‹ Le calendrier mexicain; essai de synthèse et de coordinationChapitre 16 sur 18 · Ed. Seler, Ibid., p · texte numérisé non relu

Ed. Seler, Ibid., p

4. Zelia Nuttall, « The periodical adjustments of the ancient Mexican Calendar », dans : American Anthropologist, vol. VI, n*» 4, 1904, p. 487.

5. Histoire générale des choses de la Nouvelle Eispagne, trad. Jourdanet, Paris, Masson, 1880, p. 287.

22 ÉDODARD DE JOISGHE

dère comme deux choses essentiellement différentes, condamne le premier comme une invention diabolique et semble ne pas s'être aperçu qu'en réalilé le Xippoualli ne s'est jamais compté qu'à l'aide du Tonalamatl. Bref, nous persistons à croire que les œuvres de Sahagun ne permettent pas de conclure que les anciens Mexicains aient corrigé leur année de 365 jours par des intercalations périodiques quelconques.

Au XVI® siècle, il existait donc deux théories sur la question de l'intercalation : la première la niait catégoriquement, la deuxième l'affirmait. Les premiers avaient raison, en disant que les anciens Mexicains, avant leur contact avec les Européens, n'avaient pas senti le besoin de mellre par l'intercalation d'un jour tous les quatre ans leur année d'accord avec l'année Julienne ; les deuxièmes n'avaient pas tort en affirmant que, depuis une certaine époque, l'intercalation bissextile se pratiquait. En effet, aussitôt après la conquête, un certain nombre de missionnaires ont pensé qu'il fallait conserver aux indigènes leur comput national et que, pour ce faire, il était nécessaire d'intercaler tous les quatre ans un jour et de pratiquer cette intercalation au mois de février dans les années Tecpatl^ c'est-à-dire dans les années où l'intercalation a lieu dans le calendrier julien.

Ce fait nous est prouvé par le texte suivant : « De manera que sobre esta figura se haràn dos dias con el numéro que le cupiere, como se hacen dos dias la segunda. Haciendose asi nunca mas terna confusion como hasta aqui han tenido por la falta del bisexto ^ » Dans la première moitié du xvi® siècle un grand nombre de calendriers ont été composés dans le but évident de mettre Tannée mexicaine d'accord avec l'année Julienne. Mendietà ^ parle d'un de ces calendriers, rédigé sous la forme d'une roue : « Este calendario sacô cierto religioso en rueda con mucha curiosidad y subtileza, conformandolo con la cuenta de nuestro calendario^ y era cosa bien de ver : yo lo vi y tuve en mi poder en una tabla mas hà de cuarenta aîlos en el convento de Tlaxcala. Mas porque era cosa

1. Ce texte est publié dans les Memoriales de Moiolinia à la page 53. Il provient selon toute vraisemblance du même auteur que la roue figurée à la suite de cet important document.

2. Ilisioria Ecclesiastica Indiana, éd. J. Garcia Icazbalceta. Mexico, 1870. Livre II, ch. 15, p. 98.

peligrosa que anduviese entre los Indios, trayendoles à la memoria las cosas de su infîdelidad y idolatria anligua (porque en cada dia tenian su fîesta y idolo a quien la hacian con sus ritos y ceremonias), por tanto, con mucha razon fué mandado que el lai calendario se extirpase del todo, y no pareciese, como el dia de hoy no pareee, ni hay memoria de èl. Aunque es verdad que algunos Indios viejos y otros euriosos tienen aun al présente en la memoria los dichos meses y sus nombres, y los han pintado en algunas partes, y en parlicular en la porleria del convento de Coatlinchan. » Ce passage de Mendieta fait allusion à un calendrier conçu sous forme d'une roue, analogue à celui qui se trouve publié à la suite des Memoriales de Motolinia et à celui publié par Valadès dans sa Rhetorica. Ces deux derniers calendriers. peuvent remonter, comme nous le montrerons plus loin, le premier aux années J 528-1532 et le deuxième aux années 1532-1536.

Vers cette époque, nous pouvons placer de multiples tentatives synchronologiques et l'introduction d'une intercalation tous les quatre ans. L'intercalation ne fut acceptée que par les Indiens hispanisés, tandis que les autres continuèrent à compter suivant leurs vieux usages ; de plus, les Indiens hispanisés eux-mêmes n'ont pas toujours pu se mettre d'accord sur la méthode d'intercalalion et de cet ensemble de faits est née l'extrême difficulté que nous éprouvons quand nous voulons étudier le calendrier mexicain à l'aide des documents du xvi® siècle.

Le xvii® engendra de nouvelles théories. J. de la Serna ^ ne crut pas à rintercalation de tous les quatre ans et imagina que les anciens Mexicains attendaient la fin de leur cycle de 52 ans pour rétablir l'équilibre entre leur année et l'année solaire réelle. Telle est aussi la théorie de Siguenza y Gongora dont nous ne possédons malheureusement plus les œuvres, de Clavigero et d'un grand nombre d'autres mexicanistes. L'intercalation de 13 jours tous les 52 ans donne le même résultat que celle d'un jour tous les 4 ans, c'est-à-dire qu'au bout de 1.040 ans, on a intercalé un certain nombre de jours en trop.

Le célèbre Léon y Gama, pour arriver à une exactitude plus

1. « Manual de los Ministres de Indias ». Anales del museonacional de Mexico^ i.Y], 1900, p. 323.

2i EDOUARD DE JONCHE

grande, voulut que rintercalation ait été de 13 jours au bout d'un cycle ordinaire et de 12 jours au bout d'un grand cycle. De cette façon, on eût intercalé 250 jours dans l'espace de 1.040 ans. Ceci non plus ne représente pas la plus grande exactitude. Aussi Fabrega et Humboldt, s'appuyant à tort sur un passage du Codex Borgia, admettent Tintercalation de 13 jours tous les 52 ans, à condition de retrancher 7 jours au bout d'une période de 1.040 ans. Au lieu de 7 jours, M. Orozco y Berra propose de retrancher 8 jours. M'"® Zelia Nuttall adopte aussi le système de l'intercalation de 13 jours tous les 52 ans et montre très ingénieusement comment les anciens Mexicains auraient pu développer leur admirable comput et se créer une véritable ère. Mais le grand défaut de tous ces systèmes est de donner libre cours à l'imagination et de ne pas s'en tenir aux faits : ils tiennent plus compte de ce que les anciens Mexicains auraient pu faire que de ce que qu'ils ont fait en réalité. Jusqu'ici aucun renseignement positif n'atteste que les anciens Mexicains aient distingué entre eux leurs différents cycles et se soient créé une ère. Les documents pictographiques, autant que la connaissance que nous en avons nous permet de l'affirmer, ne portent aucune trace d'une intercalation de 13 jours qui aurait précédé la cérémonie du renouvellement du feu. Dans son étude sur les documents de la collection Humboldt à Berlin ^, M. Seler aboutit à la conclusion que les anciens Mexicains n'avaient pas connu l'intercalation. En effet la date que la conférence des Indiens convoqués par Sahagun assigna comme jour initial de l'année, tombe 10 jours plus tôt qu'à Tépoque de la conquête. C'est précisément le nombre des jours intercalés dans l'intervalle par l'année Julienne. Plus tard, cependant M. Seler émit lui aussi une hypothèse d 'intercalation ^ ; d'après lui, l'intercalation serait de 10 jours après une période de 42 ans. Cette hypothèse s'appuie sur l'étude comparative et l'interprétation de certains documents pictographiques ; mais elle ne résiste malheureusement pas à une critique rigoureuse. Sur les feuilles 26-29 du Codex Fejérvary-Mayer^

1. <( Die mexikanischen Bilderhandschriften Alexander von Humboldt's in der Kgl. Bibl. zu Berlin ». Berlin, 1893. Voir Gesammelte Abhandlungen, I, p. 181.

2. Ed. Seler, « Die Korrekturen der Jahreslange und der Lange der Venusperiode in den mexikanischen Bilderschriften ». Zeitschrift fur Ethnologie, 1903, Heft I, p. 27-49.

M. Seler crut trouver Findication d'une période de 59 jours ; ces 59 jours multipliés par 260 jours produisent 42 ans plus 10 jours. Les feuiles 26-29 du Codex Fejervary semblent donc indiquer une période de temps de 42 ans au bout de laquelle les anciens Mexicains pratiquaient une intercalation de 10 jours. Cette intercalation serait indiquée également dans des passages parallèles du même Codex Fejervary-Mayer^ du Codice di Bologna et sur les feuilles 49-52 du Codex Borgia, Dans le Codex Nu Hall, il faudrait lire une correction de Tannée solaire au bout d'une période de 82 ans et une correction des périodes vénusiennes au bout de 88 ans.

Nous croyons que les feuilles 26-29 du Codex Fèjérvary, Mayer^ qui forment la base de l'argumentation de M. Seler, permettent une interprétation différente de celle du savant professeur de mexicanisme. Pour obtenir la période de 59 jours, il est obligé de combiner successivement avec les signes cipactli, acatl, couatl, olin^ ail les disques en couleurs qui se trouvent sur la partie inférieure des dites feuilles, en ayant soin d'insérer à chaque feuille un signe qui ne se trouve nulle part indiqué. En réalité, le? disques sont au nombre de 51 ; pour obtenir le nombre 59, il faut donc y ajouter un des 5 signes susmentionnés, et 7 autres signes. Les 5 séries, qu'on forme ainsi, et qui sont dominées par les signes de la f. 26, ont l'inconvénient de ne pas s'enchaîner entre elles. La série commençant par cipactli ne se raccorde pas à celle commençant par acatl, pas plus que cette dernière à celle commençant par couatL Nous préférons voir dans les représentations des feuilles indiquées plus haut, non pas une série de 59 jours, mais un Tonalamatl abrégé, divisé en 5 séries de 52 jours. Les signes cipactli, acatl, couatl, olin, atl, sont respectivement les signes initiaux de ces séries. Si l'on combine le signe cipactli a\ec le nombre 1, et que l'on compte un signe sur chacun des disques en couleurs, on retournera au bout de 52 jours au signe acatl, combiné avec le nombre 1, etc. On obtient ainsi le schéma suivante Ce n'est

Cipactli

Tochtli

Acatl

Quiavitl

Tochtli

Cozcaquauhtli

Miquiztli

Acatl

Xochitl

Couatl

Oçomàtli

Xochitl

TochtUi

Tecpatl

Couatl

Malinalli

Olin

Calli

Malinalli

Xochitl

Itzcuintli

Olin

Cuetzpalin

Atl

Quauhtli

Cuetzpalin

Malinalli

Éècatl

Atl Cozcaquauht Cipactli Maçatl Cozcaquauhtli Cuetzpalin Ocelotl

26 EDOUARD DE JONGIIE

pas le moment ici de nous étendre sur le symbolisme des figures qui accompagnent les divisions de ce Tonalamatl et qui sont jusqu'ici très énigmatiques ; mais nous croyons pouvoir dire avec certitude que ces feuilles sont une représentation abrégée ou simplifiée, si Ton veut, du TonalamatL

Je tiens à faire remarquer aussi que la période de 82 ans que M. Scier croit reconnaître sur les premières feuilles du Codex Nuttall^ ne répond en aucune façon à la période de 42 ans, mais permettrait de supposer plutôt une période de 41 ans. De plus, les figures représentées dans le Codex NuttaH sont encore tout enveloppées de mystère. Je vais donc me permettre quelques observations au sujet de l'interprétation des feuilles 1-3 tentée par M. Seler. La répétition sur la première feuille des signes / Acatl^ 1 cipactli et 7 Jecpatl-1 olinnesi pas, à mon sens, suffisamment motivée. Dans toute cette période de 82 ans, 4 ans seulement sont indiqués : / Acatl^ 7 Tecpatl, 3 Acatl^ 5 Calli. Pour obtenir une série continue, on est obligé d'admettre que les deux dernières années appartiennent à un deuxième cycle ; il faut donc leur ajouter 52 ans. Cette addition de 52 ans nous laisserait moins sceptique si la série des années était plus nombreuse. Comme il n'y a que deux ans appartenant au deuxième cycle, il se peut très bien que ce soit par un simple hasard qu'ils forment une série continue au moyen de l'insertion d'un cycle de 52 ans. D'ailleurs ces deux années 3 Acatl^ 5 Calli reviennent combinées avec des jours diff'érents. Cela ne permet-il pas de supposer que le peintre a voulu exprimer autre chose qu'une période de 82 ans ^ ? Quant à la correction de la période Vénusienne, elle est indiquée, chose assez bizarre, comme devant s'accomplir après 88 ans + 361 jours, et pour obtenir cette période il faut lire la feuille 4 dans une autre direction que les feuilles 1-3.

Nous persistons à croire que, jusqu'ici, aucun renseignement positif ne prouve que les anciens Mexicains aient corrigé la durée de leur année. Comme ils comptaient simultanément le cours du soleil et de la planète Vénus, toute correction aurait même abouti à com-

1. La date 5 Calli^ 1 couatl peut signifier aussi bien le 263*' jour que le 3® jour de cette année.

pliquer outre mesure leur système chronologique. En effet, s'ils intercalaient, ils ne comptaient pas les jours intercalaires. Car, s'ils les avaient comptés, leur année n'aurait pas pu garder le même jour initial et ce fait serait d'une portée trop grande pour que nous n'en trouvions pas de traces dans les manuscrits pictographiques. S'ils intercalaient des jours sans les compter, il s'établissait un comput solaire différent du comput vénusien. Supposons que le dernier signe diurnal de la dernière année du cycle (/ Tochtli^ i malinalli) s'applique à chacun des 13 jours intercalaires qui le suivent, le premier jour de Tannée orne Acatl devra s'appeler orne miquiztli dans le comput vénusien. A partir de ce moment, chaque jour aura un nom différent dans le calendrier solaire et dans le calendrier de la planète Vénus et, au moment où il faudra corriger ce dernier calendrier, l'harmonie sera brisée encore davantage. Rien n'atteste que les anciens Mexicains aient compliqué de cette façon leur calendrier et il est bien plus raisonnable d'admettre qu'ils se sont contentés de fixer dans leurs pictographies les rapports réels existant à un moment déterminé entre le cours des corps célestes.

Nous nous sommes arrêté plus longuement sur la question de rintercalation. Elle est d'une grande importance non seulement pour la synchronologie, mais aussi pour l'interprétation des cérémonies qui s'accomplissent aux différentes fêtes. S'il est vrai que les Mexicains ne pratiquaient pas l'intercalât ion, leurs fêtes se déplaçaient continuellement par rapport au cours apparent du soleil. Ainsi telle fête qui, du temps de la conquête, se célébrait à l'équinoxe du printemps se serait célébrée vers le solstice d'été quatre siècles plus tôt, à moins que le calendrier n'ait été remanié dans l'intervalle. Dans ces conditions, il n'est évidemment pas permis de chercher dans le caractère de la saison où elles se célèbrent, l'explication de toutes les cérémonies qui accompagnent les fêtes.

Nous arrivons à la synchronologie. La concordance des années mexicaines avec les années européennes ne nous occupera pas Iontemps. 11 existe cependant à son sujet quelques divergences parmi les anciens auteurs. Les interprètes du Codex Mendoza se sont trompés sur l'identification de la date ^ Calli indiquée dans ce Codex comme Tannée de la fondation de Mexico-Tenochtitlan.

Siguenza y Gongora * identifie Tannée 1520 avec / Acatl, alors qu'en réalité / Acatl s'étend de mai 1519 au mois de mai 1520. D'après le calendrier toltèque de Boturini 2, l'année 1520 répondrait à raiinée /2 Acall du calendrier indien. Mais cette question semble défînilivement résolue. Aujourd'hui on est d'accord pour

i identifier Tannée 1519 avec Tannée indienne, ce Acatl.

L'idenlificatton des jours du calendrier mexicain avec ceux de

f notre calendrier donne lieu à des difficultés plus sérieuses. Celles-

ci résultent en partie de Tincertilude qui a régné sur le jour initial, sur le mois inilial de Tannée ainsi que sur Tintercalation. Je ne parle pas des différences locales qui peuvent avoir existé. La correction Grégorienne qui rétablit l'équilibre entre Tannée euro-

* péenne et Tannée solaire réelle^ ne contribue pas à simplifier la concordance du calendrier mexicain avec notre calendrier. Les plus

* grandes divergences sont nées peut-être du fait que la plupart des i historiens ont interprété à leur façon les dates qu'ils trouvaient

indiquées dans leurs sources.

La date qui présente le plus de garanties pour les études synchronologiques est celle de la prise de Mexico. Les auteurs Espagnols I sont ici d'une grande précision et placent cet événement mémorable

1^ le 13 août de Tannée 1521, tandis que les auteurs iildigènes lui

assignent le jour / couatl de Tannée 3 Calli, Léon y Gama semble avoir songé à prendre cette date comme base de ses études ; mais ne parvenant pas à l'expliquer, il lui a cherché un sens métaphorique. D'après lui, le jour / couatl désigne simplement un jour néfaste. En effet, dans le système de calendrier dont il est l'auteur, / couatl^ lOS*' jour du Tonalamatl, est toujours le dernier des 5 nemoniemi et par conséquent funeste. Il cite à ce propos le passage suivant de Crislobal del Castillo ^ « : Ca iniquac tzonquiz in necalilizlU in nioman in chimalli ; izceuh in teoatl tlachinoUi, inic poliuhquein TenuchcaTlatilolca. Auh cahueliquacinoncalac tonatiuh yehuatl izeemiihui-tonalpohualli ca yehuatl iz ce cohuatl iniquechol atl, oncan llatoa in Huei Tlalloc moncahuia yaomalinal-

1. Voir Vctancnrt, Teatro Mexicano, 2*^ partie, tome II, chap. 7, pp. 66-68.

2. Buslamaiite, Historié de las conquistas de Hernando Cortès, écrite par Gomara et traduite eo mexicain pur Ghimalpain, I, p. 193-211.

3. Gsima^ Dmenpvitm historica y cronologica de las dos pindras.., Mexico, 1792, p. 83-84, ûolo V.

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tezahuill. Auh inipan initlapohuallo in xiuhtlapohualli ca yei Calli in xihuitl. » [« Lorsque prit fin la bataille, alors on reposa le bouclier, la guerre se refroidit ; sur cela furent vaincus les Mexicains, les Tlatelolcans. Et c'était exactement lorsque le soleil descendit à rOccident dans leur compte des jours le signe un serpent dont le quecholli (c.-a.-d. le « senor de la noche * ») est Ghalchiuhtlicue ; alors parla le grand-prêtre de Tlaloc : il s'arrête le mauvais présage de la guerre. Et dans leur compte des années, c'était l'année trois Maison. »]

Ce passage indique que le jour ce couatl avait comme seflor de la noche^ Ghalchiuhtlicue qui s'appelle aussi simplement atl. Gama en fut d'abord quelque peu embarrassé, puisqu'il savait que les nemontemi étaient dépourvus de toute figure augurale. Mais il trouva, pour ce fait, encore une explication métaphorique et y vit une simple allusion à la pluie qui tomba ce jour. Ces interprétations nous paraissent inadmissibles. Le grand historien Orozco y Berra, pour expliquer la date / couatl^ imagine une année 3 Calli commençant au mois à'Itzcalli par le jour 5 oçomotli. Pour que le jour / couatl soit déterminé par Ghalchiuhtlicue il combine le jour initial de son année avec la figure Xiuhtecutli. Gela nous paraît purement arbitraire ; car, dans le Tonalamatl théorique, ce jour est accompagné de Tlaloc. Orozco y Berra prétend en outre, contrairement à notre interprétation des feuilles 21-22 du Codex Borbonicus^ que la combinaison des senores de la noche avec les signes diurnaux est la même pour toutes les années indistinctement.

M""® Zelia Nuttall identifie le 13 août 1521 avec le jour / couatl, 15® du mois de Tlaxochimaco d'une année 3 Calli dont le jour initial serait 3 oçomotli = \^^ Ae Tlacaxipeualiztli^ 11 mars du calendrier Julien. Gette synchronologie a l'avantage de s'accorder avec l'historien Ghimalpain - qui place la prise de Mexico au mois de Tlaxochimaco [miccailhuitzintli) ; mais elle a l'inconvénient de ne pas tenir compte de l'indication de Gristobal del Gastillo qui

1. Léon y Gama {Descripcion historica y cronologica,,. p. 34) dit: « Hacian los Indios tanto aprecio de los nueve acompaîiados, que les daban,- por autonomasia, el titulo de quecholli, nombre de un pajaro de rica y hermosa pluma... »

2. R. Siméon, Annales de D. F, de S. Anton Muîlon Chimalpahin. — Bibliothèque linguistique américaine, XII. Paris. Maisonneuve, 1889, p. 494.

veut que / couatl soit déterminé par ChalchiuhtUcue, et Tinconvénient plus grave, selon nous, de considérer les années Acatl comme commençant par cipactli et comme renfermant, du 53® jour jusqu'au 313®, une année liturgique qui commencerait par aca^/.

Le système synchronologique de M. Seler repose sur une étude systématique de Thistoire de Sahagun, confrontée selon les règles d'une bonne critique avec les données des autres historiens *. Dans ce système, le 43 août de Tannée 1521 répond au jour / couatl^ 3® du mois de XocouetzKLei miccailhuitl) ^ et Tannée 3 Calli dont le jour initial porte le même signe, commence au 1®"* Toxcatl qui équivaut au 3 mai. On pourrait objecter à cette synchronologie de ne pas tenir compte de l'indication de Chimalpain qui place la date de la prise de Mexico un mois plus tôt, au mois de Tlaxochimaco. Mais il est très probable que Chimalpain n'a pas pris cette indication dans ses sources ; il aura plutôt calculé lui-même le mois dans lequel cet événement devait avoir eu lieu. Dans ce calcul il sera parti d'un système de calendrier analogue à celui du Codex Magliabecchi, du Codex Vaiicanus A, d'Ixtlilxochitl, etc. Il a ainsi posé en principe que le premier jour de Tlacaxipeualiztli doit se placer vers le 20 mars et que le 13 août ne peut tomber qu'au mois de Tlaxochimaco. L'indication du mois complétant celle du signe diurnal / couatl n'est d'ailleurs pas superflue ; car ce signe apparaît deux fois dans une année 3 Calli. Cristobal del Castillo a senti, lui aussi, le besoin de distinguer le jour / couatl de son homonyme et il le fait en indiquant le sehor de la noche qui le détermine. Cette indication : « / couatl dont la figure déterminante est Chalchiuhtlicue » nous paraît importante. Elle prouve en effet que Tannée commençait au jour ^ calli (c'est-à-dire au l^^jour de Tooûcatl) et pas avant. En effet, si nous la faisions remonter de 3 jours plus haut, nous arriverions au jour initial du Tonalamatl^ 1 cipactli. Or, ce jour, comme nous avons déjà eu Toccasion de le montrer, entraîne fatalement un désaccord entre la série des treizaines et des neuvaines. Si donc / couatl est combiné avec Chalchiuhtlicue, la figure qui lui revient, de par le Tonalamatl théorique, c'est que le jour initial {3 calli) de Tannée 3 Calli a rétabli l'équilibre entre les treizaines et les neuvaines, conformément aux indications des f. 21-22 du Codex Borbonicus.

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