ART LE
Etiologie
D'après ce que nous venons de voir et en partieulier par ce fait que le trauma intervient à notre
sens, pour une grande part à la réaction du périoste
calcanéen, que la gonococcie est elle-même une maladie fréquente, l'existence du pied épineux trouve ici les raisons suffisantes de sa relative fréquence. Si nous consultons les chiffres donnés par Reclus et Schwartz et Labernadie dans leurs recherches soit sur des radios, soit sur des squelettes, nous devons conclure que dans dix pour cent des cas pris au hasard, il y a sinon épine, du moins déformation. marquée de la tubérosité. Or, ces chiffres nous semblent légèrement trop élevés. En consultant en effet les radios du docteur Dujarier dans son service à l'hôpital Boucicaut, nous n’avons pas trouvé une seule fois une exostose nette. Pourtant, en admettant cette proportion de dix pour cent, des auteurs précédents, il ne nous semble pas impossible que parmi ces chiffres, huit ou neuf pour cent des malades intéressés ont été atteints de gonococcie et nous n'avons plus à faire, dans ces cas, à une tubérosité anormalement développée mais à une épine vrai-
Lr Op
ment gonococcique. Mais soit que la gonococcie ait été soignée à temps, que la virulence du microbe se soit épuisée, l’exostose s’est arrêlée dans son déve- Joppement, elle est restée à un stade embryonnaire, elle ne s’est manifestée par aucun signe clinique ; en effet, ayant examiné à nouveau un certain nombre de squelettes vus par Reclus et Schwartz, nous avons remarqué que l’épine est toujours peu marquée, elle est petite, conique, arrondie, ou très largement aplatie et courte ; ainsi, elle ne pénètre pas les tissus, elle est bien tolérée par le malade. Aussi nous ne conclurons pas, comme ces auteurs, en disant que cette exostose n’est que l’exagération de la tubérosité normale qui se serait développée au maximum par suite de la forte musculature du sujet. Nous objecterons qu'il a fallu une cause favorisante à ce développement anormal et nous accuserons la gonococcie. En effet, le cartilage de conjugaison épiphysaire n’entre que rarement dans Ja formation tubérositaire ; or, le tissu osseux normal la constituant, ne se laisserait pas ainsi distendre sans raison Jusqu'à un âge avancé, même après son ossification. 11 faut alors admettre que ce développement anormal se fait pendant la jeunesse ; or, chez les enfants nous n'avons pas pu noter de pied épineux. Et encore, pourquoi cette particularité à . Ta seule apophyse calcanéenne, si ce fait était normal, d’autres muscles tirent au moins aussi énergiquement sur leur point d'attache, le grand adducteur par exemple, on devrait donc noter une défor-
RATE ation là aussi ; sur les radios ou les squelettes, nous ne l'avons pas remarqué.
Ce que nous devons retenir, c’est que lors d’un processus pathologique, se localisant au calcanéum et nous avons vu précédemment la raison de cette préférence, les muscles vont être une cause d’épine, mais non point tant par la force de leur traction que par la permanence de cette traction.
C’est ainsi que dans Les professions les plus atteintes d'exostose et rapportées par Labernadie, ce ne sont pas celles qui demandent un développement physique particulier, puisque nous notons
Des employés de commerce,
Des garçons de café,
Des cantonniers,
Des typographes,
Des garçons d'hôtel, etc., mais celles qui exigent la station debout ou la marche constante. Que ce soit donc pour une raison autre, il ne nous faut pas moins garder la liste donnée par cet auteur correspondant bien à nos observations.
L'influence du sexe s’en déduit du même coup ; les hommes à travail plus pénible seront plus fréquemment atteints que les femmes.
L'influence de l’âge est en rapport évident avec l’activité génitale de l'individu, c’est-à-dire entre
vingt et trente ans.
Symptomatologie =
L’affection apparaît, le plus souvent, chez un malade blennorragique depuis plusieurs mois, quelquefois depuis plusieurs années. S'il s’est soigné, il s’est souvent réinfecté à plusieurs reprises ; s’il ne s’est pas soigné, il est porteur d'une blennorragie chronique. Souvent il a présenté de nombreuses complications gonococciques. |
Dans la plupart de nos observations, en effet, nous voyons qu'il s’agit de malades ayant présenté du rhumatisme gonococcique polyarüculaire, chez qui la périostite n’est apparue que tardivement, soit à l'occasion d’une réinfection, soit lors d’une recrudescence du rhumatisme blennorragique ; dans d’autres cas, l'infection gonococcique avait été grave, anais semblait éteinte au moment de la localisation ostéopériostée.
DégBur. 1° mode. — Lorsque cette réaction périosiée coexisle avec une phase aiguë, de l'infection gonococcique, son début est le plus souvent brusque, bruyant et d'emblée la douleur attire l'attention du malade et l’amène à consulter. Dans ce cas, la coexistence extrêmement fréquente d’autres locali-
H'oqe
sations à l’une ou à plusieurs bourses séreuses du pied, attirera surtout l'attention. Malheureusement, souvent à cette période il n’y aura pas d’épine osseuse constituée, et le diagnostique clinique et radiographique sera impossible, l’épine se forme, l'éveil est donné et ce n’est qu'après plusieurs semaines d'évolution qu'une radio montrera l'existence de l’exostose sous-calcanéenne.
>° mode de début. — Dans d’autres cas, au contraire, la lésion se constitue d’une manière plus obscure, plus lente ; il s’agit d’un sujet ayant eu plusieurs mois ou années auparavant un écoulement sérieux, n'ayant pas donné de complication articulaire aiguë, mais ayant déclanché chez ce sujet, l’apparition de toute une série de douleurs torpides au niveau des jointures, douleurs ayant évolué par poussées, sans avoir nettement incommodé le malade. Ces douleurs vagues, en tout comparables à
celles du rhumatisme chronique, sont souvent pro-
voquées, comme lui, par une atmosphère humide et par la saison froide. Au cours de l’une de ces poussées rhumatoïdes, le malade a ressenti des douleurs sourdes au niveau du talon, puis après plusieurs mois d’accalmie ces douleurs sont devenues beau* coup plus nettes et il les localise bientôt à la face plantaire du calcanéum.
Vu à cette Dériodé A LOT ce malade présente un calcanéum augmenté de volume, selon ses
- faces, calcanéum parfois énorme, doublé, triplé
Pipes
même de volume, insensible au repos mais sur lequel la pression provoque une douleur sourde cOrrespondant sans doute à un stade de réaction globale de toute la partie postérieure de cet os. Bientôt cette algie prend un caractère tout à fait particulier, le malade ressentait tout d’abord une douleur vague à chaque pas ; cette douleur se transforme, devient de plus en plus aiguë. Autrefois, le malade s’'apuyant sur son talon, ressentait à chaque pas un coup sourd, maintenant cet appui devient impossible, la douleur se précise et le sujet a, à chaque pas, l'impression de s’enfoncer une «épine »,des «aiguilles », dit-il, dans le talon, d’avoir enfin un gravier dans sa chaussure. Dans une de nos observations le malade souffrait dès son lever, mais petit à petit, à. enfonçait son épine et n’était plus incommodé pendant un laps de temps assez long : il disait lui-même être obligé de se « dérouiller ». Chez ce même malade la sensation d’épine était si caractéristique qu'il était venu consulter parce qu'il croyait s'être enfoncé une écharde dans le pied (obs. x).
Notons enfin qu’un long repôs peut, dans la suite, permettre au malade la marche pendant quelques jours ; pourtant cette accalmie est fugace et bientôt ‘de nouveau le malade doit rester étendu, toute pression sur le talon cest redevenue intolérable, tel le cas du malade de Reclus et Schwartz obligé de vi- vre sur sa bicyclette. |
Mais que la phase du début ait été aiguë ou torpide, l’épine calcanéenne s’est alors constituée et nous