‹ Le camarade infidèleChapitre 73 sur 77 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

depuis huit jours j'ai pesé toutes les possibilités, même cette idée folle que vous pourriez habiter ma maison, si étriquée, si ouvrière, si resserrée entre la route et la montagne... Les obstacles, je vous assure que j'en faisais bon marché, la consternation de votre famille, et le scandale, et jusqu'à ma crainte de vous décevoir. Mais il restait un point sur lequel je n'étais pas fier de mon triomphe... Quel malheur que nous ayons débuté si bien !... Il est malaisé d'oublier cela... Nous avons notre orgueil tous les deux, mon amie, et le goût de lui donner en nourriture ce qui nous tient le plus à cœur.

De très loin, avec peine, elle ramène sur son visage un pénible sourire :

— Hélas, oui, nous sommes orgueilleux...

Il sent qu'il ne faudra pas grands coups de cravache pour que, l'un et l'autre, ils reprennent le dessus.

— Je réunis parfois mes apprentis, le dimanche soir, et je leur fais une lecture. Eh bien, l'autre jour, pour mieux imaginer votre présence, j'ai voulu voir l'action qu'aurait sur eux... vous devinez quoi... une de vos tragédies...

Elle l'interrompt avec un premier retour de crânerie:

— Comme yous deviez la lire à contre sens I Car

malgré tout, mon pauvre ami, vous êtes un peu trop raisonnable.

— Si je l'étais vraiment, je prendrais ma part de butin, sans m 'occuper d'autre chose. Je permettrais qu'on rie de ce champion de l'amitié, qui pour mieux servir les intérêts d'un camarade l'a supplanté à son foyer. Tant pis si mon exemple servait à prouver que tout homme peut être réduit par l'amour comme tout peut s'acheter pour de l'argent. Et si l'on s'étonne que cette veuve assez jalouse de son chagrin...

Il savait qu'elle répondrait bien au défi.

— Je n'ai pas encore besoin, dit-elle, que vous me défendiez.

— Si l'on s'étonne qu'elle se soit consolée par un bonheur sans beaucoup de gloire...

Elle lui coupe la parole :

— Décidément vous avez l'imagination pathétique. Je crois que vous vous êtes un peu vite alarmé.

L'ironie les rafraîchit comme de l'eau sur le visage.

— Les scrupules excessifs sont d'ans les règles du jeu, chère amie ; on ne saurait être trop pointilleux. Quand vous verrez le général, dites-lui que je suis venu vous faire mes adieux ; mais pour que sa joie ne soit pas trop humiliante, ajoutez que nous nous sommes séparés en plaisantant.

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