‹ Le camarade infidèleChapitre 6 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

y va de lui-même. Les siens ne vous demandent pas de comptes. Ils s'inclinent comme si la foudre était tombée.

— Les comptes, tout de même, finissent pas se rendre.

— Coux qui intéressent votre avancement peut-être, mais les autres ? Tout ce qu'il y avait de courage en France s'employait à vous justifier. Suis- je venue discuter avec vous ? J'ai voulu tout connaître, l'heure, l'endroit, les moindres circonstances, mais je n'ai jamais tâché de savoir si l'ordre était nécessaire, si vous aviez travaillé votre plan jusqu'à la limite de vos forces, si vous n'aviez pas négligé des détails parce que c'était l'heure de vous coucher ou que vous aviez la tête obscurcie par vos cigares.

La corbeille à ouvrage placée sur le bord de la table a basculé. Clymène se lève et en ramasse le contenu. Elle va jusqu'à la fenêtre et n'en finit pas de chercher une bobine qui a roulé dans cette direction. M. de Pontaubault a un petit mouvement des lèvres qui semble annoncer une explication ; mais c'est assez d'un remous dans l'air de la pièce pour faire chavirer cette velléité. Il vide sa pipe dans un cendrier, annonce habituelle du départ.

— Tes petits vont remonter de la plage, dit-il en se levant, et il est temps que je rentre à mon hôtel.

Il prend la tête de Clymène entre ses robustes mains et poursuit avec un tendre regard :

— Pour te récompenser (et ce mot supplée à tout ce qu'il n'a pas dit), je veux t 'amener un de mes anciens lieutenants, Vernois, que j'ai eu la surprise de rencontrer hier sur la digue. Il a connu ton mari au Chemin des Dames.

Aussitôt elle s'affole :

— J'ai déjà vu trois de ses camarades. Aucun d'eux n'a su me dire la moindre chose. Ils paraissaient tellement gênés ; et moi j 'étais honteuse de leur arracher de si pauvres phrases.

— Celui-là est intelligent ; il passait seulement pour un peu bizarre.

— C'est justement ce qu'il y a de plus intimidant. Si encore il était tout simple I

— Comme tu voudras.

Elle l'accompagne jusqu'au perron. Il s'arrête sur la dernière marche et regarde le couchant, de sorte qu'elle aperçoit le gris de la mer des deux côtés de ses épaules. Elle murmure :

— J'ai une amie dont le mari a disparu dans un

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