‹ Le camarade infidèleChapitre 50 sur 77 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

d'avoir os^ me dire, quand je n'étais encore qu'un très jeune homme, qu'on doit céder au corps ce qu'il demande, pour qu'il ne dévore pas les sentiments... Pardonnez-moi de vous parler avec cette crudité... Je tache d'être sincère avec vous.

— Vo<us réservez le mensonge pour Mme Heuïand, dit-elle rétractée par l'humiliation, et plus que je n'imaginais d'abord... car non seulement vous lui brodée un mari qu'elle n'a jamais eu, mais vous vous servez du mari pour l'émouvoir, tout en prétendant ne rien ressentir vous-même.

Il riposte irrité :

— Si j'éprouvais quelque chose de plus que de l'amitié, je m'interdirais d'entrer dans cette maison.

— Mais vous y êtes, s'écrie-t-elle d'une voix mordante ; sauvez-vous vite !

— Ail, Mademoiselle, finissons-en!... Renoncez à lire dans les cœurs ; vous n'y êtes pas clairvoyante.. Habillez-vous et sortons.

— Lire dans votre cœur à vous n'est en effet pas facile, tant il faut vous supposer de rouerie ou, sans cela, de naïveté.

Elle ne croyait pas atteindre, si juste, un petit point vulnérable en cet homme dépourvu de vanité.

— Si j'étais aussi naïf que vous le dites, je vous

aurais crue dès l'abord, et je n'aurais seulement pas souhaité voir Mme Heuland.

— Vous préférez donc qu'on vous tienne pour fourbe et intéressé ?

Il s'écrie :

— Est-ce que mon intérêt, si j'avais une arrièrepensée, n'aurait pas été de lui laisser découvrir la vérité, de placer dans la serrure de ce placard la clef trouvée dans la cantine de son mari et de m'en aller en laissant faire ma bonne étoile ? Si je voulais avoir le champ libre, je n'avais qu'à m'en remettre à vous pour la détacher du passé.

— Croyez-vous donc que vous ne l'en détachez pas avec vos manigances ? Quand je me rappelle ce pauvre garçon, pas trop raffiné soit dit entre nous et qui, après avoir bien mangé, riait des plus mauvais calembours ; et quand je songe au petit saint par lequel vous essayez de le remplacer, eh bien je trouve que vous l'avez trahi, et je suis fière, moi, de penser qu'il m'a aimée avec son gros rire. Vous avez si bien fait qu'il ne lui reste plus, à la dame, que de la fumée !

Ce reproche remue Vernois plus qu'il ne voudrait le laisser paraître :

— Raison de plus, dit-il, pour lui abandonner ce

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