‹ Le camarade infidèleChapitre 29 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cette fois les hommes ont beau rire, ils ne parviennent; plus à le déconcerter :

— Et puis, oncle Philippe, ajoute-t-il en saisissant' Vernois par sa veste, il parlera du lycée à maman .

— Vraiment ? fait M. de Pontaubault d'un ton de surprise désobligeante.

En vain Vernois balbutie quelque chose, il en résulte un peu de froid.

— Allons viens, dit le général, il est temps que nous remontions.

Se méfiant des bancs établis sous les fenêtres, Vernois propose une promenade, mais à condition que Clymène fasse choix de la route. Elle prend par la main le plus jeune de ses garçons et désigne le vieux chemin qui, remontant le cours d'un ruisseau, s'enfonce dans les terres.

— C'est vrai, dit-elle avec plus d'enjouement que jusqu'alors il n'en a remarqué chez elle, vous n'avez rien vu du pays. Et le plus prodigieux, c'est que vous semblez y être venu sans connaître personne, alors que vous pouviez choisir entre cent lieux plus séduisants.

Il affirme qu'il est sensible aux noms des endroits et que celui-ci l'attirait.

— Si donc ces trois syllabes avaient été différentes, je n'aurais jamais su, dit-elle, que la fidélité au souvenir, si naturelle à nous autres femmes (ne riez pas ; disons : à grand nombre de femmes) mais qui n'est guère chez nous qu'une faiblesse de plus — que cette fidélité pût prendre une forme Tirile et raisonnée. Car ce que je crois discerner en vous (je suis bien hardie de vous interroger ainsi) n'est-ce pas de la haine pour la lâcheté de tous les sentiments oublieux et un point d'honneur à ne pas les tolérer ?

— Oh, dit-il, ne voyez pas de système là où il n'y a que des passions assez confuses. Si je suis plus lent qu'un autre à quitter les pensées du temps de guerre, c'est simplement peut-être que j'ai d'abord eu plus de peine à les accepter.

— Voulez- vous dire qu'avant la guerre vous étiez très différent ?

— Celui qui est entré de plain-pied dans la bagarre en est sorti de même : le général de Pontaubault par exemple. Ou encore ceux qui ont subi les événements en faisant le gros dos, sans laisser entamer leur insouciance et leur optimisme. Soyez sûre qu'Heuland revenant de la guerre n'aurait pas eu besoin de se racclimater.

— Je veux bien le croire, dit-elle. Il n'était guère

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