‹ Le camarade infidèleChapitre 28 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

— Ecoute, que je te dise : elle me déplaît aut-ant qu'à toi, Mlle Gassin.

Il voit des yeux, d'abord incrédules, qui le scrutent, mais où l'émerveillement peu à peu grandit. Et soudain il sent à ses épaules les deux bras de l'enfant, qui s'est mis à genoux :

— C'est vrai, dites, c'est vrai ?

Par crainte d'avoir à s'expliquer davantage, Vernois demande :

— Pourquoi ne vous envoie-t-on pas au lycée ?

— Ils ne voudront jamais 1

— L'as- tu demande à ta mère ?

— Oh, elle dira comme Mademoiselle.

— Mais non, vu qu'avant tout elle désire que tu sois heureux.

Il est visible que, dans son fatalisme, le petit n'espère plus aucun secours et que même il ne distingue déjà plus bien nettement le visage maternel.

— Voyons, mon petit gars, si tu lui parlais bien résolument ?

Les bras d'Antoine se resserrent, sa tête se coule contre celle de Vernois et il lui murmure à l'oreille :

— Si vous lui parliez, vous !...

— Elle me dirait : « Vous devez vous tromper. Connaissez-vous donc mieux que moi le cœur de mon

garçon ? » Ou bien elle me dirait encore : « Vous ête^ ingénieur et non pas maître d'école; occupez-vous de votre teinturerie, là-bas dans les Vosges, et de vo? produits chimiques. »

La déception met un instant à faire son œuvre; sous son poids, peu à peu, le nœud des bras se relâche. Mais inopinément une forte main s'abat sur la nuque de l'enfant, une autre pèse sur l'épaule de Vemois.

— Non, ne vous levez pas, dit M. de Pontaubault; vous faites un tableau trop touchant.

Vemois saisit l'occasion :

— Il m'expliquait, mon général, qu'il en avait assez d'être élevé parmi des filles et qu'il travaillerait bien plus gaiement avec des camarades.

Il sent contre lui le petit corps traversé par la tempête de l'appréhension, puis, au premier mot de M. de Pontaubault, qui est un grognement de bonne humeur, rebondir instantanément :

— Si vous saviez, oncle Philippe, ce (ju'elle est menteuse ! Elle nous a prétendu qu'elle avait une maladie de cœur et qu'avec la vie que nous lui faisions on la retrouverait morte dans son lit. Tous les matins nous regardions par le trou de la serrure. Mais pas de danger qu'elle meure, ah non, pas de danger I

Il est arc-bouté contre la poitrine de son ami ; et

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