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personnel à ses fantaisies, et voîlàqu'iin intrus s'introduisait chez elle avec de belles idées d'améliorations, un plan de réformes dont la base était l'emploi de la vapeur dans une mesure plus large et l'adoption d'un nouveau modèle d'essoreuses.
La blanchisseuse se rabattit sur sa fille, dans l'espoir qu'elle lui fournirait matière à reproches, motif à haine, Héloïse resta muette avec une tristesse douce, qu'on ne pouvait pas même prendre pour de la résignation.
Ses quatre accouchements successifs l'avaient épuisée, vieillie prématurément Le croup lui avait enlevé les deux aînés de ses enfants, et c'était miracle qu'elle-même eût réchappé d'une péritonite que ses dernières couches avaient déterminée.
Elle sortit de cette maladie, pâle et maigre, les joues fanées, la poitrine plate, le dos arrondi dans un affaissement de tout le corps, une lassitude qui lui déjetait la taille.
Elle comprit, au lendemain de son mariage, la haine jalouse qui divisait ses proches et une pensée de dédommagement, une délicatesse que son mari ne comprit pas, lui fit adopter une humilité, un plat-ventre dechien docile comme palliatif k l'humeur hargneuse de sa mère.
Pajadou vit immédiatement tout le parti
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qu'il pouvait tirer de cette soumission, enfin il acheva d'être éclairé sur les sentimeuts ÏDtinies de sa femme après une scène violente où, dans un accès de colère, le seul qu'on eût à lui reprocher, il avait failli tuer un ouvrier.
Héloïse fut frappée, moins du nouvel aspect sous lequel Pajadou lui apparaissait, que du scandale qu'une pareille scène pouvait entraîner. Elle avait en haine tout ce qui appelait l'attention sur eux, tout ce qui, dans leur vie, prêtait aux commentaires. Elle craignait pardessus tout les cancans et les papotages qui déshabillent une femme, trahissent tes secrets du chez soi et notent les torsions de reins dans l'alcôve. Elle accordait reflfacenent de sa vie avec l'eâacement de sa personne et rêvait une intimité à portes closes, un coin où rien du dehors n'entr&t.
Pajadou, quand il tint dans sa main tous ces Sis conducteurs, fiit le maître à la blanchisserie. Il travailla moins, sans souci des deux femmes attelées à une rude besogne et bûchant sans trêve. Enfin, comme les afiaires prenaient de l'extension, il alla à Paris deux fois par semaine avec la voiture, le lundi et le vendredi.
UN jour qu'elle allait faire une course à Paria, la mère Vaillant se troura. en tramway, à cAté de Madame Ledieu . une vieille cliente qui avait souvent tenu Héloïse sur ses genoux quand, encore gamine, elle accompagnait son père dans sa tournée du lundi.
Soudainement, Madame Ledieu avait retiré sa pratique aux blanchisseurs. Bile donnait, pour expliquer sa décision, des raisons vagues, disait Pajadou qui, uu soir, en rentrant, avait apporté cette nouvelle. C'était une perte. Madame Ledieu, une jolie petite vieille, très pieuse,était dame patronnasse de toutes les œu-
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Très de cbariié de son arrondissement. Sa recommandation avait ouvert à la mère Vaillant les portes des sacristies et l'avait fait agréer dans deux pensionnats de jeimes filles et dans un asile de vieillards.
La défection de la bonne dame entraîna le départ des curés et des maîtresses de pension. La mère Vaillant, que ce procédé avait vexée, ne paraissait point disposée à lier conversation avec son ancienne cliente, mais Madame Ledieu alla s'asseoir auprès d'elle s'eoquérant gracieusement de l'état de leur santé & tous. Elle avait une jolie voix de tête caressante et musicale, qui faisait dire qu'elle vous aurait arraché l'aveu de péchés non commis.
La mère Vaillant, qui s'était d'abord montrée poliment réservée, s'abandonna, sembla prendre intérêt aux histoires de la sainte dame.
Elle était toujours très occupée par les visites aux pauvres, aux malades, aux nourrices; oui, aux nourrices! La Société protectrice des eniants du premier âge avait sollicité son concours. Alors, c'étaient des dérangements  n'en plus finir. Justement elle venait de payer, de ces beaux deniers, des petits bonnets pour les mignons de ces chères nounous. Et elle exhiba toute une lingerie, des brassières, des bavettes et les fameux bonnets dont elle coiSait sa main
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fermée. Ces attifeta amenèrent la mère Vaillant à parler de la rupture de leurs relations.
Ah! Qa, pourquoi ne leur conâait-elle plus son linge ?
Madame Ledieu feignit une grande surprise.
— Comment! votre gendre ne tous a pas dit?...
— Ben oui, des pauvres gens à qui vous voulez faire gagner quelques soua, mais c'est pas la bonne raison...
— Si, vraiment.
— Auriez-vous à vona plaindre de nous î On ne vous a jamais rendu le linge en mauTais état; on ne le garde pas longtemps.
— Mais non.
Madame Ledieu, sérieuse maintenant, baissait les yeux, enveloppait ses layettes lentement.
— Y a quéque chose que vous ne dites pas pour sûr, reprit la blanchisseuse, s'entètant.
Madame Ledieu s'était levée; elle descendait là. Et la mère Vaillant la suivit, comprenant que la petite vieille ne voulait point parler dans ■ le tramway.
Sur le trottoir, après un silence de deux minutes, madame Ledieu, mise en demeure de s'expliquer, s'exécuta.
— Eh ! bien, je vais vous dire...
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Alors posément . cherchant des mots congrus, sans embarras pourtant,elle raconta que, reatrant chez elle à l'improviste, un lundi, en plein midi, elle avait trouvé Pajadou couché avec la bonne.
— Dans ma chambre, sur mon lit! Vous comprenez ! j'ai mis la fille à la porte et j'ai dit à votre genAre que, désormais, je me passerais de ses services. Là, entre nous, pouvais-je faire autrement?
La mère Vaillant devint toute blanche, puis écarlate l'instant après. Elle suâoquait, ne trouvant pas un mot à répondre.
D'ailleurs, madame Ledieu, le fait constaté, en tirait mille conséquences.
— Vous devez comprendre, disait-elle, que nos relations sont devenues impossibles, Oh! je le regrette infiniment ; je vous plains, vous et Héloïse... Mais mon devoir, la prudence, me conseillaient d'avertir ces demoiselles du pensionnat. . . Ob ! à mots couverts ! Dame [ il aurait pu se passer, chez elles, une scène du genre de celle que j'ai surprise. Voyez-vous la scandale! Hé! votre gendre est, parait- il, contumier du fait... Oh! je n'affirme rien... On m'a dit qu'une cuisinière... mais ce sont des cancans! C'est tout de même bien contrariant pour TOUS !
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Et sa jolie voix était une caresse qui s'efforçait d'adoucir l'amertuine des révélations. Elle s'en serrait à merveille de cette voix, atténuait ia hardiesse de certains mots par des notes de flûte qui allaient à l'Ame.
Madame Ledien s'arrêta, rue Denfert-Hochereau, à la porte d'un couvent. Mais avant d'y rentrer elle conclut. #
— Vous ne m'en voulez pas, dites? Oh ! c'tst très, très malheureux ! Chacun porte sa croix en ce monde !... Nous avons tons notre calvaire auquel nous montons.
Elle mettait des larmes dans sa voix, la mouillait d'une sensibilité contenue, et une juliemoue lui fronçait les lèvres. Puis, tout d'un coup, changeant de ton :
— Surtout ne mêlez pas mon nom à toute cette affaire. Je ne voulais rien dire. J'ai les cancans en horreur !
Elle modula un : Au revoir, chère dame !
dans les notes élevées et passa, souriante et mignarde, devant le portier qui lui Atùt sa casquette.
QUAND la mère Vaillant rentra chez elle, ses courses faites, les mille idées qui s'embrouillaient dans sa tête la laissaient indécise sur le choix, d'une ligne de conduite.
Elle avait prise sur son gendre! C'était sa pensée dominante, le cri de victoire qui lui bourdonnait aux oreilles. Elle en oubliait l'injure faite à sa fille, le préjudice qui pouvait résulter pour k maison de la débauche du patron, et tous les griefs qu'elle amassait convei^eaient au môme but : convaincre P^adou d'ingérance, le reléguer au second plan, ressaisir entin cette autorité qui lui échappait.
Seulement, devait-eUe mettre Héloïse dans le secret des amours de son mari?
Elle étMt bonne femme au fond et adorait sa fllle, mais d'une feçon particulière.
Elle avait l'enveloppe épineuse, le geste bourru ; elle aimait comme elle parlait, comme elle marchait, — rudement. Elle dégageait le bruit comme certaines femmes dégagent l'amour. Des chosettes, des détails puérils prenaient une importance extraordindre par la vie exhubérante qu'elle mettait alentour. Le moindre de ses mouvements trahissait un besoin de dépenser des forces vives de femme pléthorique.
n n'était pas jusqu'à ses silences qui ne devinssent bruyants par la iaçon dont elle agitait les bras, tournait la tête, s'asseyait.
Elle eût donné ses yeux pour qu'Héloïse fût heureuse et des rages l'étranglaient à la voir si calme avec sa figure blanche, ses gestes mesurés, sa tranquillité douce. Alors la mère Vaillant disait volontiers que - c'était tout son père! — de la cire molle, pas de caractère î >• Par exemple, elle reconnaissidt également qu'Héloïse tenait de sa mère une âpreté tètae au travail, une honnêteté inflexible, et pardessus tout le désir de conserver la maison — ta maison du père, — débout et intacte !
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Hétoïse repassait du linge, au rez de chaussée, qnaad la mère Vaillant rentra. Elle se laissa tomber sur une chaise avec un geignement et de suite le silence se fit, mais un de ces silences menaçants, comme, seule, la mère Vaillant savait en ménager.
Les bandeaux plats do la repasseuse luisaient, et par un boitement de la camisole, un coin de chair moite entrevu palpitait. De temps à autre, elle approchait le fer de sa joue. Meus l'attitude de sa mère l'inquiétait ; elle demanda : Qu'estKie qu'il y a encore ? — Y a, répliqua la mère Vaillant, que les femelles sont des dindes de s'esquinter le tempérament pendant que le mâle cocoricote en ville!
Héloïse.Ies cils battants, ne comprenait pas.
L'autre reprit: — V'ià, quand on reateenfermée ainsi des semaines, on ne sait pas.. . Si tu savais!...
Héloise cette fois avait interrompu son travail.
EUle posa son fer et regardant sa mère, sans éclat, elle souffla; Si je te disais que je saisî
Mais, debout, les poings aux hanches, le eon tendu, la blanchisseuse doutait. — Tu sais qn'il te trompe? crla-t-elle, se trahissant sans y penser.