‹ Le Cambodge ÉconomiqueChapitre 10 sur 53 · LES PRODUCTIONS AGRICOLES ALIMENTAIRES ET VÉGÉTALES · texte numérisé non relu

LES PRODUCTIONS AGRICOLES ALIMENTAIRES ET VÉGÉTALES

Nous avons examiné la richesse économique principale que le Mékong fait naître et entretient. Puisque ioute la vie de ce pays repose sur le régime des eaux du fleuve fécondant, examinons ensuite les cultures qui croissent sur ses rives le plus naturellement.

C’est d’une part le riz ct les forêts, qui ne doivent leur richesse et leur extraordinaire exubérance qu'au limon que le fleuve laisse à la décrue et à la bienfaisante humidité qu’il entretient sur ses rives et qui protège les cultures contre les ardeurs solaires de la saison sèche.

Étude sommaire des terrains. — Nous sommes ainsi tout naturellement portés à l'examen rapide des différents terrains du Cambodge, puisque, le climat y étant uniforme, les cultures ne diflèrent entre elles que par les terrains où elles poussent, et, par suite, nous allons le constater, en raison de leur voisinage ou de leur éloignement du Mékong.

« La partie alluvionnaire du Cambodge, qui com-

A) ue

prend aujourd'hui la plus grande surface habitée, était autrefois submergée par la mer. C’est ce qui constituait le golfe d’Angkor. Le rivage devait contourner la chaine de lÉléphant, qui formait cap, longeait les monts Krevanh à l’ouest et décrivait un arc limité à Battambang, Angkor, Préan Khan, Phaom Santuc, Kompong Cham, pour se terminer au cap Saint-Jacques, après avoir côtoyé les terres élevées du Thbong-Khmmu et de Tayninh.

» Le Mékong venait se heurter aux chaînes des Krevanh et de l'Éléphant, Les couches sédimentaires s’étageaient peu à peu et les provinces de Kompong- Chhang, Kompong-Speu, Kampot sortaient de l’eau. Le colmatage progressera ensuite vers l’est; Kompong-Cham, Phnôm-Penh, Takéo, émergeront etle Grand Fleuve sera rejeté dans la direction perpendiculaire à son cours. L’œuvre d’ensablement et d'’envasement continuant, lPreweng et Soai-Rieng naîtront par la suite. La mer recule alors vers le sud. Le fond du golfe d’Angkor devient les Grands lacs ou Toulé-Sap (eau douce) qui subira désormais le régime des crues du Mékong.

» Peu à peu, par l’action colmatante du fleuve et les érosions des massifs qui limitaient le golfe, les anciennes rives se surélèvent au-dessus des eaux. Le profil de ces terres de formation récente aux terres anciennes suit une pente continue qui s'étend sur un rayon de 60 à 100 kilomètres,

» Ces terres sont sujettes, partie au régime des inondations périodiques du Mékong, partie au régime des pluies tropicales de saison (1). »

On peut ainsi distinguer deux aspects du sol, bien différents :

1 Les terrains argileux ou marneux, où poussent les paddys ;

20 Les terrains argilo-sableux et les terrains meubles mélangés d'humus.

C’est là que pousse le riz élevé et que l’on peut entreprendre les cultures diverses que nous examinerons plus tard : le coton, le mäûrier, le tabac, lindigo, les légumineuses cet les arbres fruitiers.

Ces deux espèces de terrains ont chacune deux régimes : le premier est celui des inondations périodiques ; c’est la crue des eaux qui délimite Fétendue de terrain cultivable à la saison sèche.

Le second régime commun à certaines de ces deux nalures de terrain, est celui des pluies de saison; ce sont ceux qui sont éloignés du Mékong ou par leur attitude ou par leur distance; par suite, leur fertilité naturelle est de beaucoup inférieure à celle des terrains soumis au précédent régime. Pour eux, en eftet, il faut que les pluies tombent régulièrement et en abondance.

1. Bulletin économique,n° 83; La Culture du Riz au Cambodge, par M. Baudoin.

| me

Mais le Cambodge, en somme, est un pays très fertile; c’est même un véritable grenier d’abondance.

Telle est la nature du terrain au Cambodge : malheureusement, l'extension des cultures ne s’est guère manifestée depuis l'établissement du protectorat. L'indigène est trop apathique pour l’entreprendre, d'autre part, les capilaux lui manquent et, jusqu’à présent, les Européens quiles détiennent ne se sont guère souciés de les employer à ces entreprises de plantations; celte intervention est pourtant indispensable pour lutter contre la monocullure, qui est la tendance ‘naturelle du Cambodgien, qui ne songe guère à cultiver que le petit carré de terre nécessaire à la production de sa maigre nourriture, On voit donc que la terre ferme est actuellement occupée par quelques cultures ou par des forêts.

Nous allons étudier les unes et les autres en détail, faire une sorte d'inventaire des productions terrestres du Cambodge, comme nous avons étudié plus haut ses productions aquatiques ou maritimes.

Le riz : diverses espèces.— La culture des céréales, c’est-à-dire du riz et du maïs est en constante augmentation,

Le riz qui est cultivé dans ce pays se caractérise d’après deux facteurs : la rapidité suivant laquelle il pousse, el la nature du terrain dans lequel il croît, c’est ainsi que l’on distingue le riz de trois mois, de six mois, de saison et enfin les riz tardifs. Quant à

P. Dreyfus 3

Page 1