‹ Le calumet, poèmesChapitre 35 sur 47 · QUATORZE JUILLET · texte numérisé non relu

QUATORZE JUILLET

Sur les Bastilles démolies Le passé lourd s'écroule au son D'un vieux canon de comédie, Si c'est notre noce, dansons !

Vois : toutes les joies refusées, Mes chagrins choisis avec art Vont monter au ciel en fusées Où se déchirer en pétards.

A Jeannk

Une, deux, trois ! jaune, bleu, rouge, Qu'elle est belle I j'ai tant pleuré. . . On voit frémir sur l'eau qui bouge Mes sanglots en crachats dorés

Feu d'artifice et bacchanale, On a dressé des reposoirs Aux carrefours où ma fringale Paissait les, lys maudits du soir

Quand j'errais, ombre lamentable (Chantez, clairons ! claquez, drapeaux !) De lit en lit, de table en table Sans récompense et sans repos.

Citoyens, la Bastille est prise !

Soûlez la déesse Raison, Je me rebâtis une église Avec les pierres des prisons.

Pour discipliner mon délire C'est trop peu d'un bonnet sanglant, Après la croix, brise la lyre, Peuple, si tu hais les tyrans.

Mon amour gouverne le monde Mais des drapeaux claquent au vent, Le feu purifie l'eau immonde, Dansons sur les pavés ardents

Avec la foule magnarrime Dévastant la geôle et l'autel Sans connaître que seuls l'oppriment La llamme et l'amour immortels !

Page 1