‹ Le calvaire d'Héloïse PajadouChapitre 6 sur 15 · S6 LB CAI.TUB · texte numérisé non relu

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rite qu'il cachait ainù que son infernal bagoQ 80n8 un ncmcbaloir feint, one voix nazîllarde et traînante, un abandon de baguenaudeur.

Il avouait tous les métiers sans en pratiquer un seul. Léontine lui étmt solidement attachée depuis qu'elle l'avut tu travailler à la fête de Neuillj . Bonneteur émérite. il l'avut empaumée, en lui vidant ses poches gentiment d'abord, ensuite en plumant des oies comme elle que l'imperturbable aplomb du joueur, sa blague féroce, tenuent sous le chaiïne.

Il s'était, ce jour-là, montré généreux. Après avoir dévalisé la fille, comme elle restait plantée devant lui, avec une admiration muette dans tes jeux, il lui avait oS'ert la pâtée et le lit. Maintenant, c'était elle qui l'entretenùt, aux jours de noire dèche. Si délicat d'ailleurs ! Il n'exigeait pas qu'elle les ilt vivre du produit de ses bonnes fortunes de trottoir, un travail honnête et lucratif lui convenait mieux. Il avait ainsi les bénéfices de son emploi, non les chairs!

Ils redescendaient tous les deux vers la barrière.

— Elle a abouléï demanda Pavanne.

Elle répondit : Oui.

— Cinquante t

D-HÉLOISB PAJADOU SI

— Cinqtiante.

Elle Tïtsa main tondue etelleygUssa le billet.

— Tiensl il te devait bien cela, le dab de ton salé!

Elle répéta : Le père!... le père!... comme si nn doute se fût élevé subitement dans son esprit; et elle le r^ardait avec des jeux d'amoureuse, très bavards.

Mais il se défendit : — T'es béte! Mettons qae c'est de lui... Ils casqueront !

Elle demanda ; — Tiras à la fôte de Nogeat, landi?

— P't'Ôtre.

Alors elle promit de l'aller voir travailler. C'était une fantaisie qu'elle se passait souvent. L'effarement des jobards, la façon dont il vous les tondait, la flattaient, lui donnaient ane crâne idée de son homme.

Pajadou, qui avait tu sortir Léontine de la blanchisserie, s'informa de ce qu'elle y était venue faire.

— Elle est sans place, dit Héloïse; elle demande qu'on la reprenne.

— Tu as répondu non, j'espèreï

— J'ai répondu non.

Ce « j'espère ••, ainsi détaché, lui semblait la condamnation d'un passé mauvais, la promesse d'un avenir meilleur. Elle sentit une chaleur

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qui descendait en elle et la pénétrait d'un grand bien-aise. Ce seul mot avait eu l'efficacité d'un dictame pour fermer la plaie que la folle venait de rouvrir. Puis, n'était-ce pas une blessure déjà ancienne? Et, toute récoofortée, Iléloïse se disait qu'elle venait de payer cinquante francs l'enterrement, l'enfouissement à jamais d'un passé dont on n'entendrait plus parler.

Le lendemain, qui était un vendredi. Madame Camiclie vint, en cachette, voir sa fille à la blanchisserie.

— Eh bien, Madame Pajadou, ètes-vous contente de la petite? Elle n'est pas encore ben forte à c'tTxeure...

Timidement, elle insinua que les gros ouvrages l'écraseraient, mineraient sa santé, — et, tout de suite, craignant d'avoir été tnip loin, elle ajouta qu'elle était bien tranquille d'ailleurs et que Reine ne pouvait trouver de meilleurs patrons.

Héloïse avait pria l'enfant en amitié. Elle s'amusait de sa candeur tranquille, de ses yeux d'une effronterie chaste.

— Reine est pleine de bonne volonté, ditelle.

La voiture venait d'entrer dans la cour.

Pajadou était furieux. — Tu sais, Héloïse, cria-t-il, j'ai emmené le petit Gervais pour la

D'HÉLOISE TAJADOU

dernière fois. Est-ce que ce crapaud-là, au lieu de garder la voiture pendant que je monte chez les clients, ne s'amuse pas à jouer sur le trottoir avec des voyous! J'ai prévenu son père!

— C'est contrariant, remarqua Hèloïse; par qui te feras-tu accompagner?

— Bah! nous avons le temps d'y songer.

Tant que je n'aurai trouvé personne autre.

Reine viendra avec moi. Tu veux bien, petite?

Elle sauta de joie et dit : Oui, avec des yeux reconnaissants.

Pajadou, pour la forme, consulta Madame Camiche : — Vous n'avez rien à objecter, la mare?

Elle répondit qu'elle était bien heureuse, au contraire, de cette combinaison qui assurait à Reine deux jours de quasi repos par

— C'est donc convenu, conclut Pajadou; seulement je dob vous prévenir que, au. cas où Reine ferait les tournées avec moi, elle serait fiffcée de coucher ici le lundi. Nous rentrons trop tard pour qu'elle puisse retourner seule chez vous.

La mère Camiche approuva, promit le consentement de son mari et emmena la petite,

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que la perspective de cea promenades eo voiture ravissait.

Elle se demandait déjà quel nom elle doouerait au cheval.

LE landi et le vendredi étaient les jours que la petite des Carniclie préférait. Elle avait eu, à ses premières sorties, mille étonnements, mille menus bonheurs qu'expliquaient la connaissance imparfaite qu'elle avait de Paris, ob sa mare la conduisait rarement.

Ç'avaient été : le départ, l'arrêt à l'octroi pour la visite de la voiture, puis la cohue, le grouillement des gens, des bétes et des choses dam les rues, la gaieté, le mouvement de la foule, les riens qui arrêtent le regard, un moment; puis, ces banalités qui font événement : des soldats sortant de la caserne, deux voitures qui s'accrochent, un cheval mort atten-

..Googlc

ffî LE CALVAIRE

dant réquarisseur au milieu de deux cents personnes, très attentives, se haussant sur la pointa des pieds pour mieux voir.

Reine avait toutes les surprises de la gamine parisienne, quoiqu'elle fût plut6t de la campagne. Un singe grimaçant sur un orgue la laissait béante et charmée. Elle adorait l'in« stant oti Pajadou montait chez les clients.

Alors, elle prenait possession de la voiture, étalait sa petite robe sur la banquette et, les mains en croix, restait droite et grave avec un air absorbé de grande personne qui rêve à des choses.

C'était à elle la voiture et les paniers qui s'entassaient àl'arrièra, h elle le cheval lourd et tranquille. Quelquefois, elle descendait, se plaçait à la tète de la béte avec l'idée vague qu'elle la faisait respecter. Mais l'heure de la journée qu'elle préférait entre toutes, c'était l'heure du déjeuner.Pajadou la conduisait dans un restaurant de la rue Feydeau.

Le restaurant ! Elle ne le connaissait que par ouï dire et, quand son secret désir d'y manger avait été satisfait, elle s'était demandé si elle ne faisait pas encore, tout éveillée, ce rêve qu'elle avait jugé irréalisable ! Ils se plaçaient près de la porte d'entrée, afin de pouvoir surveiller le cheval et la voiture arrêtés le long

D'HELOISR PAJADOU

du trottoir. Et Reine enveloppait dans la même déférence, les clients, des gens de bureau habillés de noir, l'air ennuyé, et les garçons qu'elle croyait devoir remercier avec une adini* ration muette, de longs silences ravis qui lui coupaient l'appétit. Elle rougissut, honteuse, sous les regards des messieurs, ou quand les garçons lui redemandaient le nom d'un plat qu'elle avait murmuré.

Pajadou était très bon pour elle; il lui parlait peu, l'air préoccupé. Elle avait pour lui un respect considérable et craignait toujours de perdre, en lui étant désagréable, le bénéfice de ces bonnes promenades du lundi et du vendredi.

Pajadou, c'était le patron, l'homme tout-puissant qui pouvait d'un mot la renvoyer chez ses parents. Et elle le trouvait très bon, parce qu'il voulait bien la garder.

Le lundi, ils ne rentraient pas & la blanchisserie avant neuf heures et demie. Après le dîner, Héloïse congédiait la petite, à qui elle avait fait un lit, dans une grande chambre, oti, l'hiver, fonctionniùent les essoreuses. C'ét^t le moment que Reine appréhendait le plus. Elle frissonnât, seule au fond de la cour, au-dessus de l'atelier, dans cette vaste pièce ob, l'été, on étendait un peu de linge, quand le grenier et les séchoirs étaient pleins. Elle se couchait.

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fermait les yeux, souhaitant dormir tout de Buite. Puis le sommeil tardant à venir elle était prise de peurs subites. Ses somnolences alors, traversées par des fantômes, la terriflaient. Les longues chemises de femmes semblaient des corps de pendus se balançant au bout des corde3;ilyavaitde8pendu8qui se détachaient, marchaient sur elle avec un cliquetis d'os soaa l'étoffe flottante... Des choses froides la frôlaient; peu & peu, autour d'elle, toutes ces choses prenaient une forme accentuée : des bras d^espérés et mous saisissaient des paniers, des corps décapités roulaient, dansaient la danse infernale devant le lit. Et les mouchoirs comme d'énormes phalènes, les ailes étendues, planaient an moment et s'abattaient sur sa faceépeurée... Elle poussait un léger cri, se cachait la tète sous la couverture et finissait par s'endormir, le corps moite et secoué de frissons.

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Tu aimes bien les éclairs, je crois, dit ' Pajadou.

La Toiture s'était arrêtée, il en descendit, entra chez un pâtissier et rapporta le g&teau à Reine, surprise. On repartit. Pajadou, ordinairement peu causeur étonnait l'enfant. Elle avait renmrqué, après déjeuner, qu'il vidait le carafon d'eau-de-vie, dont il oe prenait qu'un petit verre, habituellement.

Quand ils eurent dépassé les fortifications, U mit le cheval au pas. B faisait nuit.

— Diable ! dix heures, dit Pajadou, qui avait consulté sa montre. Pourvu que nous ayons le temps de rentrer avant l'orage.

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Reine eut bonne envie de lui dire, puisqu'il lui tardait d'être arrivé, de fouetter le cheval au lieu de ralentir son allure; mais Pajadou devina l'observation.

— Dommage que le cheval soit fatigué, Ût-il.

A la chaleur accablante de la journée, avait

succédé un vent Âpre, aveuglant, qui ramassait lapouasiôre, la chassait tourbillonnante avec un bruit de feuilles sèches froissées. C'étaient de courts silences pendant lesquels les grelots du cheval sonnaient, puis un formidable coup de balai nettoyait la route, mettait le long des trottoirs des traînées de tumée... En passant devant les fortifications, sur le talus et dans les fossés, des couples couchés sur le ventre se soulevaient, inquiets, songeant au départ.

Maintenant des ombres filaient, les croisées claquaient; çà et là, dans la fa<^e des maisons noires, éclatait un carré lumineux.

Il y avait au ciel une course folle de nuages épais qui se pourchassaient, se heurtaient, entraient les uns dans les autres. Soudain, & l'horizon, d'autres nuages massés élevèrent en travers de la route un haut mur sombre.

Reine et Pi^adou causaient.

Elle racontait les terreurs de sa mère quand il tonnait ; elle se cachait dans la ruelle du lit. . .

— J'ai connu avant mon mariage, dit le

blanchisseur ; j'ai connu une femme qu'un orage faisait tomber en p&moison, même...

Il coula un regard vers Reine et noya la fin de sa phrase dans un rire muet qui semblait refouler le souvenir de choses que les enfants ne doivent point connaître.

S y eut un silence ; des filles passaient en courant ; l'une d'entre elles, s'étant arrêtée, cria :

— Ah! zut! J'ai de la poussière pleins les yeux!

Elle était restée au milieu du trottoir, décoiffée; le vent la troussa et les taches blanches de ses bas piquaient l'ombre. Les antres filles avaient fait balte, l'attendaient plus loin avec des fusées de rires canailles, un dégingandement d'échappées de fabriques.

Pajadou reprit : — Sale temps ! On ne pourra pas étendre le linge dans la cour. Sans transition, il ajouta : — Vrai, à nous voir, on nous prendrait pour mari et femme, n'est-ce pas.

Reine?

Elle leva les yeux sur lui; sa barbe lui effleura le front et elle baissa vivement la tète, ne le croyant pas si près d'elle.

Ds ne rencontraient plus personne. A leur gauche s'ouvraient bien encore quelques portes de bibines, mal écl^rées, lépreuses; mais &

es LE CALVAIRE

droite, soudain, la ligne des maisons fut interrompue. C'étaient maintenant des champs, des jardins de maraîchers qui, de ce côté, bordaient la route. La masse sombre des fumiers mettait dans l'ombre des renflements turoulaires et le manche d'une fourche plantée an sommet semblait une croix amputée de ses deux bras. Puis, te fort de Montrouge se découpa en silhouette, mais vague, comme écrasé par les nuages, amoindri sous l'aplatissement du ciel bas.

Maintenant ce n'étaient plus que des champs qui bordaient la route, à droite et à gauche.

Deux soldats la traversèrent, devant la voiture, et s'engagèrent dans un petit sentier qui conduisait au fort. Ils marchaient vite, rapetisses à mesure qu'ils s'enfonçaient dans la nuit ; à la fin, leurs larges dos ne furent plus que deux points noirs qui disparurent à on coude du sentier.

Reine poussa un cri ; elle crut qu'un cahot de ta voiture venait de la renverser en arrière. Son bonnet tomba et elle sentit passer sur ses cheveux la chaleur d'une haleine. Pajadou avait lâché les rânes... il était debout devant elle, les mains égarées...

Reine put croire que c'était un écart du cheval, non une chute volontaire qui le jetait h

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côté d'elle, dans le fond de la voiture, sur les paquets de linge. Et sa tête perdue lui semblait être l'énorme cloche où s'accrochaient et tintaient continûment les grelots du cheval.

REINE eut à son réveil, le lendemain, le regard vague et stupidement étonné des gens qui cherchent & mettre d'accord, dans leur esprit, les souvenirs de la veille et les rêves de la nuit.

Peu à peu, cependant, ses yeux se dessillaient et les événements de la journée mémorable s'enchaînaient, se déroulaient nettement, aboutissant au cri qu'elle avait poussé en tombant.

Au moment ob Pajadou s'était abattu à cdté d'elle, il lui avait semblé qu'elle perdait pied, qu'elle était précipitée d'une hauteur vertigineuse. Et le fond de la voiture se dérobitit

D-HâLOISB PAJADOU

comme un plancher machiné, arec une traîtrise de trappe.

Une Toix monta de la cour.

— Va donc réveiller la petite !

Pajadou cria : — J'y vais !

Alors elle s'habilla bâtiTement, les mtdns maladroites. Une pudeur s'éveillait en elle, et, subitement, lui soufflait qu'il ne devait point la trouver couchée, demi nue...

Quand il entra, elle était vôtue, debout.

— Tiens ! t'étais levée ? dit-il. Elle répondit : — Oui, monsieur.

— Y a pas de monsieur, murmura-tril. Il la prit dans ses bras, l'embrassa sur les cheveux. II lui parlait dans l'oreille : Tais-toi, pas d'bètises, hein !

Ils descendaient.

Au bas de l'escalier. Rose rencontra la patronne et n'osa lever les yeux, de peur qu'on n'y lût sa faute. Une gêne paralysait ses mouvements les plus naturels ; elle avait une honte à marcher devant quelqu'un. II lui semblait qa'on dût remarquer dans son allure, dans la gaucherie de ses bras ballants, quelque chose d'imprévu, ellenesavaitquoi, qui n'y étaitpoint la veille. Et elle allait, à pas précipités, enviant les grandes personnes dont les robes longues cachent les pieds. Une ouvrière l'ayant

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plaisantée sar la mmgreur de ses jambes, elle devint pourpre. Malaten^nt des mots bâtes, des remarques qu'on faisait t«us les jours devant elle, la laissaient coofiise, le sang aux pommettes. Chez elle, par bonheur, on se coachaît après dîner, un repas bref où l'on causait peu. Elle évitait ainsi les regards qui cherchent les vôtres pour ponctuer une interrogation.

Elle éprouva pendant plusieurs jours un embarras extrême devant les ouvrières. Elle se surprenait à jalouser leur force, leur épanouissement de santé et jusqu'à cette belle indifférence qai leur faisait accepter l'homme comme une corvée plus embêtante que les autres, — par habitude ou par intérêt. Ily avait des choses entrevues, et des choses innommées qu'elle désirât ardemment connaître ; des conversations de filles lui donnaient des heures de rêverie, une tension de l'esprit cherchant on sens intime aux phrases, soulevant le voile des mots, doucement, avec à la fois le désir et l'appréhension, la joie et la peui- de voir le aous-entendu qu'elle cherchait se dissiper en fumée, sans livrer son secret. Elle trouvait une profondeur à des demandes niaises, na sens occulte à des réponses saugrenues. EU»

attendit avec des alternatives de craintes et d'impatiences, le jour oQ, pour la deuxième

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foia, elle devait accompagner Pajadou k Paris. Elle eût Toula qu'un prétexte, une maladie, la retint à Cachau, et elle sentait les larmes lui monter aux yeux à l'idée que son amant ne t'emmènerait pas.

Il l'emmena le vendredi, puis le lundi, puis tous les vendredis et tous les lundis qui suivirent. Reiue glissait an vice insensiblement, avec plus de curiosité que de plaisir. Elle subissait Pajadou avec la pensée que la connaissance de l'homme hâterait le développement de son corps à peine formé, la rendrait semblable k ces filles dont les hanches roulaient librement.

Elle restait maintenant de longues minutes devant la glace à regarder pousser ses seins...

— T'es tm peu pâlotte, disait sa mère, ne te fait-on pas trop travailler î Non ? C'est la croissanco, alors !

Elle ne grandissait plus, cependant.

— Tiens-toi donc droite, reprenait madame Carniohe, ton dos fait l'arc.

La vérité, c'est que Reine remontait ses épaules étroites croyant, on conscience, se donner une carrure. Elle vivait depuis sa chute dans une torpeur, un ensommeillement de l'dtre, une mollesse l&che qui la jetait au vice journalier, aux excès sans joie. Mais, dans la honte de ce monstrueux accouplement, elle

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gardait nu profond respect pour Pajadon, presqne de la reconuaiasaacâ. Elle l'aimait un peu comme le chien aime le maître, dîspraisateur des joies et justicier snprôme. Il avait sur elle, outre l'asceodaut de l'homme qui sait sur la femme qui veut savoir, l'autorité du patron sur l'apprentie, autorité qui, chez la petite, primiût toutes tes considérations. Aussi bien, logiquement, ce qui l'attachait àPajadou. en dehors des liens de la chair, devait lacourber devant Héloïse, la pénétrer d'une humilité de servante. Elle trouvait, dans la situation qui lui était iaite auprès de sa patronne, l'occasion d'affirmer son dévouement et son respect ott une garce émérite, une Léontine, n'aurait vu que le plain-pied, le rapprochement familier, qu'établissait entre elle et Héloïse son concubinage avec Pajadou.

Le blanchisseur, tacitement d'accord avec l'enËint, et, d'ailleurs, rendu circonspect par les scènes qui lui rappelaient ses derniàrea amours, traita Reine, ji la blanchisserie, comme une gamine, la gosseline, disai^t tesouvriéres. Ils semblaient absolument étrangers l'un & l'autre.

Un lundi pourtant, Pajadou quitta sa femme au milieu de la nuit et alla retrouver Reine dans sa chambre. Héloïse, en se levant à quatre

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heures, fut surprise de ne point Toirsoumarià cAté d'elle, mais, comme elle ouvrait la fenêtre, elle l'aperçut qui fumait dans la cour.

Jamais il n'est debout si tdt, pensa-t-elle.

Et elle lui en ât la remarque.

— Une colique, dit-il.

C'ÉTAIT le lundi siÛTant, vers huit heurea.

— Marne Pajadou, y a en bas quéqu'un qui veut vous parler,

Héloïse desceudit. Pavanne ôta sa casquette, regaiTda autour de lui. Personne n'étant aux écoutes, il commença: — Via, j'suis envoyé par Léontine. Elle a eu son p'tit jeudi dernier. Elle espérait retravailler cette semaine, mais parait, à c'qu'a dit l'médecin qu'y a une complication, j'sais pas quoi-

Alors elle est sans ressources, vous comprenez î

Pas le sou !

Héloïse le regarda, méfiante.

LS CALTAUtB SmÉlMlSB PAIADOU T)

Pavanne bMssa la voix: — J'ai pas fiiit d'mander l'patron, pacque. . .

Héloïse lui donna vingt francs.

— Vrai, c'est pasd'lablague, conclut Pavanne, en empochant l'argent; même elle m'a dit dVous laisser son adresse pour que vous veniez la voir, ma pauvVoisine. Elle ne veut pas que vous pensiez que c'est des menteries.

n lui tendit un chiffon de papier et sortit & reculons, en saluant.

REINE et Pajadou rentraient. Ëtte deEcendit de voiture, entra dans la salle à maDger et déposa sur un coin du buffet nu paquet qu'elle tenait à la main. Mais Pajadou, qui dételait le cheval, appela Reine, l'invita & venir l'aider.

Héloïse, qui mettait le couvert, prit lepaquet et le défit macMnalement. Il renfermait un pantalon de petite fille roulé.

Reine rentrait.

— C'est À vous ceci î demanda Héloïse en désignant l'objet réempaqueté à la place oU l'enfiuit l'avait mis.

— Oui, Madame, répondit Reine, devenue snbitement toute rouge.

Denx jours après pendant une absence de Pajadou, la mère Vaillant, d'une fenêtre de la ctiambre où couchait Reine tous les lundis, appela Héloïse, qui traversait la cour.

— Héloïse ! C'que ton mari ne te demandait pas, ce matin, un bouton de manclieitte qu'il a perdu ?

— Oui.

— Ben, c'est p't'étre celui-là. Elle jeta us bouton en os dans le tablier que lui tendait sa fiUe.

— C'est bien ça. fit Héloïse.

— Ben, j'I'ai trouvé sous I1it d1a p'tite, en balayant.

Héloise, saisie, s'était appuyée contre le mur, et elle eut au cœur une douleur aiguë qui lui arracha un léger cri. Brusquement, farcis nuages qui étaient, tout À l'heure, à peine trois points noirs à l'horizon, accoutaient, se heurtiùentetcrevaient sur sa tête. Elle revit, en une minute, Pajadou fumant dans la cour, à quatre heures du matin, Reine confuse en reprenant son paquet sur le bufiet et la mère Vaillant faisant sa trouvaille sous le Ut de l'apprentie. Ces trois faits, qui, en apparence, B'avaîent entre eus aucun point de contact.

sa LE CILTAIBB

s'élevaient tout d'an coup dans son esprit, l'emplissaient tout entier, comme un dernier allumant réquisitorial, ramassant dans une phrase les charges qui pèsent sur l'accusé, les met habilement en lumière de fa^on qu'elles entraînent logiquement et implacablement sa condamnation.

— Où Tas-tu ï demanda la mère Vaillant à Héloïse, qui sortait.

— J'vas au devant d'eux, répondit-elle avec une iodiff&rence feinte. Mais comme ses enfants voulaient la suivre, elle leur commanda de l'attendre devant la porte de la blanchisserie. Il était neuf heures et demie. Des lumières pâlissaient au rez-de-chaussée des maisons où des repasseuses s'attardaient et derrière les vitres des boutiques oii des buveurs riaient, attablés. Elle quitta la grande rue et s'engagea dans la rue des Deux Parcs, au bout de laquelle elle trouva l'avexiue de Cachau. Toutes deux étaientabsolument désertes, la première bordée à droite et & gauche par tes murs de clôture des deux parcs qui lui donnent son nom ; l'avenue s'élargissant entre deux lignes de maisons noires qui s'ouvraient, à droite, à la hauteur du pont du chemin de fer, pour montrer, barrant l'horizon, la masse sombre de l'aqueduc avec ses hautes arcades. Comme elle passait sous le

D'HËLOISE PAJADOO gt

pont, un roulement sourd l'ébranla et l'instaot d'après le train venant de Sceaux s'arrêta à la gare d'Arcueil-Cachau, qu'elle laissait à droite. Alors Héloïse se mit à courir, toute seule dans la nuit, haletante. Elle atteignit ainsi la route d'Orléans et descendit vers la barrière. Des frissons la parcouraient et une envie de pleurer qui lui serrait la gorge depuis le matin lui secouait la poitrine. Les dents claquaient, quoique des gouttes de sueur, grosses comme des larmes, coulassent le long de ses narines jusqu'à ses lèvres. Un bruit de grelots l'arrêta. Et elle reconnut leur voiture, qui tenait le milieu de la route et n'était encore qu'un gi-os point noir dans la nuit sans lune. Elle quitta le trottoir, alla au-devant de la voiture, le cou tendu, avec circonspection.

Le cbeval.Ies rênes Hottantes sur sa croupe, s'avançait d'une allure égale avec un balancement de la tête et du poitrail dans un rythme de roulis. Derrière lui, sur le siège, personne n'était assis... Héloïse eut envie de sauter à la tète du cbeval, de monter sur le marche pied, de fouiller la voiture.. . Une rage la prenait de les crever à coups de talons, & coups de poings, de les tenir la tête basse, le nez dans leur ordure... Puis, devenue folle, elle laissa passer la voiture, s'accrocha à l'arrière. Elle

«t LE CALTAIRB IfKBLOISB PAJADOU

fouQttaJt .sa.'donlenc, l'ayirMt, la.$ao.tUa^t d^ soupirs qu'elle entendait de rautre.-côté-dela nùQce cloison qui la réparait des deux ajnaots ! Mais déjà Fajadou était sur le siège. ^ — Encore quelque gamin, fit-Q. , :

Il se pencbà Jiors de la voiture et Iaq^ un coup de fouet à grande yolée...

Une . plainte rompit le silence, et, , dans ] la nuit, un corps s'abat^t sur les genouSi derrière la voiture.

Pajadoucria: — Mets .des-gants, voyou! -

DÈS lors, commença pour Héloïse la montée an calvaire, pénible et lente:

la montée avec les stations où elle se meortriasait les geaoax,aTec l'écroulement du corps sons le poids de la croix et l'effarement des paupières dans la &ce larmoyante. Hais la première station fiit marquée par une révolte de la chair froissée, du cœur saignant !

Quelques minutes après l'arrivée de Pajadou à la blanctiisserie, Héloïse y était rentrée à son tour, les doigts bleuis par le coup de fouet, le front et les cbeveuz pleins de terre.

Le dtner fiit silencieux; mais qnand la petite eut quitté la table, Héloïse, avec une autorité

LB CALVAUtE

résolue que sa mère ne lui connaissait pas, dit à la vieille blanchisseuse, en lui désignant du geste Pajadou : — Va-t'en;DOus avonsàcauser

n avait levé la tête pendant que la mère Vaillant s'éloignait. Alors ils restèrent face à (ace, avec la table desservie entre eux. Héloïse mena l'attaque résolument, de front. C'était pour elle une bataille décisive, son va-tout. Elle se sentait une énergie extraordinaire.

Elle s'était entraînée en revenant, parlant toute seule dans la nuit, les dents serrées.avec degrands gestes menaçants. Il répondrait ceci, parbleu! et encore ceci... D'un mot, elle le clouait au pilori, écrasé, bavant, vaincu!

Elle se leva et, sans préambule, lui jeta ces mots dans la âgure : — J'saistout! Tu couches avec la peti^ !

Il ne nia pas, conserva un sang-froid magnifique, et dit simplement : — Après?

Après!... Elle avait saisi, par le goulot, la bouteille d'eau-de-vie restée sur la table et elle la brandissait... Puis, soudainement calmée, elle se rassit. — C'est bête, tout ça, causons. Mens pas! Aimes-tu cet enfant-là? Non, c'est pas possible ; tu satisfais un sale désir avec elle comme tu ferais avec la première fille venue... Ça va bien, parce que tu as celle-là sous la

D'BÉLOISE PAJADOU %

main; c'est plus commode. DUdoDC pas non;...

j'te connais !

Il ricana, ce qui la mit bors d'elle.

— Alors, t'faut des enfants à présent ! On ne trouve pas assez do vaches sur les trottoirs. Les partÎHs de jambes en l'airj en ville, ne te suffisent pins ; tu prends des gamines de treize ans parce que t'es las des pourritures qui te flanquent leur mal ! A c't'heure, y t'faut des enfants qui ne sachent ^aa ce que c'est? Canaille !

Elle posa ses deux mains sur la table, le buste tendu vers lui et, baissant la voix, elle ajouta : — Veux -tu que j'te dise où ça te conduira ta sale noce? Au bagne !

— Est-ce que tu aurais l'intention de me dénoncer? demanda Pajadou.

Elle balbutia : — J'veux... j'veux que tu la quittes, ou je la mets à la porte, n dit tranquillement : — Je la suivrai.

— Je préviens les parents...

— Je l'enlève.

— Elle ne te suivra pas...

— Elle me suivra. H répondait froidement, plein d'assurance, et chacune de ses répliques était un coup de fouet qui arrachait une plainte sourde à Hélo'ise.

Elle mouilla sa voix, chercha des notes tendres.

M LR CALTAIRB

n avait des eaËmts. des p'tits aussi...

Voyons, si, au lieu d'élever des garçons, il élevait des filles et qu'on vint les lui prendre & quatorze ans, les lui souiller, que dirait-il? Est-ce que c'étaient des amours de son âge?

Il fredonna :

Mais elle s'était levée, il changea de ton.

— Quand tu diras : Je l'ai, je la garde!...

Cette blague cynique fouetta la chair lâche

d'Héloïse; frémissante, elle courut à la porte et reprit ; — J'appelle! je raconte tout... je feis constater par un médecin .. tout!

Il la rattrapa, mais elle se débattait, sans crier, avec des coups de tête dans la poitrine de son mari, qui cherchait à lui saisir les poignets. Quand sa gorge égratignée saigna sous sa camisole en lambeaux, il lui tenait les deux mains écrasées dang les siennes, alors, il murmura méchamment :

— Appelle si tu veux, nous verrons! Ah !

ça, tu ne sais donc pas que tu as tout le pays contre toi ; les hommes, les femmes,... tous! On dira que c'est un complot, une invention de ta mère pour me chasser d'ici, oti j'ai pris sa

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place ! Et le médecin, qu'il Tienne 1 La petite est dépucelée, après? Elle avouera un amaut, Pierre ou Paul. Cherche. Ni vu ni connu!...

Une enquête ? Eh ! bien, soit, j'suis arrêté, condamné, foutu ! Et tes enfants, t'en parles plus à c't'heure? Des gosses de forçat, j'crois bien !

n la repoussa : Tu n'appelles pas? Non., Alors ne fais pas la méchante, ou je file demain avec Reine et tous ne nous revoyez plus.

Elle pleurait maintenant, disait : — Enfin, qu'est-ce que tu me reproches?

Il répondit : — Crois-tu que j e m'amuse avec toi? J'ai dû, pendant cinq ans, pied à pied, minute à minute, prendre possession de votre botte, otitamërem'avait reçu comme un volear. Aujourd'hui je suis le maître, je m'oSre du bon temps !

— Bien oui, continuait Héloïse, mais il y a des filles pour ça, pour s'amuser. Est-ce que jamais, quand tu prenais tes maîtresses à la blanchisserie, je t'en ai fait reproche ? Mais cette petite! Est-ce que tout ne se découvre pas, un jour? Elle a des parents ; c'est le bagne, quoi!

H se leva, visiblement agacé : — T'as fini?

Elle cria, crânement : — Non !

Il ouvrit la porte ; — Alors je vais la rejoindre !

Mais Héloïse l'avait prévenu ; elle traversa la cour et alla retrouver Reine dans sa chambre, au-dessus de l'atelier, pendant que Pajadou, qui désirait simplement que la scène élit une an, rentrait dans la salle à manger.

Bien sûr, la petite était restée aux écoutes, après dîner 1 car, quoiqu'elle fût partie depuis une demi-tieure, elle se mettait seulement ati lit et n'avait pas encore éteint sa bougie quand Héloïse entra.

Elle alla droit au lit de l'eo&tnt, se faisant tout de suite très douce dans la crainte d'épeurer la petite et de donner à Pajadou l'occasion d'intervenir.

— Reine, faut que tu t'en ailles, dit-elle, je ne peux pas te garder.

— M'sieu Pajadou n' voudra pas...

— Mais tu ne sais donc pas que si l'on vous surprenait ensemble,... — oui, je sais tout, — il irait en prison?

— Pourquoi?

Du coup, Héloïse fut désarmée par cette naïveté, cette question d'enfant, du genre de celles qui laissent les mères perplexes, en quête d'une échappatoire congrue. Héloïse chercha des mots pour ménager cette pudeur

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de déflorée encore chaste. Pourquoi? mais parce qu'elle n'était qu'une petite fille. Est-ce qu'ils se cacheraient, d'ailleurs, s'ils ne faisaient pas le mal ?

Cet argument la frappa. Aussi bien Reine n'avait jamais appréhendé cette catastrophe : leurs amours découvertes. Pajadou l'entretenait & dessein dans cette quiétude ignorante.

Certes, elle avait bien remarqué le soin qu'il prenait d'éviter, devant les étrangers, toute parole, toot frôlement, sur lesquels l'équivoque pût mordre; mais ils étaient, sur ce point, tacitement d'accord, et, seul à seule, jamais Pajadou ne lui avait souf&é qu'une imprudence pouvait les perdre. Parbleul oui, elle savait bien leur conduite inavouable, puisqu'ils s'aimaient dans la voiture, dans les cours ; mais était^il vrai que leur faute rendit Pajadou passible d'une condamnation à la prison î Maintenant elle en doutait; un revirement s'opérait dans son esprit. Elle flairait nn piège que la patronne lui tendait pour l'enlever violemment à son mari. Et elle sanglotait, saisie malgré tout par cette menace : la prison, mais partagée, au fond, entre la crainte des gendarmes et l'idée d'une machination ourdie par Héloise.

Celle-ci était plus désarmée, plus vaincue.

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par ces lannes de gamine grondée, que par le cynisme et la brutalité de son mari.

ËUe s'était assise aux pieds de Rebte :

— Voyons, promets-moi que tu partiras, que tu retourneras chez tes parents.

Héloïse, à son insu, venait de iaire vibrer la corde sensible. Le désespoir de Tenfant éclata : Son père la battr^t; elle aimait mieux mourir!

— Mais nous ne te renvoyons pas, reprit la blanchisseuse ; nous te trouverons une autre place.

Reine gémit :

— JTsiea Pajadou m'a dit qu'il serait partout où j'irais.

— M^heurease petite 1 Si pourtant ton père connaissait cette liaison...

— n me tuerait...

— Tu vois bien.

— Oh ! mais M'sieu Pajadou a dit que nous nous sauverions, que nous nous cacherions quelque part, bien loin, et qu'il me défendrait.

— Tu l'accompagnerais doncî

— Oui, Madame.

— Tu l'aimes doncî

— Oui, madame.

Mais il y avait, dans la seconde de ces réponses, murmurée avec des yeux noyés.

plus de crainte que d'amour. Du coup, Héloïse comprit que Pajadou dominait sa maltresse comme il l'avait subjuguée, elle, sa femme ! Elle comprit qu'il partirait comme il disait, au cas où leurs amours seraient ébruitées.

Reine s'était pelotonnée dans les draps, pleurant sur l'oreiller. Elle disait : — J'tous promets d'être bien sage, de bien travailler... mais n'me chassez pas; j'dirais tout chez nous, alors on m'tuerait!...

— Mais tu Tas avec lui, pourtant...

— C'est m'siea Pajadou qui veut, j'vous jure, Madame!... moi, ca me rend malade!...

Héloïse était remuée par ces larmes, elle comprenait maintenant que l'eniant succomb&t, poussée au mal par une force irrésistible. Reine lui inspirait ime immense pitié , non de la haine; elle souâ'rait de voir cette jeunesse dans les bras de son homme, parce qu'elle sentait qu'il n'aimait pas plus sa nouvelle maltresse qu'il n'avait aimé les anciennes. Sa femme, ellemême ? C'avait été la maîtresse glorieuse qu'on montre et par qui l'on arrive, voilà tout! H y avait une révolte de sa nature bonnète et droite & la pensée que les quarante-cinq ans du misérable dont eue portait le nom, débauchaient les quatorze ans de ce bout de femme, dont la

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