‹ Le Caire, le Nil et MemphisChapitre 13 sur 29 · TOMBEAUX DES KHALIFES ET DES JNIAMMLOUKS · texte numérisé non relu

TOMBEAUX DES KHALIFES ET DES JNIAMMLOUKS

leurs regards indifférents, mais béats, un spectacle toujours changeant selon les saisons et les jeux de la lumière, les matins délicats souvent embués d'une fine brume, les midis implacables où le soleil des hauteurs du ciel bleu brûlait la terre fauve, la mince ligne lointaine du Nil baignant ses bois de palmiers verts, et les admirables nuits où la lune, en nappes d'argent, noyait de mystère le paysage. La vie monacale offrait ainsi sans doute un charme puissant que n'ont pas les couvents murés de notre Europe. La méditation et la prière y trouvaient aussi un réconfort que la contemplation de la nature et l'ivresse des grands espaces apportaient aux âmes avides de calme et d'oubli. La prière, semble-t-il, doit s'épancher ici jilus librement de l'àme, la nature lui présentant sans cesse des sources ineffables de poésie.

31ais aujourd'hui les moines sont bien de leur époque; ils ne sont plus solitaires, ils reçoivent des visiteurs, et leur ordre se fait volontiers mendiant. Un escalier de ]3ierre monte du pied de la montagne à la jjorte du cou\ent. Dans une petite cour rafraîchie d'un jet d'eau, un moine vous accueille vêtu d'un pantalon bouffant, d'une tunique grise, coiffé d'un haut bonnet de drap blanc. .Sa barbe croît très longue. Une gazelle apprivoisée, avec de gracieux et \ifs mouvements, vague dans la cour avec d'inquiets effarouchements. Une galerie profonde est creusée dans la montagne, où Bectasch repose dans un petit sanctuaire éclairé de quelques cierges. Le sol de cette caverne, creusée dans le sable durci, est recouvert de nattes et de tapis. Aux parois sont accrochées des panoplies de lances et de haches, et des tableaux ridicules.

On revient avec joie aux quelques mètres carrés dont ces hommes ont su faire un coin si verdoyant dans cette solitude aride. Dans de petits jardins ils ont planté des légumes et des fleurs, à l'ombre des orangers et des cassies. Et de là, la vue est si belle, que l'œil ne se rassasie pas de la contempler.

Vue du Caire. Minaret de l.i medresseii icruli-umisch.

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