‹ Le calumet, poèmesChapitre 36 sur 47 · LES VEUFS DE ROSE · texte numérisé non relu

LES VEUFS DE ROSE

A Stuart Merrill

Trois veufs joyeux en habits noirs Parlent une langue inconnue Et, lumière au bout du couloir, .

Rosine-Rose est presque nue.

La duègne a secoué ses jupons (Chargez le ciel ! — La herse flambe.) La rat de Hamlet, ce bouffon, \'icnt de passer entre ses jambes.

Chassez le rat, chassez les veufs, La vieille fermera la porte, Rose enfile le maillot neuf D'une sœur rivale enfin morte.

Or le Prince et le Financier Assisteront à sa toilette Et le marteau du tapissier Sur leurs fades propos cliquette.

Rosine n'a plus de pudeur Mais le Financier et le Prince Ne songent à rien qu'à l'honneur Qu'on leur fait, tandis qu'elle évince

Les trois veufs qui parlent tout bas En se partageant des cigares.

Prestement le rat chipe un bas Mauve cl dévore ce plat rare.

Enclose dans le paravent Ainsi qu'en une tour de soie, Rosine fait en piétinant Dans de l'eau clapoter sa joie.

On frappe, o Rosine, c'est moi, Jcnny, et je n'ai plus de rouge. »

Le banquier et le fils du roi Saluent. Dans l'ombre le rat bouge.

C'est une blonde au front ridé Dont les seins aux pointes fleuries D'onguents et de fards sont bridés Par un vieux corset de féerie.

Preste, elle sort en sautillant, Rosine ajuste sa chemise Et le rat se glisse en grattant Au fond d'une pantoufle grise.

Maintenant on n'entend plus rien Qu'un carillon mélancolique Et le halètement d'un chien Pourchassant le rat famélique.

Rosine est seule. Un peu de bleu Autour des yeux. Un peu de rose Sur la joue et dans les cheveux, Bijou convulsif, une rose.

— Rideau !

Le timbre vibre cncor Lourd d'ombre le théâtre tremble Semant une poussière d'or Et, dans un sursaut qui ressemble

A ceux d'un cœur désordonné, Elle jette au vent son Shakespeare Dont les feuillets volent au nez

Des trois veufs joyeux qui soupirent.

Page 1