arabe
ancienne. Mais il n’était pas libre : Khalil-Agha, chef des eunuques de la vice-reine, qui était alors tout-puissant, contrariait sans cesse ses plans; si bien qu’un jour, le malheureux architecte eut un coup de sang. Le monument est demeuré inachevé; tandis que de l’autre côté du boulevard Mehemet-Ali, la vieille mosquée d'Hassan, encore droite et gigantesque sur ses puissantes assises mesure la honte à cet avortement.
C’est de ce côté qu’elle se présente sous son aspect le plus saisissant,
Intérieur de la mosquée du sultan Hassan.
avec l’énormité de ses murailles de 150 mètres de long, creusées de longues rainures verticales à huit rangs de fenêtres qui en augmentent encore les proportions, sa magnifique porte colossale dont la voûte en encorbellement est décorée de riches stalactites, sa coupole de 55 mètres de hauteur, et son immense minaret qui a 86 mètres, le plus élevé du Caire. Elle a ce même aspect de forteresse qu'a chez nous un autre lieu de prière, la cathédrale d'Albi. Et de fait, se dressant ainsi devant la citadelle, les révoltés plusieurs fois s’y enfermèrent et s’y fortifièrent. Ce fut là que, pour la dernière fois, le 21 octobre 1709, les Arabes révoltés, s'étaient réfugiés et y furent bombardés de nos projectiles.
Le portail est malheureusement privé de la splendide porte à deux vantaux de bronze dontle sultan El-Mouayyed le dépouilla pour en parer
Porte de bronze incrustée d'argent de la mosquée d'Hassan, remployée à la mosquée d'El-Mouayyed.
sa mosquée. Un corridor aboutit à la grande cour cruciforme dont les quatre liouâns sont formés d’arcs du plus pur style. Celui de l’est, le principal, surélevé d’un degré au-dessus de la cour est orné d’un beau revête-
ment de marbre couronné d’une frise de caractères Kouffiques ; le minbar est d’un beau travail, et une longue dikkah (tribune) de marbre est porté par trois pilastres et huit colonnettes. Du plafond pendent encore les longues chaînes auxquelles étaient accrochées 70 de ces grosses lampes
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Portique de la mosquée du sultan El-Mouayyed.
de verre émaillées, chefs-d’œuvre imcomparables, dont chacune vaut aujourd’hui une fortune, et que les amateurs s’arrachent à prix fantastiques. Au centre de la cour, chante le jet d’eau d'une fontaine aux ablutions recouvert d’un toit recourbé de forme tartare. À droite du minbar, une magnifique porte composée d’un assemblage d'étoiles de bronze niellées d’or et d'argent, d'une somptuosité assourdie
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par la patine du temps, donne accès dans le tombeau du Sultan. C’est une vaste salle carrée, surmontée de la haute coupole, revêtue jusqu’à 8 mètres
Portail de la mosquée du sultan El-Mouayyed.
du sol d’un lambris de marbre, et plus haut d’une énorme frise de bois de caractères massifs qui donnent la date de l'achèvement de la primitive coupole (1362) deux ans après la mort du Sultan. Rongés par le temps,
troués par les vers, ayant perdu presque toute peinture ou dorure qui les ornaient, ils sont encore beaux dans leur délabrementet leur lutte contre le temps. Au centre, le tombeau d'Hassan, très simple, de forme oblongue, est protégé par une balustrade de bois.
Cour intérieure de la medresseh de Kait-Baï, in/ra muros.
Avecles Sultans Mammlouks Circassiens finissent, à vrai dire, les belles mosquées du Caire; ils furent en général, eux aussi, amoureux des belles choses, et désireux de laisser des témoignages monumentaux de leur puissance. Chacun a construit sa mosquée et son tombeau, presque toujours accompagnés d’un sebil (fontaine publique) et d'une medressa
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(école). Elles sont plus petites de dimension, ingénieuses de combinaisons, harmonieuses de proportions, et souvent ornées à l'extérieur, ce qui est une grande nouveauté.
Intérieur de la medresseh de Kaït-Baï, intra muros,
Barkouk a la sienne contiguë à celle d’'En-Nassir : sa grande portede bronze composée de petits polygones de bronze incrustés d'argent, est une merveille qu’on ne se lasse jamais d'admirer.
El-Mouayyed, protecteur des sciences, a construit la sienne en 1415; récemment restaurée, peut-être avec excès, elle est à juste titre une des plus célèbres du Caire. Elle possède la splendide porte enlevée à la mos-
quée d'Hassan, dont les énormes panneaux en bois de tilleul sont plaqués de rosaces polygonales de bronze étonnamment repoussées et refouillées. Elle a son superbe minbar, et son tombeau en marbre blanc décoré d’une inscription kouffique en fort relief.
CHALAE|
Intérieur de la medresseh de Kait-Baï.
Barsbaï et Kaït-Baï ont aussi les leurs, charmants petits monuments d’une élégance extrême.
Le sultan El-Achraf Qansou-el-Ghoûri a laissé enfin au commencement du xvi° siècle les derniers édifices de sa dynastie, qui forment au Caire un des groupes de monuments les plus charmants et les plus pittoresques. C’esten un carrefour de la rue El-Ghouri, une des plus vivantes du Caire, Un incessant mouvement y règne, une confusion de bêtes et de gens, des boutiques de quatre planches, recouvertes d'une toile, s’ac-
crochent à la base même de l'édifice, et en font un organisme vivant; des passages voûtés l'entourent, sur lesquels on plonge des fenêtres même de la cour intérieure. Sur les marches de ses escaliers dorment ou paressent des loques vivantes. C’est, d’un côté, la mosquée, toute petite, mais si gracieuse, d'un goût pur, d’une ornementation raffinée. Plutôt adorable demeure, qu'édifice religieux. Quel rêve réalisé serait d'y pouvoir vivre
Intérieur de la medresseh du sultan El-Ghoûri.
étendu sur des tapis ou des nattes, dans le silence et la fraîcheur, dans la pénombre des liouâns abrités, avec le carré de ciel que le sahn découpe dans l’espace, seule échappée sur le monde extérieur. Puis de l’autre côté de la rue le tombeau du Sultan qui ne reçut jamais son corps, car dans une bataille contre Selim, tombé de cheval, il mourut piétiné par le galop de sa propre cavalerie, et à l’angle de la rue, le sebil avec sa fontaine de mosaïque de marbre.
Ce fut alors bien fini. Les Turcs, vainqueurs, s'étaient emparés de la
riche Égypte : le Caire n’est plus qu’un chef-lieu de province de l'Empire ; l’essor des arts est arrêté. Sans doute, il y aura encore de jolis monuments, telle cette mosquée du cheik Bordeini, mais d'aspect trop riche, d’ornementation trop chargée, où la nacre et l’or papillotent avec excès. Et
Mirhab et minbar de la mosquée du cheik Achmed el-Bordeini.
cela finit par la mosquée de Mehemet-Ali, à la citadelle, monument de parvenu, où s’exagère le mauvais goût turc. Les stèles sy bariolent de couleurs terribles, les glaces y apparaissent et les lustres en cristal de Venise. C’est à l’art arabe, ce qu'est en Italie le style jésuite à l’architecture de la Renaissance.
La Plaine des Tombeaux des Khalifes.