‹ Le camarade infidèleChapitre 57 sur 77 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

1^ déclinaison que chez toi les sentiments ou la volonté font subir à la trajectoire d'une idée.

— Tu ne vas pas dire qu'elle parlait ainsi !

— Avec plus de délicatesse évidemment, avec des détours et des biais ingénieux...

— Mon vieux, que c'est pénible ! Je ne puis pas y penser de sang-froid. Et qu'est-ce que tu lui répondais ?

— Je tâchais de lui faire comprendre le désordre où vous êtes, le dégoût, l'incertitude qui vous porte h violenter les problèmes plutôt qu'à les résoudre... Ecoute-moi tranquillement ou je me tais !... Je lui montrais ce qu'il peut y avoir de noblesse dans cette déformation, tant qu'elle est récente, angoissée, tam qu'elle esf un effort et non une capitulation — à la différence de ce qu'elle risque d'être un jour, si elle devient habitude, principe, dépérissement, fin de tout.

Vernois s'essuie le front :

— Que veux-tu maintenant qu'elle pense d^ moi Oui, je te remercie de m'avoir défendu t>t d'avoir même un peu triché en ma faveur ; mais dans ces conditions, tu penses bien que je ne me soucie pas de la revoir. Qu'est-ce qu'elle peut conclure de ce que tu lui as dit ? Que je mentais en affectant de l'aversion pour Mllo Gassin ? Nous pataugeons dans les soupçons,

les indiscrétions. Non, la situation est inextricable ; tant mieux si le général y met le holà.

Il a dans les yeux des larmes de dépit ; Thomas fait comme s'il ne les avait pas aperçues :

— Mes pauvres enfants, dit-il, je vous vois vous débattre dans vos fidélités, vos points d'honneur. Mais comment ne pas se demander si ces renchérissements, ces défis, si toute cette chevalerie n'a pas déjà dépassé le moment de sa fraîcheur ; autrement dit, si déjà vous n'en êtes pas à Tamour-propre de la gageure, à l'obstination dans une lettre qui n'est plus tout à fait vivante. Ton affection pour ton camarade...

— Dis loyauté, c'est bien suffisant. Non, ne me parle pas de lui. Depuis six mois que je fréquente sa maison, je crois que je serais soulagé, l'animal, en le dotant, s'il était là, de la bonne paire de cornes qu'il a si bien méritée. Il n'y est plus malheureusement I

Thomas reprend :

— Quant à ses sentiments à elle...

— Eh bien ?

— Je suis trop soupçonneux pour être tout à fait lucide... Et pourtant... Est-ce vraiment le passé qui l'intéressait ? Je me trouvais devant un être encore tout ébranlé, à qui l'articulation de certains mots faisait mal. Mais ses questions ne tendaient pas à

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