‹ Le camarade infidèleChapitre 75 sur 77 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

fraîches ténèbres où vit l'enfance. Vernois ne peut se résoudre à partir sans avoir obtenu ne fût-ce qu'un regard affectueux :

— Si jamais tu as de la peine, ou des ennuis, ou simplement s'il te manque un camarade à qui raconter ce qui t'intéresse, rappelle-toi que tu n'as qu'à m'écrire. Je te répondrai tout de suite... Et maintenant, comme il ne faut pas que je manque mon train, serrons-nous la main bravement. Et n'oublie pas ton vieil ami qui a du chagrin de s'en aller.

Les doigts du petit se laissent prendre distraitement. On dirait qu'à la seule annonce de la séparation, son imagination s'est résignée et déjà regarde ailleurs. Vernois comprend que cette docilité du cœur fait la grâce de cet âge, mais il en éprouve un cruel pincement. Du moins peut-il sans danger prendre dans ses mains la tête de l 'enfant ; il l'embrasse :

— Adieu, mon bien cher petit.

Mais l'imprudence est faite. Les bras se sont noués autour de son cou. Il sent qu'il ne s'en libérera qu'au prix d'une violence déchirante :

— Allons, lâche-moi. Ne me serre pas ainsi. L'enfant crie à sa mère :

— Fermez la porte à clef ! Fermez pendant que je le tiens !

Mais quand il voit que, réfugiée dans une embrasure, elle ne feouge pas, le désespoir efface en lui le sentiment de sa faiblesse. Il se met à lutter comme avec un égal ; il se pend aux vêtements de Vemois ; il le tient par un bras et, de toute sa force, y enfonce ses ongles. Il ne sait pas ce qui arrive, mais les mains de l'homme sont molles; sous l'attaque sa masse chancelle et, une seconde après, tous deux se trouvent assis sur l'escalier. Sans lâcher prise, avec de la colère et des larmes, Antoine essaie encore une fois de trouver de l'aide :

— Mais, Maman, ne le laissez pas partir I Elle balbutie :

— Mon pauvre petit, c'est lui qui veut s'en aller. — - Pourquoi ? Mais pourquoi donc ?

Vernois tâche de se cramponner à quelque débris de sa résplution :

— Ne tremble pas ainsi, mon petit... Je t'aime beaucoup plus que tu ne peux l'imaginer... Il faut croire ce que je te dis. Si je m'en vais, c'est que je ne puis faire autrement.

Mais dans le rêve où il se débat, Antoine vient de connaître l'ivresse extraordinaire de faire ployer des volontés ; il poursuit à mots entrecoupés et impérieux:

— Vous ne pourrez pas vous sauver. . . D 'abord ça ne

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