DEUXIÈME PARTIE
qu'elle a ; c'est tout ce que je vous demande. En respectant son illusion — si tant est que ce mot soit juste — vous maintenez entre elle et moi un mur infranchissable. Ne dites pas qu'il vous serait indifférent de le voir tomber. Vous êtes trop perspicace pour ne pas discerner au premier coup d'oeil qu'il n'y a pasr d'autre tactique. Mais puisque nous désirons la même chose, pourquoi luttons-nous ? Ne vaudrait-il pas mieux faire alliance ? Ecoutez-moi : je reconnais que j'ai eu tort de compter sur mes précautions au lieu de faire simplement appel à votre bonne foi. Vous désirez ces lettres, eh bien prenez-les. La condition,, je n'ai même pas besoin de l'énoncer : c'est que votresecret reste impénétrable. Sommes-nous d'accord ? Elle hésite un peu, puis dit :
— Soit.
Il prend les liasses qu'il avait sous son bras, mais s'arrête :
— Laissez-moi vous demander encore une chose. J'ai, plus que vous ne croyez, le souci de ne pas vous nuire. Vous continuerez à surveiller les études des enfants ; mais persuadez Mme Heuland qu'il est temps de conduire Antoine au lycée. Ce déménagement facilite bien des choses...
Elle l'interrompt :
— Vous voulez VOUS moquer de moi. Comme si vous n'aviez pas plus de crédit...
— Pas sur ce point. Elle invoque un désir de son mari.
— Et vous voilà coincé. Vous ne l'avez pas volé. Permettez-moi de rire.
— Tant qu'il vous plaira. Mais j'ai promis à ce petit de l'aider et je mettrai tout en œuvre pour lui tenir parole. Mon obstination peut vous paraître puérile...
— Plus rien ne me paraît puéril chez un homme qui manie le chantage comme vous le faites.
Elle lève sur lui un regard où luisent le défi et la volupté d'être maîtrisée.
— Eh bien, murmure-t-elle, c'est entendu ; vous êtes le plus fort.
Il lui remet, l'un après l'autre, les paquets de lettres.
— Je vous en prie, dit-il, portez-les vite dans votre chambre. Je crois qu'une voiture vient de s'arrêter devant la maison.
Elle ne semble pas pressée :
— Comme il y en a, mon Dieu 1 Comme nous nous sommes écrit en quinze mois !
Deux coups retentissent au timbre de l'entrée.