‹ Le camarade infidèleChapitre 25 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

PiîisfTtio VOUS avez le mépris des phrases, montrez cette forme de courage qui se passe de rien embellir.

— Ces cris dont vous parlez ! gémit-elle. Je n( pourrai plus songer à lui sans les entendre.

Il sourit avec méchanceté :

— Un mourant qui crie et perd ses entrailles, on ne peut pas, en effet, lui faire place dans toutes les rêveries. Si je me suis trompé en vous parlant de la sorte, excusez-moi.

— Non, murmure-t-elle, vous aviez raison. Si vous m'aidez, j'aurai du courage... Adieu, je prends par ici. Non, ne dites plus rien...

Il regrette de l'avoir laissée partir dans un trouble qui peut être mauvais conseiller, mais il répugne à la rejoindre dans une rue trop passante. Soudain la voix de Mme Heuland le fait sursauter !

— On ne va pas plus loin !

Aussitôt il sent le ridicule de son imagination : c'est Antoine qui l'appelle, suçant un bâton de sucre d'orge, à califourchon sur le mur bas qui sépare la chaussée de la plage. Sans comprendre comment, sous 1© timbre cristallin, il a pu percevoir l'autre voix, Vemois enjambe le mur et fait face au petit garçon :

— Alors tu m'as attendu longtemps ?

— Pendant treize sucres d'orge. Car j'avais le droit d'en sucer jusqu'à votre arrivée; mais défense de croquer.

— Et pas une fois, pour aller plus vite, tu n'as donné le moindre coup de dent ?

— Oh si, j'en ai bien croqué six ou sept, parce que c'est meilleur. Mais c'était tout de même des bâtons sucés, vu qu'après je laissais passer un grand moment sans en reprendre. Ça n'était pas tricher. Je suis même sûr que j'y perdais.

Vernois se plaît à retrouver, sous le rose et le blond du père, ce jeu de scrupules q[ui vient de Mme Heuland.

— Sais-tu qui aimait le sucre autant que toi ? C'est un bon camarade que j'avais et qui portait toujours sur lui la photographie de ses trois petits gars. Dès qu'on s'installait dans une cagna, il l'épinglait à la paroi ; mais quand les marmites commençaient à tomber trop fort, on lui criait : « Voilà la pluie ! Il est temps de serrer tes mômes I » Alors il rentrait ses garçons dans sa poche. Nous les connaissions comme s'ils avaient fait la campagne avec nous : le plus gros, celui qui tenait un bateau à la main et qui s'appelait Antoine; et le second... attends... quelque chose comme Henri.

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