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la nature des terrains où pousse le riz, il faut distinguer les paddys pour rizières inondées, mi-inondées ou complètement sèches; le riz flottant (Iran- Popéai-Véa), poussant sur les bords du Mékong et dans les lacs et allongeant ses tiges avec la hausse des eaux : leur longueur atteint jusqu’à 5 ou 6 mètres.
Enfin, la culture moderne introduit actuellement de nouvelles distinctions, suivant la valeur industrielle et commerciale (couleur naturelle dn grain, résistance à la meule, forme du grain, etc.) ou sa composition chimique (1).
Il est bien évident que ces diverses considérations sont indispensables à connaître au point de vue économique, pratique, pour diriger les cultures vers leur rapidité la plus grande, vers l’utilisation maximum des terres et, enfin, en considération dela vente et de la consommation. C’est ainsi qu’au point de vue commercial, on distingue, à l’heure actuelle, sur le marché de Cholon (faubourg industriel de Saïgon), trois variétés de riz et paddys (riz non décortiqué) : le go-cong(grain rond, demandé surtout en Europe), le vinh-long (grain long, le plus abondant) et le baïixau (demi-long, très demandé en Chine où il est considéré avec raison [l'analyse chimique le prouve] comme plus nourrissant).
1. V. Bulletin économique de l’Indo-Chine, ancienne série, n° 17 et 18, une très intéressante étude de M. Lefeuvre sur la Valeur industrielle des riz de Cochinchine.
Une espèce, le riz gluant, est employée par les distillateurs
Dans les terres inondées et les rizières basses, se trouvent les paddys srau prang ; on les récolte à partir du mois de novembre jusqu’en janvier. Ce riz est cultivé le long des fleuves ou dans les marais. On le sème aux dernières pluies et on repique les pieds au mois de novembre ou janvier pour récolter en mars ou avril.
Dans les rizières hautes, on récolte le srau srê de la saison des pluies, coupé versle mois de novembre et décembre. En résumé on peut distinguer :
1° Les paddys dits de saison outardifs se cultivant sans interruption de mai à décembre et janvier sur les terrains élevés, détrempés par les eaux pluviales ;
> Les paddys dits moyens de 5, 6, 5 mois cultivés sur les terrains inondés de juillet à décembre ;
3° Les paddys dits tardifs de 3 et 4 mois cultivés au commencement du retrait des eaux et pendant la période de sécheresse.
Procédés de culture.— Voici comment se fait la culture de ces deux grandes divisions pratiques dans les multiples espèces de riz (on en compte près de 250). L’irrigation des terrains où pousse le riz doit, depuis le moment du repiquage jusqu’à la maturité de la plante,être entretenue avec le plus grand soin et les méthodes, quoique bien primitives encore,
Ho varient avec la nature et la disposition topographique des terrains cultivés.
Le riz de montagne fait pourtant exception à ce régime général : il n’a pas besoin d’une irrigation aussi intense : on ne le rencontre jamais dans les terrains inondés. Il pousse comme le blé de nos climats et il estsemé sans repiquage sur des terrains forestiers dont on a, au préalable, brûlé tous les arbres, pour lui constituer un engrais avec la cendre des végétaux consumés.
Pour le riz de plaine, on le sème d’aborddans des terrains soigneusement fumés et il est repiqué ensuite dans des rizières. En vue de l'irrigation, € on élève, écrit M. de Lanessan dans son livre de l’Indochine française, autour des rizières des digues en terre, hautes de 40 à 50 centimètres, assez larges pour permettre à un buffle de passer, disposées de manière à limiter les carrés plus ou moins réguliers et n’ayant d'ordinaire pas plus de 50 à 60 mètres de côté. Des ouvertures pratiquées dans les digues permettent de faire circuler l’eau d’une région dans une autre ou de l’accumuler, selon les besoins, plutôt dans celle-ci que dans celle-là, en un mot de régler l’arrosage et l’inondation des champs ».
Quand l’eau a disparu de la terre, par suite de la sécheresse, l'appareil à arroser dont on se sert est ainsi construit : c’est une sorte d’auge très longue suspendue à sa partie moyenne.
On fait tremper une extrémité dans l’eau qu’on puise et on renverse : de cette façon l’eau précipitée à l’autre extrémité de l’auge, se déverse dans la rizière. On peut ainsi irriguer progressivement des terrains assez élevés. Il n'est guère besoin de signaler que de pareils procédés hydrauliques sont complètement insuffisants pour toute exploitation un peu méthodique. Les indigènes n’emploient guère à ces travaux que leurs parents ou leurs voisins, quitte à leur rendre ensuite le même service : ils appliquent ainsi spontanément les procédés du phalanstère et ne recourent que très rarement à la main-d'œuvre payante ; les salariés se louent pour la saison de juin à janvier à raison de 20 à 21 piastres avec la nourriture.
Quant aux animaux, on les loue moyennant un paiement en nature de 15 mesures de paddy par paire de bœufs pour la durée des labours et les transports de la récolte.
Les travaux nécessaires avant le labourage sont d’ailleurs très peu importants. On compte que pour un seul carré de terrain soit 1.600 m. q.il faut avant les semailles trois matinées de labourage (un labourage d’ailleurs très superficiel, par suite du mauvais outillage) avec une charrue et deux bœufs. Il faut deux labourages et un arrosage, lorsque la terre a été abondamment détrempée par les pluies en mai et juin.
Quoi qu'il en soit, de tels procédés donnent la moyenne suivante, par hectare, de riz décortiqué :
30 hectolitres dans les terres inondées ;
12 à 15 hectolitres dans les terres irriguées et une seule récolte ;
3 à 4 hectolitres sur les terrains montagneux, ou peu humides.
On peut dire que le rendement moyen, dans la résidence de Kompong-Speu, est, à l’hectare, pour les rizières hautes, de 32 piculs, et, pour les rizières basses de 28 piculs: dans la résidence de Prey Veng, qui, avec celle de Takéo est la plus productrice de riz, 160.900 hectares de rizières produisent 9.000.000 piculs de 60 kilogs.
Pour donner une idée du trafic total du Cambodge pour cette céréale, nous pouvons donner, malgré la rareté et l’imprécision des statistiques pour ce pays, les chiffres suivants que fournit M. Guy dans son ouvrage sur la « mise en valeur de notre domaine colonial » : en 1897, la surface des terres cultivées en rizières était de 98.200 hectares, qui produisaient 3.722.000 piculs de riz.
& La balle de paddy (qui sert de combustible dans les grandes décortiqueries de Cholon) représente environ 20 o/o du poids de la graine. D’après les renseignements fournis par les propriétaires de ces décortiqueries, il faudrait environ 1300 kilogs de paddy pour fournir une tonne de riz « cargo »
Er Ne
(riz décortiqué mais non blanchi contenant 20 0/0 de balle). » C’est sous cette forme qu’alieu la majeure partie de l’exportation. Il faut 1.666 kilogs de paddy pour donner une tonne de riz blanc. Et l’on arrive à traiter par an pour 1 million de tonnes de paddy.
On comprendra l’urgence des perfectionnements qu’il faudrait apporter dans la culture et le choix des plantations de riz, quand nous aurons cité le passage suivant des MVotices sur l’Indochine de M. Nicolas (Challamel r 900) :
«Le paddy, à son arrivée à l’usine,est versé dans un appareil nettoyeur qu! le débarrasse des corps étrangers mêlés au grain (morceaux de bois, paille, écorces, cailloux, poussière).
» Des élévateurs à godets, montés sur courroies, conduisent le riz sous des meules, qui déchirent la balle sans attaquer le grain.
» La balle est ensuite séparée du riz au moyen de ventilateurs et de trieurs.
» Le paddy séparé de son enveloppe est appelé riz Cargo. :
» Après diverses opérations de meunerie, le riz cargo, débarrassé de son excédent de paddy, est conduit à l’aide de traîneurs au moulin à décortiquer, pour y subir l’opération dite blanchissage.
» Des appareils appelés cone-mills ou barley-mills, genres de meules à émeri, tournant dans des cages
er de toile métallique, grattent et polissent le grain qui devient alors du riz blanc.
» On le débarrasse de la farine produite par l’opération au moyen de brosses. Les brisures, ou débris de riz laissés par cette transformation, sont ensuite tamisées et classées suivant leurs grosseurs.
» Les riz entiers sont polis par frottement au moyen de peaux de mouton placées dans des tambours tournant sur eux-mêmes ; c’est cette opération appelée glaçage qui donne au riz blanc cette belle et bril-. lante apparence, ce fini que nous admirons dans les riz livrés à la consommation.
» Après ces diverses opérations, les riz et leurs dérivés sont mis en sacs, puis embarqués au sortir même de l’usine pour la destination qui leur est assignée.
» Chaque usine peut travailler de 700 à 800 tonnes de paddy par jour et produire de 500 à 600 tonnes de riz transformés. »
Les perfectionnements des machines prouvent jusqu’à quel point la production pourrait être accrue si les grains étaient de grosseurs plus régulières et plus résistants à la meule, si enfin il s’y trouvait moins de grains rouges.
A l'heure actuelle, ces doléances ont un écho: administration locale, par des concours rizicoles, a entrepris l'éducation des producteurs: on leur enseigne ainsi le choix judicieux à faire des semences,
l’opportunité des engrais phosphatés et l’amélioration des procédés de récolte, notamment l’épuisement de l’eau des rizières au moment de la maturité, ainsi que les progrès désirables pour le magasinage (1). Il faudrait aussi envisager la création de réservoirs ou de canalisations artificielles pour les terrains à desséchement rapide, en même temps qu’augmenter,dans une très large mesure,les moyens de transports : pendant les six mois des grandes eaux, les plus grands paquebots suffisent à peine à transporter les récoltes des paddys de la province de Battambaug.
Tous ces perfectionnements sont d’autant plus désirables que la quantité de riz cultivée [dans notre colonie pourrait être grandement augmentée, particulièrement au Cambodge où, d’après une étude de M. Adhémar Leclère publiée il y a quelque dix ans dans le Bulletin économique de l’Indo-Chine, les terres anciennement cultivées en rizières étaient dix fois plus considérables que celles qui sy trouvent employées à l’heure actuelle.
Mais cette augmentation des cultures ne saurait s’admettre sans les améliorations indispensables,
qui permettraient une plus forte exportation en
1. V. Bulletin Économique de l'Indochine, plusieurs articles (table annexée au n° de décembre 1905).
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Europe, où nos riz sont moins goûtés, à cause de leur moins belle apparence et de leur moindre résistance au polissage que ceux qui sont originaires d'Italie, de Java, du Japon, de Birmanie, etc... En tout cas, ils pourraient trouver un emploi très avantageux pour l’amidonnerie, la féculerie, la nourriture des volailles, la fabrication de la bière et de l'alcool. Ce dernier usage est déjà très rémunérateur dans la colonie même.
Le maïs. — Disons un mot d’une autre céréale cultivée au Cambodge, le maïs (en cambodgien : pôt), qui pourrait être l’objet d’une extension considérable, Son rendement est, en effet, stationnaire au Cambodge où on n’en exporta en 1905 que pour 18.000 tonnes. En France c’est Bordeaux qui sert de port de débarquement particulièrement pour ce marché. On le cultive dans les résidences de Kompong-Cham, Kompong-Chhnang, Kompong- Speu, Kompong-Thom, Soai-Rieng. Malheureusement, sauf la première de ces résidences, aucune des autres ne cultive cette céréale qu’en très petite quantité.
Plantes légumineuses : tubercules, racines, rhizomes. — Quant aux légumes connus dans nos régions, leur culture y réussit fort bien, mais les Cambodgiens ne s’en occupent guère que pour leur consommation particulière. Ces plantes poussent plus rapidement que dans nos contrées, mais man-
dt quent un peu de goût. Il serait précieux d’en augmenter la culture.
Les Cambodgiens cultivent cependant le haricot et les doliques (sandek) qui jouent un très grand rôle dans l’alimentation indigène. Les haricots sont généralement cultivés avec les cotonniers annuels, car ils sont mûrs avant le coton, vers le mois de juin, et la récolte s’en fait du mois de juillet au mois d'août. Ces légumes ont de très nombreuses variétés dans le pays, une quinzaine environ. Mais un petit haricot vert (/’haseolus radiatus), qui fait d’ailleurs partie de la ration du soldat japonais en campagne à cause de ses grandes qualités nutritives, est utilisé au Cambodge pour faire un petit vermicelle très nourrissant et le Soja hispida dont on fait un « fromage de haricots » très goûté particulièrement des Annamites (1).
On cultive encore la patate et l’igname. Mais ces légumes ne font l’objet que de consommation locale.
Il est regrettable qu’on n’entreprenne pas la culture du manioc, qui permettrait de fabriquer le tapioca et de concurrencer Singapour, qui est le grand port d’exportation de ces produits (25.000 tonnes par an de manioc en tapioca et fécule).
L'arrow-root, si excellent pour la nourriture des enfants, viendrait aussi fort bien au Cambodge et