INTRODUCTION. XXXIX
« jet le plus isnportaat^ jamais à la loi de la «-catholicité.»
Les confréries survécurent à cette crise violente; les deux autorités en modifièrent lestbases pour éviter le retour des excès précédents, -et elles eurent encore de beaux jours, à preuve le Calendrier des Confréries qui est en qiaelqiie sorte le livre d'or des coirporations, car on ne peut guère séparer T'un de l'autre les deux éléments spirituel et matériel, le corps et Tâme.
Nous nous arrêterons à cette époque de leur histoire. Cet ouvrage nous a paru avoir un mérite d'à-propos. Depuis quelque temps^ on recherche et on lit avec intérêt tout ce qui a trait à cette partie ci intéressante de la vie de nos pères.
Aujourd'hui , confréries et corporations ont disparu ; la Révolution a consommé ce qu'avait comni^icé Fécole économiste. En svippi:Hnant les jurandes^ au lieu de réformer les abus dont on se plaignait^ Turgot a'&-t*il pas &it comme le sauvage qui abat l'arbre dont il veut avoir les fruits? A la tyrannie des corps de métiers a succédé la liberté illimitée : ainsi, lois outrées^ sous le r^ime des corporations^ licence, sous celui
de k concyrreoce.; voilà les deux t r aits c aractéristîques: Si le premier régime étak trop restrictif» le second manque d'un con- ^e-^poids^ d'un frein qui eh effet. assure le producteur contre la concurrence déiojale^ le public sur la qualité des marchandises, le marchand sttr le placement de ses {»H;3idaite;^
Il manque un frein salutaire, le contrepoids ^1 élément religieux; la conscience, la garantie pour tous; mais^ de nos jours, peuples et individus, goavemements et administrés en reconnaissent la nécessité chez les autres^ pas pour eux. Sommes-nous en progrès?
Faut- il revenir à l'ancien système, ou persévérer dans le nouveau , que l'on reconnaît également n'être pas parfait?
Adhuc sub jùdice lis est.
Primitivement, le mot confrérie étdit synonyme de réunion, association, assemblée; de nos jours on dirait société.
C'est ce qui explique qu'on rencontre dans la suite des temps un si' grand nombre de confréries de dévotion ; badines, facétieu* ses, apocryphes ; sérieuses, patriotiques ; a scientifiques et littéraires, -auxquelles l'élé^-
INTROÛCCTION. xU
ment leUgieû :sérvait de lien ou de prétextB. ;
: Il -^ Patmi les premières, on peut citer comcoeexemple ;
l^cù^firérU des Damoiseaux, à Valencien-
jxes- ^ . -r- , . de s^nte Dorothée , patronné
des amateurs de fleurs.
— âectarale de Bavière de saint
Michel archange^ pour les agonisants ( dix - huitième siècle).
^ . — . des Montuzets, à Bordeaux
(quinzième siècle).
— à» Tordre .de la Tête de mort
(dix-septième siècle) en Allemagne.
, -7" . de Charité, noinbreuse et en- : . core existante, en. Normanr
die; à Vernon, on la dési- .goait SOUS/ le nom de Portei: morts {%
(i; Une cérémonie singulière, qu'elle célébrait chaque année -te jour ide- la Fêtt-Dîeu, est Tobjet d'une lettre insérée
Xlij INTRODUCTION.
— une d'entre elles, ditie des
Prisonniers^ avait pour patron saint Jean décollé.
— des Pénitents^ distingués par
des habillements de formes et de couleurs différentes, ayant des statuts, des règles, des églises et des cimetières particuliers. Ils furent en vigueur dans le midi delà France; ils existent encore en Espagne et en Italie.
Il y avait des pénitents blancs, bleus, noirs, rouges^ gris, verts, violets, etc.
Ils rendaient de grands services en temps d'épidémie, de famine, assistaient les suppliciés, etc.
La confrérie des Pénitents de Paris, instituée par Henri UI, n'eut qu'une durée éphémère.
2. — Des associations badines, bachiques et autres prirent aussi le titre de confréries ; plusieurs n'eurent d'existence que dans l'imagination de leurs auteurs. Les plus connues sont les confréries des Fous ou Innocents, très-nombreuses au moyen âge; la Mère Folle de Dijon* est la plus célèbre.
INTRODUCTION. xUij
La confrérie des Varlets ou des simples en
est'One ramification.
— ' de r Araignfe^ au Mans ; elle fut
instituée au treizième siècle.
— des Slasez (amis des liqueurs
fortes)*
— des Bouteilles (dix -septième
= siècle).
. -^ de la Corne à boire (seizième siècle).
— des Coquelucbers ou des Fous
(seizième siècle).
— des Dévotes du temps et à la
mode ( Archiconfrérie satirique).
— de la Fontange (dix- huitième
siècle).
- — des Friponnîers.
— du Loup vert de Jumiéges.
— des Monosyllabes.
-r- de saint Lâche, patron des paressejux ou des saoulx d'ouvrer et enragez de rien faire.
— (un peu trop rabelaisienne) des
Baise-c«.^ .
. -r- des mal Mariés à Toulouse (quinaûème siècle), .
Xliv INTRODUCTION.
On pourrait en étendre là liste. En faisant ces citations, nous n'avons d'autre but que d'attirer Tattentîon sur ce fait qnp réspriî d'association, à cette épO(Jue(du treizième au seizième siècle), s'étendait jtisqu'aux amusements.
3. — Des assemblées plus sérieuses" dai\s leur objet et le but qu'elles se proposaient se distinguaient des précédentes; on peut les appeler patriotiques : ce sont les cofifréries de VArc et de ï Arque buse , en vigueur au moyen âge dans les villes du nord de la France, sous le patronage de saint Sébastien ou de saint Georges, associations communales, noyau de Tinfanterie française, qui sauvèrent la monarchie à Bouvinesj émules de la chevalerie, mais aussi indisciplinées qu*elle devant l'ennemi; leur importance ne se fit sentir qu'après que Louis XI eut groupé sous des bannières les corps de métiers. .
L'origine des compagnies d'arc, arbalète et arquebuse de la ville de Paris remonte à des temps très-anciens. Saint Louis aurait institué la première en 1 245, ou mieux l'aurait réorganisée. « Les chevaliers de Varc étoient établis en l'honneur de sire Diex et
INTRODUCTION, xlv
à, la louat^ge de la Jjenoltç Vierge M^rie, de Jon^e^aeur saînct Sébastien et de toute la çétesïe cour et compagnie du Paradis.
Amen. » Telle est 1^ teneur du texte ancien de ses titres (*). .
L'esprit de (iorps apparaît aussi' vivace dans la corporation des Clercs de la Basoche, dont l'institution est aussi ancienne^ue celle du Parlement ( 1 3 o 3) .
À Douai existait une société analogue, celle des Qercs parisiens (quatorzième siècle).
4. — La tradition de la science et de l'esprit du moyen âge \ qui se retrouve dans la confrérie des Frères-Pontifes, n'a pas moins rendu de. services, à la civilisation en facilitant; les communications que celles des maçiphs, maistre^ des oeuvres y qui rassemblaient les populations et dirigeaient les constructions des cathédrales, aussi bien que celles des Kumbles églises de village.
. t^a confrérie bu société des Conards ou Cornards, autrement dite des Jans,. au qua-
(0. Almanach des Compagnies d'arc, €tc. Paris, du Champ'di-hiart &. cbek^ l'adtetir (Pellefier), rue et hôtel <fe J'Ourçiiw, 1,789, in-i? da 137. pages»
Xlvi INTRODUCTION.
torzième siècle , était satii'ique pour le fonds , mais littéraire dans la forme ; sa devise eût pu être celle d'Arlequin :
Castigat ridendo mores.
A une époque où le peuple n'était pas toujours délicat dans le choix des sujets pourvu qu'on l'amusât , elle jouit d'une grande vo»
gue. Par ce côté , cette confrérie rentre dans la classe des confréries que Ton peut appeler littéraires.
Mais^ si Ton ne considère que les sujets traités, les réunions vraiment dignes de ce nom étaient :
Les confréries du puy d'Amiens, de la
même époqiie' (qUator-
ziènie siècle); — du puy de la Conception
de Caen ; *— du puy de l'Assomption.
Notre-Dame de Rouen, et toutes les autres de ce genre, en Normandie, en Picardie, en Artois, en Hainaut, dont les centres principaux étaient établis à Amiens, Arras, Douai^ Rouen, Valenciennesj etc.
INTRODUCTION . xlvi j
Ces institutions académiques ne furent pa3 sans influence sur le développement de Tesprit littéraire en France.
Il nous reste à citer une dernière confrérie, la plusiUustre de toutes les associations littéraires, celle de la Passion (i438), qui, après s^étré essayée à représenter les Mystères^ devint plus tard le berceau de la scène française.
Nous n'avons pas à nous en occuper:
Corneille, Molière, Racine, étaient encore ignorés au moment où s'imprimait le Calendrier des Confréries de Paris (1621),
IV. Confréries parisiennes. — Les statuts des corporations d*arts et métiers de la ville de Paris ont souvent été reproduits depuis les règlements d'Etienne Boileau en 1328, jusqu^au traité de police de La Marre, et depuis cet auteur, dans le Guide des Marchands, qui les a imprimés dans plusieurs éditions de cet ouvrage. Les statuts des confréries sont presque inconnus.
M. Le Roux de Lincy avait eu l'idée de
les reproduire tous successivement sous le
titre de Recherches sur les anciennes Con-
/réries de la ville de Paris^ il s'est borné
Xlviij INTRODUCTION.
à la plus ancienne et à la -principale, la grande confrérie Notre-Dame aux Prêtres et Bourgeois de la ville de Paris*
Avant la révolution de 1789, il existait depuis plusieurs siècles dans les églises de Paris des associations nombreuses connues sous le nom de confréries. Elles étaient toutes, placées sous la puissante intervention de Dieu, de Jésus<Christ, de. la Vierge^ ou de quelque saint. L'esprit de .charité évangélique que le christianisme avait ré* pandu dans toutes les classes de la société^ au moyen âge^ donnait à ces associations un caractère moral et sacré, de même que Popganisation politique de cette époque; im* parfaite, et souvent impitoyable, en rendait rinâuence utile et salutaire.
Le pouvoir que les confréries exerçaient était considérable, et les obligations qu'elles imposaient à ceux qui en faisaient partie, quelque grandes, quelque difficiles qu'elles fussent, étaient remplies avec une sévère exactitude.
En récompense du sacrifice qu'elle imposait, la sainte confrérie du moyen âge s'ern* parait de la vie matérielle de ses membres, prenait soin de leurs intérêts les plus cherSj
INTRODUCTION. xlîx
et venait à leur secours dans les circonstanœs critiques- de leur vie. Quand ils étaient sur le point de mourir, la confrérie, toujours présente^ veillait au salùt de leur âme, et ne la quittait qu'au moment où la mort allait la rendre à Dieu.
Les confréries du moyen âge peuvent être divisées en deux classes^ dont chacune renferme plusieurs associations différentes. La première classe se compose des confréries pieuses et charitables^ dont le but était le soulagement des pauvres, l'exercice en commun des devoirs prescrits par le christianisme^ la protection, le dévouement à l'égard les uns des autres. Tous les habitants dhme ville, quels que fussent leur rang, leur sexe, leur état, pouvaient y être affiliés; la seconde classe renferme les confréries formées par les individus d'un même corps d'art ou de métier, ou exerçant la même profession, dans le but de se protéger mutuellement et de veiller au maintien de leurs privilèges.
Sans vouloir approfondir l'origine de toutes ces confréries, on peut remarquer seulement que des faits analogues se rencontrent à presque toutes les époques de l'histoire