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Plan du Caire sous les Fatimites (969-1171).
ter. Il ne semble pas qu’un plan préalable ait présidé au tracé des rues. Les maisons se sont construites au hasard, et l’espace demeuré libre entre elles a constitué la 77e. On ne saurait donc s'étonner du fouillis inextricable de ces ruelles, de leurs zigzags, de leurs détours. Souvent
LE CAILRE
Une rue à moucharabiehs au Caire.
on s'engage dans l’une d'elles, et l’on aboutit bientôt au culde-sac d’une impasse qui vous oblige à rebrousser chemin, à moins qu’une arcade ouverte sous la dernière maison ne permette de passer pour arriver à une rue nouvelle. Il y a de ces rues si étroites que les moucharabiehs alternant d'une maison à une autre les couvrent presque totalement.
C’en est un des plus curieux ornements, ces grilles de bois tournées et ajourées qui surplombent, et font office de fenêtres, grands balcons fermés qui permettent de voir sans être vu.
Le contraste est frappant d’une rue à une autre: celleci est étonnamment animée, pleine d’un brouhaha continu que percent les voix glapissantes des crieurs ; les bêtes y soulèvent une poussière dont les atomes dansent dans des rais de lumière. Faites dix pas dans une rue adijacente, c’est le silence et la solitude ; il semblerait qu’on parcourt une ville morte, déserte et abandonnée. Les maisons, sans ouverture sur la rue, présentent des murs d’une cécité farouche. Et parfois, l’impression d'abandon se confirme par les ruines que l’incurie musulmane se. pré-
occupe peu de faire disparaître. On dirait souvent d’un cataclysme qui aurait ruiné un quartier entier : ce sont des constructions éventrées, écroulées, dont les matériaux gisent épars sur le sol; ou bien des maisons laissent apparaître des assises douteuses, des brèches permettent d'apercevoir des toitures disloquées, des planchers lézardés prêts à s'effondrer
Cour et façade de palais dans le quartier Tabbanah au Caire.
à la moindre secousse. Et tout cela est bâti avec de si pitoyables matériaux, des briques de terre séchées au soleil, qu'il semble qu’à la première pluie torrentielle, tout cela va fondre, se liquéfier, et retourner se mêler au sol d’où on les tira.
C’est dans ces quartiers ruinés, que le curieux peut avoir la chance de découvrir quelque vestige d’une vieille et riche demeure. Tel apparaissait tout récemment encore, privé de l’avant-corps de bâtiment qui bordait la rue, l’ancien palais d'un gouverneur turc de la citadelle au XVIII* siècle. Sur la cour transformée en chantier, s'ouvraient au-dessus
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d'un escalier de quinze marches, trois larges arcades précédant une somptueuse salle de réception qui avait conservé son plafond peint et doré. D'autres appartements s’ouvrant au rez-de-chaussée sur une cour voisine, présentaient une égale splendeur. Et les démolisseurs y poursuivaient une œuvre de destruction qui aura bientôt effacé du Caire tout
Palais de Gamal ed-Din ez Zahabi (xvrni° siècle.)
souvenir de son ancienne architecture civile, d’un si grand charme et d’une si fine élégance.
L'administration des Wakfs a du moins sauvé un de ces palais, Beït Gamal ed-Din ; il fut restauré par M. Herz Bey avec un goût parfait et une grande discrétion. On l'appelle aussi au Caire « la Maison des Artistes » parce que c’est un des plus parfaits modèles que les architectes ou les peintres y puissent étudier. Cette charmante construction est datée de 1044 de l'hégire (1666 de Jésus-Christ). La disposition de la
maison arabe ayant peu varié aux différentes époques, décrire celle-ci, c’est se dispenser d’y revenir à propos d’autres.
La porte d'entrée, s’ouvrant toujours en dedans, laisse pénétrer en un couloir coudé venant aboutir à la cour autour de laquelle sont groupés les appartements. Au rez-de-chaussée sont les communs, généralement voûtés, où logent les domestiques et les bêtes de somme. De la cour, un petit escalier monte au premier étage et permet d'accéder aux
Intérieur du palais de Gamal ed-Din ez Zahabi.
salons de réception : l’un, le MAQ'’AD, sorte de grande loggia, prend jour sur la cour par trois grandes arcades. Il communique avec le QA’A ou salon principal, dont le sol de mosaïques de marbre offre des différences de niveau d’une ou de deux marches. Des niches profondes garnies de larges divans y font des coins d'intimité. De place en place, les murs sont creusés d’armoires aux vantaux de cèdre et d'ivoire ; les plafonds sont ornés de caissons polychromes, et souvent à l'une des extrémités, une galerie élevée ou une loge à balcon permettait aux femmes d’assister aux fêtes qui s’y donnaient.
Ce petit palais est exquis, et serait le plus merveilleux cadre qu'on puisse donner à un musée de l'Art arabe. On a construit au Caire un
édifice énorme qui a coùté des millions. Les merveilleux objets qui avaient trouvé dans la mosquée Hakem un refuge provisoire s’y trouvent perdus et dépaysés. Disposés avec goût dans le petit palais Gamal ed- Din, ils auraient contribué à reconstituer dans ce milieu d'art raffiné un ensemble unique.
Il y a dans le Caire bien d'autres palais ou maisons arabes offrant un
Salle dans le Palais Muftaferchane.
vif intérêt artistique, mais il n'en est pas de plus parfait. À l’époque d'Ismaïl, quand l'Égypte hypnotisée par les civilisations d'Europe, voulut elle aussi, entrer dans le mouvement et devenir une capitale brillante, le Khédive concéda à quelques Européens de marque, résidant au Caire, des terrains à la seule condition qu'ils y construiraient, et que là serait l’'amorce des grands quartiers européens. Quelques amateurs passionnés des belles œuvres d'art arabe qui foisonnaient alors au Caire, firent construire des maisons de pur style, dans lesquelles la plupart des matériaux, en dehors des gros murs, provenaient des mosquées ou des vieilles maisons que les transformations du Vieux Caire
n'avaient pas épargnées. M. de Saint-Maurice, grand écuyer des écuries khédiviales, avait fait construire la belle demeure qui est devenue depuis la légation de France, et où se voit le plus bel ensemble de mosaïques de marbre que l'Art arabe ait produites au Caire. Un peu plus loin, l'agence d'Italie a pris possession de la charmante maison qu'avait eue un banquier, M. Delort de Gléon, tandis que l'agence de Belgique reprenait à M. Ambroise Baudry, l'architecte, la maison qu'il avait fait édifier lui-même, et où pendant tant d'années, il avait su réunir les plus beaux bois que la démolition de trois vieilles mosquées avait fait tomber entre ses mains.
Engageons-nous à tout hasard dans une des nombreuses rues dont toute la ville arabe est percée. Si la rue est commerçante, de chaque côté, d’étroites boutiques, surélevées du sol d'un demi-mètre, se succèdent avec l'infinie variété des marchandises qu’elles offrent. Le vendeur accroupi au milieu d'elles, perdu dans le rêve, interposant entre sa personne et le monde extérieur les volutes de fumée de sa cigarette, attend le client plutôt qu'il ne le sollicite.
Le marchand de cotonnades semble s’approvisionner exclusivement en Europe, et tout particulièrement en Allemagne et en Autriche.
Les éventaires des marchands de fruits éclatent en notes puissamment colorées ; ils offrent la gamme complète des tons les plus riches et les plus violents.
Les artisans travaillent de leurs mains sous les yeux mêmes des passants ; et, s'ils le font sans hâte, ils ne le font pas du moins sans constance : des tailleurs cousent sans relâche ; les forgerons souvent par couples, frappent sur leurs enclumes ; les graveurs burinent de grands plateaux de cuivre selon le tracé d’un dessin fait à l’avance ; les chaudronniers façonnent leurs pièces sur une matrice de bois dur.
Les tourneurs sont d’une inconcevable habileté : assis par terre, et faisant tourner leur pièce de bois sur deux pivots qui la maintiennent horizontale, ils la présentent au ciseau qu'ils manient du pied. Ce pied est extraordinaire ; l'exercice et l'habitude lui ont donné une souplesse et une dextérité prodigieuses. Il travaille avec une virtuosité que sauraient atteindre seuls chez nous les manchots.
Mais brutalement une odeur de cuisine empuantit la rue ; c'est la boutique d’un restaurateur. Aucun matériel de consommation : il cuisine sur des grils, sur des réchauds où le charbon rougeoit. Il cuit des rognons,
des petits poissons, des hachis de viande, des sortes de beignets. Dans de grandes marmites nagent des choses hétéroclites dans un bouillon fortement dilué. Chacun vient ici prendre ce qui lui plaît et l'emporte. Les pâtissiers semblent obtenir un certain succès avec leurs pains de dattes nougatés, leurs masses pâteuses de guimauve colorées qu'ils étirent, leurs confiseries.