‹ Le calumet, poèmesChapitre 6 sur 47 · ODELETTE CHINOISE · texte numérisé non relu

ODELETTE CHINOISE

Que tu me plais, René Dalize, De si bien aimer les Chinois, Sages pour qui la moindre noix Est une énorme friandise.

Gens délicats, esprits diserts Et cœurs prudents à l'aventure, Prisant avant tout les beaux vers Et les roses en confiture.

Sous des plafonds peints de dragons, Dans la société des chimères, Ils vivent sans pensées amères Avec leur^ nombrils pour bouffons.

Dans leurs maisons, au gré de l'heure.

Ils demeurent longtemps couchés Et leur rcve à peine s'effleure Des cris qui viennent du marché.

Comme un œil d'inspiré sublime Une lampe brille auprès d'eux, Combien surpris-tu de ces feux Dans tes nuits d'amour maritime ?

On riait aux maisons de thé.

Des bateaux cinglaient vers l'Europe, Toi tu cherchais la volupté Chère à ton cœur de misanthrope :

La lampe avec la pipe auprès Et l'odeur de la drogue étrange Qui fait la brute fils de l'ange Et les soirs mêmes diaprés.

Et c'était la caresse insigne Qui délasse en dépossédant Et met comme un baiser de cygne Sur les carcasses d'Occident.

Dans une tour de porcelaine O n'être de rien occupée Que des vers de Li-Taï-Pé Et d'un petit magot obscène.

O, sous un large parasol, Se promener au bord du fleuve Où, quand le soir touche le sol, Le tigre impérial s'abreuve.

Oublier tout ce qu'accorda L'Europe à notre fantaisie, Ne plus sourire qu'à l'Asie Et bien aimer enfin Bouddha

Dont la sagesse est ineffable

Et qui réserve à ses dévots,

Pour leur sommeil et pour leur table,

La sainte essence des pavots !

Fils du Ciel, la face céleste, Telle une lune de papier, M'enchantô-et le très petit pied De tes femmes est assez leste

Pour trottiner d'un pas léprer Du lit d'amour à la pagode Où ma pauvre âme d'étranger, Loin de mon cœur, poursuit et rôde.

LE CALU.MET 3I

L'opium vaut mieux que cet alcool Qui mieux vaut qu'amours infidèles ; Je vivrai de nids d'hirondelles Et de poissons d'or pris au vol,

Cher René, si, dolent pilote, Las des soucis de nos climats Tu permets que près du tien flotte Mon pavillon au haut des mats.

Aimons ces Chinois d'œuvres chiches Et qui pour nous, jadis, hélas !

Dansaient au fronton des atlas Et grimaçaient sur les potiches.

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